Modifié le 06 juin 2018

"Dissuader le deal de rue à Lausanne est encore pire que le réprimer"

Sandro Cattacin s'exprime sur le débat du deal de rue à Lausanne (vidéo)
Sandro Cattacin s'exprime sur le débat du deal de rue à Lausanne (vidéo) La Matinale / 7 min. / le 06 juin 2018
Au lendemain des mesures annoncées par la Ville de Lausanne pour lutter contre le deal de rue, le sociologue Sandro Cattacin déplore des solutions qu'il juge mauvaises et qui risquent d'empirer la situation.

La Municipalité de Lausanne a annoncé mardi un renforcement policier, dès le 15 juin, dans six zones du centre-ville occupées par des dealers. Au total, vingt agents seront mobilisés dans ces lieux entre 08h00 et 22h00.

>> Lire: Présence policière renforcée au centre de Lausanne face au deal de rue

Le sociologue Sandro Cattacin dénonce cette mesure dans La Matinale de la RTS: "Il est très impressionnant de voir de l'argent public investi dans 20 policiers qui ne feront rien d'autre que calmer la population et qui n'auront pas d'effets directs sur la consommation ni sur la scène de la drogue."

"Ces policiers travailleront pour rassurer les gens de quelque chose dont il ne faut pas vraiment avoir peur. Car il n'y a pas de signe de violence liée au deal", ajoute celui qui est également membre de la Commission fédérale sur les addictions.

"La peur de la personne noire et de la drogue"

Ces craintes se sont notamment manifestées il y a une semaine lorsque 200 personnes ont manifesté à Lausanne contre les dealers. "Actuellement, les gens projettent trop de choses sur une situation que l'on pourrait gérer d'une autre manière, regrette Sandro Cattacin, qui n'hésite pas à parler de racisme. Ils projettent la peur de la personne noire et la peur de la drogue. Ils pensent que la police crée de la sécurité alors que c'est le contraire."

Et le sociologue d'expliquer: "On sait que si la présence policière est trop importante, les gens commencent à avoir peur car ils pensent qu'il y a de l'insécurité."

Effet contre-productif

Pour Sandro Cattacin, la répression n'est pas une solution. "La Ville doit trouver des approches de type communautaire et non répressif." Lorsqu'on précise que la Ville de Lausanne ne parle pas de répression mais de dissuasion, Sandro Cattacin répond: "C'est pire encore. Si l'on intervient par dissuasion, le marché de la drogue devient plus difficile à se réaliser."

N'était-ce pas justement l'effet recherché? "Non", rétorque Sandro Cattacin. "Les études montrent que le taux de THC dans le cannabis augmente car (les dealers) veulent obtenir une marge plus grande, avec moins de produit. On le voyait aussi pendant la prohibition de l'alcool où l'on vendait davantage d'alcool fort."

Le deuxième argument avancé par le spécialiste concerne la qualité du produit. "Lorsqu'on rencontre son dealer tous les trois jours, une certaine confiance s'installe. Ici, on change la situation: les dealers changent et on peut voir la qualité diminuer énormément avec des mélanges de substances dangereuses."

"Un policier et cinq travailleurs sociaux"

Le sociologue évoque plusieurs solutions. "S'il on veut empêcher le deal de rue, il ne faut pas le rediffuser dans le reste de la ville. C'est ce qui s'est passé à Zurich lorsque la police est intervenue au Platzspitz. Il y a eu des toxicomanes qui se sont répandus dans toute la ville. Il y a des voies intermédiaires pour une diminution des risques. Au lieu de 20 policiers, on peut intervenir avec un policier et cinq travailleurs sociaux."

Dans le 19h30, Sandro Cattacin pointe également la responsabilité des consommateurs de stupéfiants. "Il y a une certaine impuissance qui est certainement liée au fait qu'il y a une grande partie de la population qui consomme les drogues."

>> L'interview du sociologue Sandro Cattacin dans le 19h30:

Sandro Cattacin, sociologue: " A première vue la disposition calme les esprits, mais le problème devient plus dangereux."
19h30 - Publié le 05 juin 2018

Propos recueillis par Romaine Morard

Publié le 06 juin 2018 - Modifié le 06 juin 2018