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La 13e rente AVS soutenue, mais pas la retraite à 66 ans, selon le premier sondage SSR

L’initiative pour une 13e rente AVS séduit de larges pans de la population, selon le premier sondage SSR
L’initiative pour une 13e rente AVS séduit de larges pans de la population, selon le premier sondage SSR / 19h30 / 2 min. / le 26 janvier 2024
Plus de 60% de la population se déclare favorable pour l'heure à l'initiative pour une 13e rente de vieillesse, montre le premier sondage SSR publié vendredi. Une majorité des Suissesses et des Suisses rejettent en revanche l'initiative des Jeunes PLR qui veut relever l'âge de la retraite à 66 ans.

Si le vote avait eu lieu à la mi-janvier, 61% de la population aurait voté oui à l'initiative "Mieux vivre à la retraite", selon un sondage de l'institut gfs.bern réalisé pour le compte de la SSR. Le texte, lancé par les syndicats et des organisations de retraités et féminines, souhaite la mise en place d'une 13e rente de vieillesse de l'AVS, analogue au 13e salaire mensuel. Trente-six pour cent auraient rejeté ce coup de pouce aux seniors.

L'initiative "Pour une prévoyance vieillesse sûre et pérenne" aurait, elle, connu le sort opposé. Une majorité de 53% des Suissesses et des Suisses se seraient prononcés contre la proposition des Jeunes libéraux-radicaux. Un peu plus de quatre personnes sondées sur dix auraient voté oui à ce texte qui demande de relever l'âge de la retraite à 66 ans d'ici 2033 et de l'indexer sur l'espérance de vie.

Oui à la 13e rente dans presque tous les partis

L'électorat de la plupart des partis est favorable à la 13e rente AVS, montre l'enquête de gfs.bern. L'approbation est particulièrement forte - au-delà de 75% - à gauche et chez les sans-partis. Toutefois, le oui est aussi majoritaire chez les sympathisants de l'UDC (57%) et du Centre (53%), malgré le mot d'ordre inverse des instances dirigeantes. Seuls les électeurs du Parti vert'libéral (PVL) et du PLR rejettent le texte, à l'instar de leur formation.

Côté UDC, le désaccord entre le parti national et la base se traduit parfois au niveau local. La section genevoise a par exemple pris position en faveur de la 13e rente, tandis que l'UDC du Valais romand laisse la liberté de vote. Au Centre aussi, des voix discordantes se font entendre, notamment au sein de l'aile chrétienne-sociale du parti. Le conseiller national tessinois Giorgio Fonio fait notamment campagne en faveur du oui.

Région, âge, revenu: un large soutien à la 13e rente

Pour l'heure, toutes les régions linguistiques du pays soutiennent la 13e rente AVS. En Suisse romande et au Tessin, plus de trois quarts de la population se déclare favorable à l'initiative. Côté alémanique, les arguments des opposants portent davantage dans l'opinion (41% de non contre 56% de oui). Ceux-ci estiment que la mesure est trop coûteuse et qu'elle n'est pas assez ciblée sur les personnes qui en ont véritablement besoin.

Sans surprise, les personnes de plus de 65 ans, directement concernées, approuvent largement l'introduction d'une 13e rente AVS. Deux tiers des seniors se prononcent en faveur de l'initiative. Le soutien est moins massif dans les autres classes d'âge. Cependant, même les plus jeunes se rangent majoritairement derrière l'initiative (55% de oui contre 40% de non).

Le revenu joue aussi un rôle dans la décision: à mesure que le budget du ménage augmente, le soutien au texte diminue. Plus de deux tiers des personnes disposant des plus bas revenus disent oui, tandis que moins de la moitié des personnes les plus aisées font le même choix. Toutefois, même dans les ménages gagnant plus de 11'000 francs par mois, les partisans de l'initiative (48%) sont plus nombreux que ceux qui s'y opposent (46%).

