Publié le 14 septembre 2017

"La réforme Prévoyance 2020 est positive pour la majorité des femmes"

Le président du PS Christian Levrat soutient la Prévoyance 2020.
Le président du PS Christian Levrat soutient la Prévoyance 2020. [Anthony Anex - Keystone]
Le président du Parti socialiste Christian Levrat soutient la réforme de la prévoyance vieillesse soumise au vote le 24 septembre. Il explique pourquoi les femmes seront à son avis gagnantes, malgré la retraite à 65 ans.

RTSinfo: Le Conseil fédéral reconnaît que l'AVS sera à nouveau déficitaire en 2030. Pourquoi proposer une réforme de l'assurance vieillesse qui n’assure pas son financement à long terme?

Christian Levrat, conseiller aux Etats (PS/FR): La solution que nous proposons garantit un financement de l’AVS jusqu'en 2035. Elle prévoit le transfert immédiat d'un milliard de francs de l’AI à l’AVS, et en 2021 un milliard supplémentaire pour compenser l'évolution démographique.

L'AVS a en moyenne été réformée tous les cinq ans; or cela fait désormais 20 ans qu'on est dans une impasse politique. On s'accorde à considérer que si on ne fait rien, la situation financière de l'AVS pourrait devenir dramatique à partir de 2022.

C’est pour cela qu'il est nécessaire de faire une réforme et qu'il est nécessaire de la faire à temps. Les prévisions de financement de l'AVS dépendent de beaucoup de variables, et je crois qu'il n'y a aucun domaine politique où vous pouvez garantir que les choses soient réglées jusqu'en 2050 avec suffisamment de précision pour que vous ayez une chance que ça se réalise.

Les femmes sont beaucoup mises à contribution alors qu'elles gagnent encore des salaires plus bas. Est-ce que cela ne vous dérange pas?

La réforme est positive pour la majorité des femmes malgré l'année de travail supplémentaire. Aujourd'hui, les femmes partent en moyenne à 62,7 ans à la retraite. A un même âge de départ à la retraite, la majorité des femmes touchera des rentes plus élevées après la réforme Prévoyance 2020 grâce à la meilleure prise en compte des temps partiels, à l'abaissement des montants de coordination pour le seuil d'entrée dans le 2e pilier, à la possibilité de prendre une retraite flexible à moindre coût et à l'amélioration de l'AVS - les fameux 70 francs.

Ce qui est vrai, c'est que ça ne vaut pas pour les femmes les plus aisées. Si vous êtes avocate et que vous gagnez 200'000 francs par année, vous devrez admettre qu'il faut travailler une année de plus ou, sans parler du 2e pilier, réduire de 4,1% votre rente AVS. Mais compte tenu de l'augmentation des rentes AVS, cela représente au maximum 29 francs par mois.

Et les jeunes de moins de 45 ans qui ne bénéficient pas du mécanisme d'adaptation, ne sont-ils pas lésés ?

Je ne crois pas, car l’assainissement des finances de l’AVS leur donne la garantie de toucher eux aussi, le moment venu, une rente entière. De plus, la hausse de 70 francs de l'AVS compense la baisse du taux de compensation dans le 2e pilier.

Pour tout le monde?

Pour les classes moyennes et populaires. Si vous êtes extrêmement aisé, la baisse du taux de compensation vous touche un peu plus fortement.

Il est nécessaire de protéger les salariés les plus âgés parce qu'ils n'ont pas le temps d'augmenter le capital de leur deuxième pilier. La situation des plus jeunes sera un peu différente. Les jeunes cotiseront de manière plus importante au 2e pilier et ils vont donc réussir à accumuler un capital de retraite plus important pour compenser la baisse du taux de conversion.

Ceci dit, tous les groupes d'âges s'en tirent assez bien avec cette réforme. Les jeunes se retrouvent avec un système AVS et LPP qui est assaini. Les retraités conservent l'adaptation des rentes au renchérissement, que la droite a tenté de supprimer. Et surtout, comme les finances de l'AVS sont assainies, on évite toute attaque ultérieure sur le niveau des rentes. Pro Senectute et Eveline Widmer-Schlumpf l'on rappelé, si cette réforme échoue, il faut s'attendre à une remise en question du niveau des rentes.

J'ai été très marqué par ce qu'il s'est passé dans l’AI. On n'a pas pris des mesures à temps, on a accumulé des déficits et au final, les rentes ont été abaissées sans qu'on puisse s'y opposer. Certains de nos adversaires font ce calcul-là: bloquer toute réforme, jusqu'au moment où l'AVS sera suffisamment endettée pour permettre une baisse des rentes comme option politique.

70 francs par mois, est-ce que cela représente vraiment une amélioration?

Cela représente 840 francs par année, 2400 pour les couples. Il s'agit pour les retraités de montants qui sont importants. Ça représente surtout pour la plupart des gens une compensation efficace aux baisses du 2e pilier.

L'objectif est de maintenir le niveau des rentes pour le gros de la population. C'est la grande différence avec l'initiative AVS plus qui a été rejetée par le peuple et qui prévoyait, elle, une augmentation.

Pourquoi avoir lié l'augmentation de la TVA à la réforme? On aurait pu laisser au peuple la possibilité de voter oui à la première et non à la seconde, ce qui aurait rendu la situation moins catastrophique en cas de non...

Il faut voir ça comme un paquet qui vise à stabiliser la situation de l’AVS et garantir le niveau des rentes. Il n'y avait pas de majorité pour dissocier ces deux objets et j'ai le sentiment que c'est juste d'avancer ainsi.

Si le peuple dit non à cette réforme, qu'est-ce que cela changera dans l'élaboration de la prochaine?

Il faut s'attendre à de grandes difficultés. Nos adversaires veulent procéder en trois étapes: augmenter l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans d'abord, baisser le taux de conversion de la LPP en compensant partiellement cette baisse à l'intérieur du 2e pilier, ensuite. Cela conduirait à une baisse des rentes pour la majorité des gens et à une hausse des coûts. Enfin, ils souhaitent augmenter l'âge de la retraite à 67 ans pour tout le monde.

Qui seront selon vous les perdants de cette réforme?

La Bahnhofstrasse - les riches avocats zurichois - parce que l'AVS est la plus géniale des assurances sociales au monde. Les montants que vous percevez sont limités à 3400 francs par mois, alors que les cotisations que vous versez sont indexées à votre salaire sans limite vers le haut.

Je comprends que si on ne s'intéresse qu'aux 10% les plus aisés de la population, on s'oppose à cette réforme. A l'inverse, il est assez absurde, quand on se prétend proche des gens de s'y opposer. On mise sur la plus forte de nos assurances sociales pour affronter l’avenir.

>> Lire aussi l'interview d'Olivier Feller (PLR/VD), opposant à PV2020: "La Prévoyance vieillesse 2020 est un projet à la sauce Hollande"

Propos recueillis par Julie Conti

Publié le 14 septembre 2017