Le drame de Mattmark avait fait 88 morts le 30 août 1965.

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Publié le 30 août 2015 - Modifié le 03 septembre 2015

Il y a 50 ans, 88 ouvriers mouraient en bâtissant un barrage en Valais

Le 30 août 1965, une partie du glacier de l'Allalin se détache et dévaste le chantier de construction du barrage de Mattmark, dans le Haut-Valais. Quatre-vingt-huit personnes trouvent la mort, dont 56 ouvriers saisonniers italiens et 23 travailleurs suisses.

Ce drame représente à la fois l'une des pires catastrophes naturelles que la Suisse ait connues et le plus grave accident du travail de l'histoire récente du pays. Cette tragédie d'ampleur internationale deviendra le symbole des déboires des émigrés italiens et modifiera la Suisse en profondeur.

A l'occasion des commémorations marquant les 50 ans du drame, RTSinfo revient sur les faits et les polémiques ainsi que les conditions de travail de l'époque. Archives et graphiques permettent en outre de montrer que la Suisse n'est pas épargnée par les aléas de la nature.

  • Les faits

    Un chantier dévasté, 88 travailleurs fauchés

    Le lundi 30 août 1965, à 17h15, les ouvriers travaillant à 2200 mètres sur le chantier du barrage de Mattmark, dans la vallée de Saas (VS) sont surpris par un gigantesque éboulement.

     

    Près de deux millions de mètre cubes de glace et de pierre se détachent du glacier de l'Allalin, qui surplombe les baraquements des ouvriers, emportant tout sur son passage.

     

    Quatre-vingt-huit personnes âgées de 17 à 70 périssent, 56 Italiens, 23 Suisses, 4 Espagnols, 2 Allemands, 2 Autrichiens et un apatride.

     

    La construction du barrage, commencée en mai 1960, se terminera en 1967, avec environ une année de retard en raison de la catastrophe. Le bassin d'accumulation sera quant à lui rempli deux ans plus tard.

     

    Un procès sera intenté par les familles des victimes suite à ce drame, mais personne ne sera jamais condamné. Un non-lieu définitif sera prononcé par le Tribunal fédéral en 1972.

     

    >>Le rappel des faits:

    Le Valais commémore l’effondrement du glacier de l'Allalin
    19h30 - Publié le 29 août 2015
     

  • La galerie photos

    La drame de Mattmark en 12 images

  • La polémique

    La catastrophe aurait pu être évitée

    Le drame de Mattmark peut être considéré comme une "simple" catastrophe naturelle, mais aussi comme un accident du travail. A ce titre, la tragédie aurait pu être évitée, selon certains.

     

    Dans un dossier consacré au drame, le syndicat Unia relève ainsi que le chantier se trouvait à un emplacement très dangereux, "juste en face du glacier qui était tristement célèbre pour son instabilité et ses incessants effondrements.

     

    Documentaire à charge

    Cette thèse est reprise dans un documentaire de la télévision alémanique SRF consacré à la catastrophe, diffusé le 27 août 2015 (ci-dessous, en allemand):

     

  • Les enseignements

    De meilleures conditions pour les travailleurs

    Au niveau de l'organisation du travail sur les chantiers, Mattmark devient un modèle. La catastrophe a redéfini les politiques sur les grands équipements et les infrastructures territoriales.

     

    "Les conditions actuelles sur les chantiers de grands projets d'infrastructure sont sans commune mesure avec celles qui avaient cours à Mattmark", a comparé le syndicat Unia dans un communiqué diffusé le 28 août 2015.

     

    Mais le danger demeure. En 2014, 23 personnes ont trouvé la mort sur les chantiers en Suisse. Le syndicat, qui a soutenu la recherche sociohistorique, réclame des améliorations.

  • L'analyse du sociologue

    Une page noire de l'histoire suisse

    Sandro Cattacin, professeur de politique sociale à l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) à l'Université de Lausanne, est le coauteur d'un livre sur la tragédie de Mattmark. Selon lui, le drame a jeté une lumière crue sur la condition des travailleurs immigrés en Suisse il y a 50 ans.

     

    L'interview de Sandro Cattacin:

    Sandro Cattacin, spécialiste de l’intégration.
    Forum - Publié le 23 août 2015
     

     

     

  • Le travail historique

    La perception du travailleur étranger après le drame

    Cinquante ans après l'accident du barrage de Mattmark (VS), des chercheurs ont présenté vendredi 28 août à Berne la première analyse sociohistorique consacrée au drame. Selon eux, la tragédie a déclenché un double mouvement de compassion et de rejet du travailleur étranger.

    "Les victimes étrangères de Mattmark acquièrent un statut d'être humain soulevant compassion et méritant réparation", selon les auteurs de l'étude, Toni Ricciardi, Sandro Cattacin, Rémi Baudouï. Le travail des chercheurs de l'Université de Genève fait l'objet d'une publication: "Mattmark, 30 août 1965. La catastrophe".

    Actions de solidarité

    A la suite du drame, le travailleur fait alors l'objet de sollicitudes. De nombreuses actions de solidarité sont engagées par les organisations syndicales et caritatives.