Un retournement de tendance n'est pas exclu

Pour l'heure, les arguments des partisans de l'initiative font mouche. Un coup de pouce aux rentiers permet d'améliorer leur situation face à la flambée du coût de la vie, reconnaît notamment une large part de la population. Du côté des opposants, les arguments peinent à convaincre. Seule la crainte de voir la 13e rente mettre en péril la santé financière à long terme de l'AVS agit véritablement sur l'opinion.

Pourtant, malgré l'avance confortable du camp du oui, les auteurs de l'étude ne s'avancent pas à prédire l'issue du vote. L'état de l'opinion est en effet typique d'un début de campagne. En général, le soutien aux initiatives faiblit à mesure que la date de la votation approche et tend à s'aligner sur la position du Conseil fédéral et du Parlement. Un rejet du texte à la majorité des cantons n'est pas non plus exclu.

Seuls les libéraux-radicaux approuvent la retraite à 66 ans

L'initiative "Pour une prévoyance vieillesse sûre et pérenne", aussi appelée initiative sur les rentes, ne bénéficie pas du même élan de sympathie que la 13e rente AVS. Au niveau institutionnel, les partis de gauche et du centre la rejettent, de même que le Conseil fédéral. Seuls le PLR, l'UDC et les associations économiques et patronales soutiennent ce texte dont l'objectif est de garantir durablement les rentes face au vieillissement de la population.

Seul l'électorat libéral-radical se prononce majoritairement en faveur de l'initiative. Le oui frôle en outre la barre des 50% parmi les sympathisants des Vert'libéraux malgré la recommandation de vote négative du parti. Le non est en revanche majoritaire dans toutes les autres formations, y compris chez les électeurs indépendants et à l'UDC. L'opposition est particulièrement vive dans le camp socialiste (70% de non).

L'initiative sur les rentes majoritaire chez les retraités

La proposition des Jeunes PLR ne recueille une majorité dans aucune région linguistique, montre le sondage SSR. Le rejet de la retraite à 66 ans est net en Suisse romande et en Suisse alémanique. La partie italophone du pays est pour l'heure la plus ouverte au texte, avec une très courte avance du oui (45%) sur le non (43%). Mais les indécis sont encore très nombreux au sud des Alpes, comme en terre francophone.

L'âge des personnes interrogées est un critère important dans le choix du vote. Plus de la moitié des personnes de 65 ans et plus sont ainsi favorables à l'initiative. Mais le non est très largement majoritaire dans les autres classes d'âge qui, contrairement aux seniors, seraient directement concernées par un relèvement de l'âge de la retraite.

Les hommes (44% de oui) sont par ailleurs un peu plus favorables au projet que les femmes (38%). A noter que ces dernières vont déjà devoir travailler plus longtemps dans les années qui viennent. L'alignement de l'âge de la retraite des femmes sur celles des hommes était en effet la principale mesure de la réforme AVS 21 acceptée par le peuple en septembre 2022. Cette mesure sera progressivement mise en place et, dès 2028, la retraite sera à 65 ans pour toutes et tous.

Au niveau des arguments, le non domine aussi

La nécessité d'augmenter l'âge de la retraite pour assurer le financement à long terme de l'AVS, comme c'est déjà le cas dans d'autres pays, est l'argument des initiants qui convainc le plus largement, relève l'institut gfs.bern. Mais les arguments du camp du non bénéficient d'un soutien beaucoup plus large dans l'opinion, ajoutent les auteurs de l'étude. Pour eux, cela n'augure rien de bon pour l'initiative et cela pourrait accentuer la tendance au rejet du texte.

>> En savoir plus : Le dossier des votations fédérales du 3 mars

Didier Kottelat

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Méthode

Première session de l’enquête Trend SRG-SSR sur les votations du 3 mars 2024, réalisée par l’Institut de recherche gfs.bern entre le 8 et le 21 janvier 2024 auprès de 19'490 titulaires du droit de vote. La plage d’erreur statistique est de +/- 2,8 points de pourcentage.