Modifié le 27 juin 2018 à 10:29

"L'UE devrait demander à la Tunisie ou l'Algérie d'accueillir des migrants"

L'invité de Romain Clivaz (vidéo) - Stephen Smith, spécialiste de l'Afrique
L'invité de Romain Clivaz (vidéo) - Stephen Smith, spécialiste de l'Afrique La Matinale / 9 min. / le 27 juin 2018
Le blocage en Méditerranée des navires de sauvetage de migrants Aquarius et Lifeline révèle la complexité de la problématique migratoire. Le chercheur Stephen Smith évoque plusieurs pistes pour résoudre ce casse-tête européen.

Interrogé mercredi dans La Matinale de la RTS à la veille du sommet européen sur la migration, Stephen Smith plaide pour une solution à long terme: "On ne pourra pas gérer la crise migratoire s'il faut chaque fois trouver un accord pour les bateaux qui vont se succéder."

Ce spécialiste de l'Afrique observe une situation "ambivalente" dans l'action des ONG en Méditerranée: "C'est un jeu dangereux. Les migrants embarquent sur des esquifs de plus en plus frêles et les passeurs savent qu'il suffit d'un téléphone portable pour donner les coordonnées des naufrages quasiment programmés. Les humanitaires font leur travail en secourant des hommes et des femmes et personne ne pourrait s'y opposer. Mais on entre dans un engrenage où, finalement, les humanitaires font le jeu des passeurs."

Et de relever le risque relatif que représente la traversée de la Méditerranée. "J'ai constaté que pour l'année migratoire record de 2015, la probabilité de naufrage pour un migrant en Méditerranée était de 0,37% (...)  Il embarquera d'autant plus facilement s'il sait qu'il existe tout un système de sauvetage qui l'attend."

"Le déploiement sécuritaire est l'une des solutions"

Afin d'éviter toute complicité des ONG, Stephen Smith propose notamment une participation des pays du sud de la Méditerranée. "L'Europe se bat un peu la coulpe et a l'impression que tout est pour elle. Or, la Libye a beaucoup de pays voisins. Pourquoi n'a-t-on pas songé à demander le soutien de la Tunisie ou de l'Algérie? Habituellement, en cas de naufrage, la règle veut que les voyageurs soient transportés vers la prochaine terre sûre. Et, à partir de la Libye, cette terre n'est pas l'Italie."

Par ailleurs, le professeur à la Duke University en Caroline du Nord ne se dit pas opposé à un déploiement sécuritaire: "Tout ne peut pas être résolu via le sécuritaire et, d'ailleurs, ce n'est pas souhaitable (...) Mais, en même temps, nous acceptons la présence de militaires avec des fusils d'assaut montant la garde dans les aéroports. De la même façon, pourquoi ne pas déployer des forces de sécurité autour de l'Europe pour prévenir des dangers?"

Permis provisoire et planning familial

Stephen Smith préconise également une gestion de la migration partagée entre l'Europe et l'Afrique notamment par le biais d'un planning familial à long terme ainsi qu'un système de "migration circulatoire". "L'Europe pourrait accepter de recevoir un certain nombre d'Africains qui viendraient pour des durées déterminées - disons trois ans - et qui, par la suite, rentreraient chez eux avec un savoir professionnel ou une éducation. Ce serait aussi une façon de montrer que l'Europe n'est pas frileuse et ouverte."

Le chercheur ne croit pas à l'efficacité du transfert d'argent des migrants à leurs familles: "C'est un aveuglement. Cela devient une rente migratoire, rien de plus. Ce ne sont pas des investissements productifs qui vont créer un appareil industriel pour développer l'Afrique."

>> Lire: Que dit le droit sur les sauvetages de personnes en détresse en mer?

Propos recueillis par Romain Clivaz

Texte web: hend

Publié le 27 juin 2018 à 09:50 - Modifié le 27 juin 2018 à 10:29