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Des progrès encore nécessaires pour le plurilinguisme au niveau fédéral

Dans l'administration fédérale, c'est l'allemand qui incarne encore très majoritairement la langue du pouvoir [RTS]
Dans l'administration fédérale, c'est l'allemand qui incarne encore très majoritairement la langue du pouvoir / 19h30 / 2 min. / le 18 novembre 2020
Trois employés de la Confédération sur cinq (60%) travaillent dans un office fédéral où les minorités linguistiques ne sont pas représentées de façon adéquate, relève une étude. La situation s'améliore au fil des ans, mais les objectifs ne sont pas encore atteints.

La Constitution fédérale et la loi sur les langues de 2007 stipule que les quatre communautés linguistiques suisses sont représentées dans l'administration fédérale. Au sein de celle-ci, chacun devrait pouvoir s'exprimer dans la langue de son choix. Or, la réalité est différente.

Depuis le début du nouveau millénaire, la surreprésentation des Alémaniques a été réduite, relève mardi dans une étude le Centre d'études sur la démocratie. Si l'on considère l'administration fédérale dans son ensemble, les langues minoritaires sont, à présent, représentées de manière correcte.

Ainsi, la représentation des communautés linguistiques se rapproche des objectifs pour les 38'000 employés fédéraux. Elle est estimée entre 68,5% et 70,5% pour l'allemand, 21,5% et 23,5% pour le français, 6,5% et 8,5% pour l'italien et 0,5 et 1,0% pour le romanche. Dans la catégorie des cadres supérieurs, les Alémaniques sont toutefois encore légèrement surreprésentés.

Emilienne Kobelt parle l'allemand, le français et le romanche: elle a coécrit "Les langues du pouvoir – Le plurilinguisme dans l'administration fédérale". Interrogée dans Forum, elle estime qu'il faut toujours faire attention au plurilinguisme: "Au niveau global, dans l'administration fédérale, les langues sont bien représentées. Mais c'est différent si l'on regarde dans les départements et les offices, où des problèmes importants subsistent."

>> L'interview d'Emilienne Kobelt dans Forum

Beaucoup reste à faire en matière de plurilinguisme dans l'administration fédérale: interview d’Emilienne Kobelt [RTS]
Beaucoup reste à faire en matière de plurilinguisme dans l'administration fédérale: interview d’Emilienne Kobelt / Forum / 5 min. / le 17 novembre 2020

Différences selon les offices

Mais des différences considérables existent selon le département ou office fédéral dans lequel un collaborateur travaille. Les Romands sont bien présents au Département fédéral de l'Intérieur (28% – chiffres de 2015), au Département des affaires étrangères (26%), aux services du Parlement (25%) et au Département fédéral de l'économie (24%).

Dans les autres départements comme à la Chancellerie fédérale, la représentation des Romands passe sous la barre des 20%. Du côté des italophones, leur présence est forte à la Chancellerie fédérale avec 22% – soit davantage que les Romands – puis au Département fédéral des finances (10%). Dans les autres départements, leur nombre oscille entre 4 et 6%. Les Romanches atteignent parfois le 0,5% avec une quasi-absence au Département de l'économie (0,06%)

Dans environ deux tiers des offices, les germanophones sont surreprésentés.

La langue maternelle du responsable d'un département a une grande importance. Pour exemple, Emilienne Kobelt pointe le Département fédéral de la Défense où les germanophones sont largement surreprésentés: pendant cinquante ans, jusqu'en 2015, ce dicastère a toujours eu à sa tête un Alémanique. Elle souligne également l'importance du recrutement pour que la représentativité soit meilleure.

Mesures jugées peu efficaces par les latins

Alors que les Alémaniques considèrent les mesures pour la promotion du plurilinguisme liées à la loi sur les langues comme efficaces, la moitié des Romands et près de trois quarts des italophones les jugent largement comme produisant peu d'effet.

Il ne faut également pas oublier que l'anglais prend de l'importance à Berne. C'est le cas notamment dans les domaines de l'administration proches des sciences ou dans le cadre de la collaboration internationale.

Dominique de Buman, ancien président d'Helvetia Latina, organisme qui œuvre pour la pluralité culturelle et linguistique dans l'administration fédérale, estime que les cantons doivent continuer d'enseigner les langues nationales, sans compter l'anglais: "On ne doit pas être monolingue, il ne faut pas se cloisonner, sinon les minorités vont être prétéritées", explique-t-il sur les ondes de Forum.

ats/fgn/sjaq

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Une étude saluée par les élus

Hans Stöckli (PS/BE), président du Conseil des Etats et président du groupe parlementaire pour la pluralité linguistique et sa collègue Isabelle Moret (PLR/VD), présidente du National, également membre de ce groupe, saluent cette étude. Elle "montre", pour la Vaudoise, "de manière chiffrée des choses que nous ressentons parfois au sein du Parlement, mais que nous n'avons pas pu prouver".

Isabelle Moret déplore toutefois n'avoir jamais entendu un parlementaire s'exprimer en italien ou en romanche. Les Romands ont la chance de pouvoir parler dans leurs langues, "mais il faut être réaliste: pour être sûr d'être compris, ils résument leurs interventions en allemand."