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Climat, prédateurs, relève, comment perpétuer la saison d'alpage?

Pascal Perrin, paysan à Val d'Illiez (VS), et Sophie, une bénévole venue aider l'agriculteur. [RTS - Mathieu Henderson]
Paysan cherche bénévoles pour la saison d'alpage / L'actu en vidéo / 2 min. / le 26 mai 2022
Le mois de mai marque le début de la saison d'alpage. Une tradition que la Confédération veut inscrire sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Or, cette pratique fait face à de nombreux défis, tels que le changement climatique, le loup et le manque de personnel. 15 Minutes a rencontré deux agriculteurs qui tentent de surmonter ces obstacles.

La Suisse compte environ 20'000 exploitations agricoles dans des régions de montagne, selon les chiffres 2021 de l'Office fédéral de la statistique. Parmi elles, beaucoup tentent de poursuivre chaque printemps la traditionnelle montée à l'alpage. Une activité que la Suisse veut inscrire au patrimoine culturel immatériel de l’humanité (lire encadré). Mais, sur le terrain, le travail reste un défi.

>> Écoutez le reportage de 15 Minutes :

Pascal Perrin, agriculteur à Val-d'Illiez (VS). [RTS - Mathieu Henderson]RTS - Mathieu Henderson
Climat, prédateurs, relève…comment sauvegarder la saison d’alpage? / 15 minutes / 15 min. / le 27 mai 2022

Michael Bernard en sait quelque chose. Ce fermier de 31 ans loue une exploitation à Marchissy, sur les hauts de Nyon, et monte chaque printemps ses 33 vaches à pied. Il fait figure de minorité parmi les agriculteurs de sa région, qui préfèrent la bétaillère à la force des mollets: "Une montée à l'alpage conduit à une baisse de production du lait. Surtout lorsqu'il s'agit de longs trajets dans la chaleur", explique le Vaudois, dont l'inalpe pédestre ne dure qu'une heure.

Manque d'eau et menace du loup

Cette année, une vingtaine d'amis l'ont accompagné. Employer du personnel pour l'aider serait impossible, dit-il, même durant la haute saison: "Ce ne serait pas rentable. Il y aurait du travail pour une personne et demie, mais pas pour deux. Financièrement, je n'aurais pas la possibilité de payer une seconde personne."

Michael Bernard et son amie Valérie. [DR]

Le manque d'eau représente également un défi pour le jeune fermier, surtout en ce mois de mai très chaud: "Cela affecte énormément le travail à l'alpage pour abreuver nos bêtes et pour le fourrage." Il poursuit: "Ici, dans le Jura vaudois, il y a très peu de sources. S'il n'y a pas de pluie, il n'y a pas d'eau."

A cela s'ajoute une nouvelle menace: le loup. "Il y a une meute qui est présente depuis plusieurs années. C'est quelque chose qui est dur à supporter, c'est un stress permanent et un souci qui est toujours présent."

Compter sur des bénévoles

A Val-d'Illiez (VS), Pascal Perrin, 46 ans, est confronté aux mêmes problématiques. C'est surtout la charge de travail qui le préoccupe. Seul à gérer son exploitation, il recourt depuis trois ans à des bénévoles, via le site de Caritas-Montagnards. Ce programme a engagé plus de 1200 personnes et permis à 130 familles paysannes d'obtenir de l'aide l'an dernier.

Pascal Perrin, lui, en a sollicité une cinquantaine au total. Leurs tâches consistent notamment à nettoyer l'écurie: "Cela me libère du temps pour descendre le lait de l'alpage."

Mais accueillir des volontaires n'est pas une garantie: "C'est presque un travail en soi de planifier ce qu'ils doivent faire." Mais le pire c'est quand ils se désistent: "Certains se sont inscrits pour cinq semaines et ne sont pas venus. Du coup, je me suis retrouvé seul. C'est violent."

"Les bénévoles ne sont pas une solution en soi"

Ce recours à des volontaires démontre la précarité économique de certains agriculteurs, mais pas seulement: "Il y a aussi la question du bien-être et du stress psychologique", analyse Florence Bétrisey. Cette géographe a publié une première phase de recherche sur les relations entre bénévoles et paysans de montagne. Une étude commencée au Centre régional d’étude des populations alpines (CREPA) à Sembrancher (VS).

Elle pointe les limites de ce système: "Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. On n'arrive pas à trouver des ouvriers qualifiés et à dégager suffisamment d'argent pour leur payer un salaire digne. Certains doivent donc compter sur des bénévoles, mais ce n'est pas une solution en soi."

>> Le débat de Forum avec Sylvie Bonvin-Sansonnens, conseillère d'Etat fribourgeoise, agricultrice de formation, Jérémie Forney, professeur assistant de l'Institut d'ethnologie de l'UNINE, et Alain Peter, coordinateur romand de l'association Volontaires Montagne :

Une inalpe (montée à l'alpage) dans la région du Toggenburg (SG). [Keystone - Regina Kuehne]Keystone - Regina Kuehne
Comment sauver la saison d’alpage? Débat entre Sylvie Bonvin-Sansonnens, Jérémie Forney et Alain Peter / Forum / 15 min. / le 28 mai 2022

Coraline Pauchard et Mathieu Henderson

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La saison d’alpage bientôt au Patrimoine immatériel de l’Unesco?

La Suisse a déposé fin mars dernier une candidature pour inscrire la saison d’alpage sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, de l'Unesco.

Etablir ce dossier a permis d’envisager les mesures concrètes à mettre en œuvre pour que cette tradition puisse se transmettre aux futures générations.

Elle est pratiquée actuellement dans 23 des 26 cantons suisses, à l'exception de Schaffhouse, Genève et Bâle-Ville.

Après une procédure d’évaluation qui durera près de 18 mois, l’Unesco pourrait décider en novembre 2023 de l’inscription de cette tradition au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.