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Des avoirs suspects argentins en Suisse visés par un "fonds vautour"

Cristina Kircher et Lazaro Baez photographiés à la sortie de l'enterrement de la mère de feu Nestor Kirchner. [AP Photo/Francisco Munoz - Keystone]
Cristina Kircher et Lazaro Baez photographiés à la sortie de l'enterrement de la mère de feu Nestor Kirchner. [AP Photo/Francisco Munoz - Keystone]
En conflit avec l'Argentine, le "fonds vautour" américain NML enquête sur des fonds détenus par un proche du couple Kirchner. L'existence de trois nouveaux comptes suisses vient d'être révélée.

NML Capital, un fonds américain spécialisé dans le rachat de dettes à risque, cherche à obtenir de l'Argentine le remboursement total de sa dette restructurée. Cette volonté, qui a provoqué le défaut de paiement du pays sud-américain en juillet dernier, passe aussi par la Suisse.

Pour arriver à ses fins, le "fonds vautour" enquête sur les avoirs détenus à l'étranger par Lazaro Baez, un entrepreneur considéré comme proche du couple Kirchner (Nestor, président de 2003 à 2007 et Cristina, actuellement au pouvoir).

Trois nouveaux comptes suisses

NML a annoncé mercredi avoir débusqué trois nouveaux comptes en Suisse, ouverts chez Pictet, Schroders et AIG Private Bank (devenue Falcon Private Bank).

Le but de NML est clair: s'approprier ces fonds. "Si la justice argentine devait considérer ces fonds comme mal acquis et qu'une condamnation devait avoir lieu, ils deviendraient des avoirs de l'Argentine, que NML pourrait tenter de récupérer", a affirmé Denis Hranizky, avocat de NML.

Marc Renfer

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Uruguay, Nevada, Bahamas et... Suisse

NML Capital a mis en ligne un schéma tentant d'expliquer le trajet de ces fonds, de leur sortie d'Argentine, jusqu'à leur arrivée en Suisse, en passant par les Bahamas, par le biais de société écran enregistrées au Nevada ou aux Seychelles.



Pour NML l'origine suspecte des fonds est évidente, "ce genre de structure est uniquement utilisée pour rendre opaque l'origine et les propriétaires des avoirs", a assuré l'avocat du fond.

Les montants n'ont pas été dévoilés, mais un procureur de Buenos Aires accuse Lazaro Baez et ses proches d'avoir illégalement sorti d'Argentine 65 millions de dollars (62.2 millions de francs).

L'origine du conflit

Les fonds dit "vautours" rachètent à bas prix les créances d’Etats en difficulté. Ils se montrent ensuite intransigeants et n'acceptent pas les restructurations de la dette et exigent le paiement total des montants dus.

C'est ainsi que Buenos Aires refuse de payer 1,3 milliard de dollars aux "fonds vautours" - qui représentent moins de 1% des détenteurs de bons - pour ne pas se mettre à dos la grande majorité (93%) des créanciers ayant consenti une restructuration de la dette après la crise de 2001.

Alors que 93% des créanciers ne vont toucher qu'environ 30% du montant original des bons, une décision de la justice américaine doit permettre à NML d'encaisser 832 millions de dollars pour des bons achetés pour 48 millions.

L'enquête suisse progresse

Le Ministère public de la Confédération (MPC) a ouvert une enquête au printemps 2013 sur les fonds déposés par Lazaro Baez en Suisse, gelant des avoirs.

Contacté par la RTS au sujet des nouveaux comptes découverts, le MPC a fait savoir qu'il ne pouvait communiquer les noms de personnes ou d'établissements concernés.

Il a cependant assuré que l'enquête suisse "progressait" et que "l’analyse des flux financiers en cours (lui) permet d'effectuer d’autres démarches qu’il n’est pas possible d’exposer pour l’instant". Une commission rogatoire a par ailleurs été envoyée à la justice argentine.

La réaction des banques

Contactée par la RTS, la banque Pictet a évoqué le secret bancaire, mais a affirmé que "si une demande d'assistance devait être soumise (elle) coopéerait, comme toujours, avec les autorités compétentes".

Schroders a assuré quant à elle "ne pas être au courant" des découvertes de NML, et par conséquent ne pas avoir été contactée, ni par le fonds, ni par les autorités suisses. Chez Falcon Bank Private Bank, personne n'était disponible vendredi pour répondre aux questions.