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Les usines d'incinération veulent capturer le CO2 pour le stocker à l'étranger

Un projet suisse de réseau de pipelines pour transporter le CO2 vers la mer du Nord [RTS]
Un projet suisse de réseau de pipelines pour transporter le CO2 vers la mer du Nord / 19h30 / 3 min. / le 29 mai 2020
Les usines suisses de retraitement des déchets appellent la Confédération à créer un vaste réseau de pipelines pour exporter leur CO2 vers la Norvège, où il serait stocké dans d’anciens gisements de gaz naturel sous la mer du Nord, a appris la RTS.

Les 30 usines suisses de retraitement des déchets produisent chacune plus de 100'000 tonnes de CO2 par an. Deux d’entre elles, celle de Monthey en Valais et celle de Linth à Glaris, ont lancé des projets pilotes visant à éliminer ces émissions. Elles veulent piéger le gaz carbonique qu’elles émettent à l'aide de filtres. Comme le déclare au 19h30 Walter Furgler, le directeur de l’usine de traitement des déchets de Linth (GL), "plusieurs usines semblables en Europe piègent déjà leur CO2, techniquement c’est tout à fait possible".

Le potentiel de réduction des émissions CO2 des 30 usines suisses de traitement des déchets est grand : ensemble elles rejettent plus de 4 millions de tonnes de CO2 par an, soit 4,5% des émissions totales de la Suisse. Dans une lettre adressée à Simonetta Sommaruga, que la RTS a pu se procurer, leur association faîtière (ASED) demande à la Confédération de créer les bases légales nécessaire pour que le CO2 piégé dans les usines d’incinération puisse être transporté puis stocké.

Stockage impossible en Suisse

"La génération précédente a créé des canalisations pour évacuer et traiter les eaux usées (…), notre génération doit créer un réseau pour évacuer le CO2", écrit l’ASED, qui propose d’également de relier à ce réseau d’autres grands émetteurs de CO2 comme les cimenteries ou l’industrie chimique. "Sans capture du CO2 à grande échelle, nous ne parviendrons pas à atteindre les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris", explique à la RTS le président de l’ASED et conseiller national écologiste zurichois Bastien Girod.

Comme la Suisse ne dispose pas de capacité de stockage suffisante, les incinérateurs veulent relier leurs usines à un réseau de pipelines qui permettrait d’exporter ce gaz carbonique vers le nord de l'Europe. Petrissa Eckle, de l'EPFZ, a réalisé une étude sur le sujet. Comme elle l’explique au 19h30, un tel réseau de pipelines serait le moyen le meilleur marché.

Soutien de la Confédération

"La Norvège séquestre déjà du CO2 avec succès dans d’anciens gisements de gaz naturel sous la mer du Nord depuis 1996", précise Petrissa Eckle. Et ce pays s’apprête d’ici 2024 à ouvrir de nouveaux réservoirs pour y enfouir du CO2 européen.

L’enfouissement du CO2 dans des couches géologiques profondes est toutefois contesté. Selon Georg Klingler de Greenpeace, "il n’est pas encore prouvé que le CO2 qu'on pompe dans ces couches géologiques y reste, on n'est pas sûr qu'il n'y ait pas de fuite. Or, du CO2 qui s'échapperait dans la mer mettrait en danger l’écosystème marin."

Malgré ces risques, la Confédération a déjà assuré son soutien au projet des usines d'incinération. "La capture et le stockage des émissions CO2 jouera un rôle important pour atteindre l’objectif zéro carbone que s’est fixé la Confédération d’ici 2050", écrit Simonetta Sommaruga dans sa réponse.

>> Lire aussi: La Suisse doit viser la neutralité carbone dès 2050

Exporter du CO2 à l’étranger est toutefois aujourd’hui encore interdit. Pour que la Suisse puisse stocker son CO2 sous la mer, elle devrait ratifier les modifications de la Convention de Londres, un accord international qui protège les mers de la pollution.

Jean-Marc Heuberger/asch

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L’oléoduc du Rhône pour lutter contre le réchauffement

L’oléoduc du Rhône, qui amenait autrefois du pétrole en Suisse, pourrait être réutilisé pour lutter contre le réchauffement climatique causé par ce même pétrole. Désaffecté depuis la fermeture de la raffinerie Tamoil à Collombey, ce pipeline de 257 kilomètres conduit au port de Gênes en Italie.

Daniel Baillifard, le directeur de l’usine de traitement des déchets voisine, propose de réutiliser ce tube pour exporter le CO2 capturé dans les usines d’incinération suisses. De concert avec l’association suisse des incinérateurs, le Valaisan demande à la Confédération de reclasser cette conduite afin de pouvoir y faire passer du CO2. Depuis le port de Gênes, le CO2 serait chargé sur des bateaux puis transporté jusqu'en Norvège, où il serait enseveli dans d’anciens gisements de gaz naturel.