Modifié le 19 septembre 2016 à 21:33

Après le doctorat, la précarité guette huit chercheurs sur dix

Les jeunes chercheurs très diplômés sont de plus en plus mal payés
De nombreux post-doctorants vivent dans la précarité en Suisse 19h30 / 3 min. / le 19 septembre 2016
Bien qu'un nombre croissant de docteurs soient formés en Suisse, seule une minorité d'entre eux accède à des postes en adéquation avec leur niveau d'études. La plupart n'ont pas d'emploi stable et peinent à joindre les deux bouts.

La Suisse se targue de former de plus en plus de docteurs et d’investir généreusement dans la recherche. En 2015, plus de 3800 thèses ont ainsi été déposées. Mais l’académie n’offre aucun plan de carrière à ses chercheurs potentiels, et plus de la moitié des titulaires d’un doctorat quittent l'université une fois leur diplôme en poche.

Parmi ceux qui restent, quelque 14% deviennent professeurs. Les autres végètent à des postes inférieurs dans la hiérarchie, parfois moins payés qu'un détenteur de CFC. Près de 8 postdoctorants sur 10 n’ont pas de poste stable et sont en constante recherche d’emploi.

Je cherche du boulot, je postule… En réalité cela fait deux ans que je postule tout le temps, dès que je vois quelque chose, je cherche du travail en permanence.

Virginie Népoux, docteure en sciences de la vie

Virginie Népoux, 36 ans, est docteure en sciences de la vie, diplômée de l’Université de Lausanne. Elle rêve d’être chercheuse depuis toujours mais, après son post-doctorat, la rallonge financière dont elle aurait eu besoin pour faire aboutir sa recherche lui a été refusée. La biologiste s'est alors retrouvée au chômage et a tourné le dos à la carrière académique.

Depuis, elle est sans emploi fixe. Actuellement en remplacement d’un congé maternité, elle confie: "Ce qui est très difficile, c’est la précarité (...). Là par exemple, je ne sais pas ce que je ferai après le mois de janvier… Je cherche du boulot, je postule… En réalité cela fait deux ans que je postule tout le temps, dès que je vois quelque chose, je cherche du travail en permanence. Et j’ai du mal à joindre les deux bouts."

A 47 ans, Philippe Frieden connaît aussi cette précarité. Docteur en Lettres, il ne peut compter à l’Université de Genève que sur une charge de cours en suppléance, soit un salaire de 2300 francs brut par mois. Pour compléter, il jongle avec des contrats de 6 mois ou 1 an à Lausanne, Zurich, et même des remplacements à la Haute école de gestion, payés à l’heure.

Une pétition pour de meilleures conditions de travail

A la fin du mois, l’association des doctorants de l’Université de Lausanne (Acidul) lancera une pétition au niveau national pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail.

"La plupart des postdoctorants ont entre 30 et 45 ans. Ce sont les années où on veut s’installer, commencer à penser à l’avenir, notamment à sa retraite. Et avec cette succession d’emplois à durée déterminée et ces périodes creuses entre deux, c’est très difficile de savoir ce qu’on gagnera à l’AVS parce que, parfois, il y a des années sans cotisations", explique Dominique Gigon, secrétaire général de l’Acidul.

Avec cette succession d’emplois à durée déterminée et ces périodes creuses entre deux, c’est très difficile de savoir ce qu’on gagnera à l’AVS parce que, parfois, il y a des années sans cotisations.

Dominique Gigon, secrétaire général de l’association des doctorants de l’Université de Lausanne (Acidul)

"Il y a un goulet d’étranglement et cela ne va pas changer. On ne peut pas créer autant de postes de professeurs qu’il y a de docteurs", reconnaît Micheline Louis-Corvoisier, vice-rectrice de l’Université de Genève.

Elle encourage les docteurs à ne pas s’accrocher trop longtemps à l’idée de devenir professeurs et à envisager de s'orienter vers d'autres voies. "On peut les accompagner pendant leur doctorat, en leur montrant qu’il y a plusieurs possibilités professionnelles et que quand on sort avec un doctorat, on a toutes les chances de trouver du travail. Il n’y a pas plus de chômage chez les docteurs que dans la population en général ", affirme-t-elle.

Cynthia Gani/ptur

Publié le 19 septembre 2016 à 16:56 - Modifié le 19 septembre 2016 à 21:33