Modifié le 14 septembre 2016 à 09:07

Des scientifiques payés par l'industrie du sucre pour jeter la faute sur le gras

Plusieurs produits sucrés portent la mention "sans sucre ajouté".
Le sucre, le nouveau grand méchant loup de l'alimentation? Le Journal du matin / 2 min. / le 14 septembre 2016
L'industrie sucrière a payé des scientifiques dans les années 60 pour cacher tout lien entre le sucre et les maladies du coeur, tout en pointant les graisses saturées comme uniques coupables, selon des documents révélés lundi.

Des documents publiés lundi dans le JAMA Internal Medicine par un chercheur de l'Université de Californie suggèrent qu'un grand nombre de recommandations alimentaires d'aujourd'hui auraient été façonnées par l'industrie sucrière.

Selon ces documents, un groupe nommé Sugar Research Foundation, l'actuel Sugar Association, a versé à trois scientifiques de Harvard l'équivalent de 50'000 dollars pour publier une recherche sur le sucre, les graisses et les maladies du coeur. L'étude avait été publiée en 1967 dans le prestigieux New England Journal of Medicine.

Réaction de la Sugar Association

La Sugar Association a immédiatement réagi aux accusations sur son site, admettant qu'elle "aurait dû exercer une plus grande transparence dans l'ensemble de ses activités de recherche", avant de défendre le rôle de la recherche financée par l'industrie. Et de conclure: "Plusieurs décennies de recherches ont conclu que le sucre ne joue pas un rôle unique dans les maladies du coeur."

fme

Publié le 13 septembre 2016 à 10:37 - Modifié le 14 septembre 2016 à 09:07

Exemples récents de l'influence de l'industrie du sucre

Même si ce trafic d'influence remonte à près de 50 ans, des rapports plus récents montrent que l'industrie alimentaire a continué d'influer sur la science de la nutrition.

L'année dernière, un article du New York Times révélait que Coca-Cola avait accordé des millions de dollars de financement à des scientifiques qui cherchaient le lien entre les boissons sucrées et l'obésité. En juin, l'Associated Press a rapporté que les fabricants de bonbons finançaient des études prétendant que les enfants qui mangent des bonbons ont tendance à peser moins que ceux qui ne le font pas.

Ainsi, pendant de nombreuses décennies, les responsables de la santé ont encouragé les Américains à réduire leur consommation de matières grasses, ce qui a conduit beaucoup de gens à consommer des aliments à faible teneur en gras, mais à haute teneur en sucre, que certains experts reprochent maintenant d'alimenter la crise de l'obésité.

Débat sur le financement public-privé des recherches

Les scientifiques de Harvard et des cadres du secteur sucrier avec lesquels ils ont collaboré ne sont plus en vie. L'un des scientifiques payés par l'industrie sucrière, D.Mark Hegsted, était devenu le chef de la nutrition au ministère de l'Agriculture. En 1977, il avait aidé à rédiger les directives alimentaires des Etats-Unis. L'autre, Fredrick J.Stare, était ensuite devenu le président du Département de nutrition à Harvard.

Walter Willett, l'actuel président du Département de nutrition à Harvard, a déclaré que les règles académiques en matière de conflits d'intérêts avaient changé de façon significative depuis les années 1960, mais que ces documents rappelaient "pourquoi la recherche devrait être soutenue par un financement public plutôt que de dépendre du financement de l'industrie".