Modifié le 29 septembre 2017 à 10:01

Le système de santé suisse parmi les meilleurs du monde, vraiment?

L'argument est régulièrement brandi pour expliquer la hausse continue des primes maladie: la Suisse posséderait l'un des meilleurs systèmes de santé du monde. Plusieurs données statistiques mettent cependant en lumière des lacunes, comme l'a souligné Monsieur Prix jeudi dans le 19h30.

En mai dernier, la revue scientifique britannique The Lancet publiait son classement des systèmes de santé. Près de 200 pays, examinés entre 1990 et 2015, y sont notés de 0 à 100 sur la base de la qualité et de l'accessibilité aux soins. Précédée par Andorre et l'Islande, la Suisse figure presque sans surprise dans le trio de tête, tant son système de santé est vanté.

Dans le détail, plusieurs indicateurs de l'OCDE vont dans le sens du classement de The Lancet, à l'instar du taux de survie à la suite d'un cancer colorectal, où la Suisse se classe deuxième des pays pris en compte, avec 65% de chance.

Il en va de même lorsqu'on compare la part de septicémie ayant lieu après une opération. On ne recense que 340,7 cas sur 100'000 sorties d'hôpital, contre 407,7 en Finlande. Un chiffre qui monte jusqu'à 1809,8 en Irlande.

Cas d'embolies pulmonaires plus nombreux

Les données de l'OCDE, qui se basent sur des données récoltées par les hôpitaux, pointent cependant des cas où la Suisse se situe en milieu voire carrément en fin de classement.

C'est notamment le cas du taux de mortalité dans les trente jours qui ont suivi une admission dans un centre hospitalier pour un infarctus aigu du myocarde. La Suisse figure dans le dernier tiers des pays les moins performants (7,7%), entre la Grande-Bretagne et la Norvège.

Un constat similaire peut être tiré dans le cas du taux de survie à un cancer du sein, dans les cinq ans qui suivent son diagnostic. Avec 83%, la Suisse demeure éloignée des 89,7% de la Suède, tout en haut de la hiérarchie.

Mais c'est en matière d'embolie pulmonaire ou de thrombose veineuse après une opération que la Suisse fait véritablement pâle figure. Avec plus de 3000 cas recensés sur 100'000 sorties d'hôpital, elle se classe lanterne rouge, très loin derrière la Grande-Bretagne (1323,7 cas) qui la précède.

"Usage excessif des soins"

Quel crédit accorder à ces comparaisons entre pays sur des problèmes aussi précis? "Il faut regarder ces chiffres avec prudence, explique le professeur Bernard Burnand, de l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) à Lausanne. La manière dont la saisie des données utilisées par l'OCDE est effectuée varie entre les pays. Il peut y avoir des problèmes d'harmonisation."

On constate qu'on n'est pas meilleurs que les autres

Professeur Bernard Burnand, Institut universitaire de médecine sociale et préventive à Lausanne

Si ces indicateurs ont des limites, ils permettent cependant de montrer que des problèmes existent au niveau du système de santé en Suisse. "On constate qu'on n'est pas meilleurs que les autres. Ces comparaisons nous donnent des pistes d'amélioration", analyse le professeur du CHUV, qui a récemment dirigé une enquête nationale sur les déficiences, évitables ou non, de la qualité des soins.

En août 2016, le Surveillant des prix avait pointé dans un rapport "des soins trop chers pour une qualité moyenne". En terme de coûts, la Suisse figure en effet à la deuxième place des pays de l'OCDE, derrière les Etats-Unis. Bernard Burnand approuve: "Notre système est cher car on y contribue avec un recours aux soins excessif. Il y a de la marge pour le rendre plus efficient".

>> Voir l'intervention de Monsieur Prix dans le 19h30 de jeudi:

Rapport qualité-prix du système de santé: l'interview de M. Prix
19h30 - Publié le 28 septembre 2017

Kevin Gertsch

Publié le 29 septembre 2017 à 09:10 - Modifié le 29 septembre 2017 à 10:01