    Pour la première fois, des hommes et des femmes sont morts les uns aux côtés des autres, sans distinction de nationalité, de religion ou d'éducation, selon l'étude. Ils sont donc apparus en tant qu'êtres humains qui ont fait don de leur vie pour la modernisation de la Suisse.

    Xénophobie et introspection italienne

    A l'inverse, les revendications des familles des victimes et de l'Italie à l'égard des autorités helvétiques suscitent l'opposition des mouvements xénophobes naissants, ont souligné les chercheurs. C'est un outrage à la politique suisse en faveur de la migration étrangère.

    Pour les Italiens en Suisse, la tragédie fut aussi l'occasion de s'interroger sur leur présence dans un pays dans lequel ils ne se sentaient ni acceptés, ni dignes de confiance, mais plutôt objets d'hostilité et de discrimination, ont constaté les chercheurs.

  • Le témoignage

    "J'ai entendu ma mère pleurer toute la nuit"

    Parmi les 88 victimes du drame de Mattmark figurait Angel Casal, un Espagnol de 43 ans. Cinquante ans après les faits, son fils Henri se souvient.

    Deux heures fatales

    Angel Casal avait fui le franquisme et passé quelques années au Maroc avant de rejoindre la Suisse. Au barrage de Mattmark, il avait été embauché comme dessinateur en génie civil. "Le 30 août, il n'y est monté que deux heures, pour régler quelques affaires. Ma mère voulait le rejoindre, mais il l'en a dissuadée...", raconte Henri Casal.

    "Ma soeur, mes deux frères et moi étions dans notre famille en Espagne pour les vacances. Nos parents devaient nous rejoindre. Seule ma maman est arrivée... En pleurs, elle nous a annoncé la nouvelle. Puis je l'ai entendue pleurer toute la nuit", poursuit-il.

    L'adulte d'aujourd'hui se rappelle de l'enfant insouciant de 8 ans qu'il était alors, et du lourd chagrin qui s'est abattu subitement sur sa famille: "Je ne me rendais pas bien compte. Je continuais à aller à la plage, mais tout était devenu grave. Il n'y avait plus d'endroit pour s'amuser...".

    "Le Valais de cette époque-là était très raciste"

    "Son corps nous a été rendu à la mi-octobre. Pendant les presque deux mois d'attente, nous avons entendu beaucoup de méchancetés de la part de certaines personnes du quartier où nous vivions, à Sion. On disait qu'il avait dû filer avec une autre... Le Valais de cette époque-là était très raciste", souligne Henri Casal.

    Après le drame, la famille Casal panse ses plaies, soutenue par des amis, et notamment par le pasteur de la paroisse protestante de Sion, Charles Bolay qui sera le tuteur des enfants jusqu'à leur majorité. "Le curé de la communauté catholique espagnole de Sion voulait plutôt que notre famille reparte en Espagne", se souvient Henri Casal.

    Adulte, Henri entame une carrière de dessinateur de presse qui le mènera au Nouvelliste. Il y croque l'actualité depuis plus de trente ans.

  • Les hommages

    Une cérémonie a eu lieu 50 ans après

     

  • Les archives

    En Suisse, quand les éléments se déchaînent

    Retour en images sur les principales catastrophes naturelles récentes en Suisse.

     

    L'avalanche de Mattmark (30 août 1965):

    Soudain le glacier s'effondre sur les baraquements.
    Carrefour - Publié le 29 janvier 2016

    Après la catastrophe de Mattmark le 30 août 1965, Carrefour recueille des témoignages.
    Carrefour - Publié le 31 août 1965

     

    Les inondations de Brigue (24 septembre 1993):

    Brigue sous l'eau
    Télé journal - Publié le 04 mai 2015

     

    La tempête Lothar (26 décembre 1999):

    Des vents violents s'abattent sur les forêts de Suisse.
    TJ midi - Publié le 26 décembre 1999

     

    La coulée de boue de Gondo (14 octobre 2000):

    Gondo, ravagé par un glissement de terrain meurtrier en 2000.
    Information - Publié le 22 octobre 2000

     

    L'incendie de forêt de Loèche (13-14 août 2003):

    Valais: un incendie a dévasté 450 hectares de forêt au-dessus de Loèche
    19h30 - Publié le 14 août 2003

     

    >> Retrouvez d'autres vidéos dans le dossier des archives RTS sur les catastrophes naturelles.

  • Les coûts

    Les dommages causés par les éléments naturels

    Les dommages causés par les éléments naturels en Suisse entre 1994 et 2013.
    Les dommages causés par les éléments naturels en Suisse entre 1994 et 2013. [ - http://irv.ch]

  • La carte

    Les avalanches meurtrières en Suisse depuis 2004

    Les avalanches sont les phénomènes naturels les plus meurtriers en Suisse. En dix ans, plus de 250 personnes ont perdu la vie dans des coulées de neige depuis la saison d'hiver 2004/2005. Le Valais est le canton le plus touché, avec près de 40% des décès.

     

    La carte des avalanches en Suisse:

     

     

    >> Pour davantage d'infos: Plus de 250 personnes sont décédées dans une avalanche en Suisse en 10 ans