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Les défis de l'espace périurbain, ni tout à fait rural, ni tout à fait urbain

Ni tout à fait rurales ni tout à fait urbaines, les zones périurbaines grignotent le territoire au-delà des villes suisses. Elles sont également un lieu où cohabitent des populations qui ne partagent pas forcément les mêmes préoccupations, entre les nouveaux venus qui pendulent et les ruraux qui y sont établis depuis longtemps. Au-delà de cette mixité, les autorités doivent aussi se pencher sur de nombreux défis, du mitage du territoire à la densification en passant par la transition énergétique.

Une série de Futur antérieur réalisée par Jean de Preux

Episode 1

Des frémissements dans le périurbain!

Entre faible, moyenne et forte densité, les communes périurbaines de Suisse sont loin d'être négligeables en termes de population. Elles abritent plus de 22% des habitants de la Suisse (1,8 million sur 8,4). Des périurbains, gourmands en espace, installés sur un territoire dont on ne peut pourtant clairement définir ni le début, ni la fin, constate le géographe Pierre Dessemontet.

Il s'agit de la ville à la campagne.. Morphologiquement, c'est la campagne, mais en terme de fonctionnement, c'est a ville! L'immense majorité des gens qui y habitent sont intimement liés à l’économie urbaine et plus du tout à l'économie rurale. La fonction rurale n'y a pas disparu pour autant, mais la fonction résidentielle y est devenue largement dominante.

Une mixité qui ne va pas sans conflit

Difficile d'éviter les tiraillements entre ses habitants, tant les préoccupations divergent. Il y a une friction naturelle entre les gens qui y sont depuis longtemps, principalement des ruraux, et les nouveaux venus dont l'essentiel de la vie se déroule à d'autres endroits. Deux populations qui cohabitent mais qui s'ignorent.

Et puis au-delà de ces frictions internes, les zones périurbaines ont mauvaise presse, parce qu'elles sont indéniablement le principal moteur du mitage du territoire si souvent décrié.

Les espaces périurbains grignotent le territoire suisse. [RTS - Jean de Preux]RTS - Jean de Preux
Futur antérieur - Des frémissements dans le périurbain / Futur antérieur / 4 min. / le 28 mai 2018

Episode 2

La villa, icône de l’espace périurbain

D'abord construites dans les couronnes suburbaines, puis dans les années 70 dans l'espace rural, les villas - comme mode de vie sain et proche de la nature - ont donné naissance aux vastes quartiers périurbains qui caractérisent aujourd'hui notre pays. A tel point que la maison individuelle en est devenue l'emblème absolu. Une maison individuelle construite habituellement sur une parcelle de 500 à 1000 m2. Un tissu de faible densité qui a eu pour effet d'accroître massivement la consommation du sol.

Depuis plusieurs décennies, il se construit des villas, type pavillon ouvrier, dans les proches et lointaines périphéries de la plupart des métropoles occidentales. Mais la différence helvétique, c'est le statut qu'elles confèrent à ses propriétaires. Un bien réservé à une classe plutôt aisée.

La maison individuelle est loin de marquer le pas.

La Suisse compte près de 1,7 million de bâtiments à usage d'habitation. Ce parc est formé à 57% de maisons individuelles. Un nombre qui a d'ailleurs encore augmenté de plus de 18% depuis 2000, contre une progression de 24% pour les habitations à plusieurs ménages. Bref, la villa fait encore rêver. Et même si, avec la nouvelle loi sur l'aménagement du territoire, un frein va être donné à la quête des bons contribuables et l'attrait pour les recettes fiscales qu'ils représentent, il va être difficile de corriger le mitage du territoire que cette chasse a engendré.

La maison individuelle, un rêve pour de nombreux Suisses. [RTS]RTS
Futur antérieur - La villa, icône de l'espace périurbain / Futur antérieur / 3 min. / le 29 mai 2018

Episode 3

Redonner sens au périurbain en le densifiant

Longtemps considérés comme un espace fini, les quartiers de maisons individuelles, archétype des zones périurbaines, entament eux aussi, lentement mais sûrement, une transformation réservée jusqu'ici au milieu urbain, celle de la densification. C'est, comme l'explique l'architecte Mariette Beyeler, que l'on a pris conscience du gisement constitué par les zones villas. En Suisse, il y a un million de maisons individuelles, une forme d'habitat qui a été encouragée non seulement par la volonté des propriétaires mais aussi par la Confédération. Jusqu'ici, tant que la demande existait, on élargissait les zones à bâtir de faible et moyenne densité. Les réserves de densification sont donc importantes.

Des réserves d'autant plus conséquentes que l'évolution sociétale a fait son œuvre. La moitié des maisons individuelles sont aujourd'hui habitées par des ménages où les enfants sont partis. Il y a donc non seulement un potentiel mais aussi un besoin de transformation.

C’est le propriétaire qui tient le couteau par le manche

Quand les enfants partent, on commence par réaménager les espaces en créant des chambres d'amis, des bureaux, des pièces pour les petits-enfants. Mais ces surfaces peuvent aisément être affectées à la construction d'un deuxième logement en les complétant d'une annexe ou d'une surélévation. Il n'est pas forcément nécessaire pour cela de changer le règlement communal. La volonté du propriétaire d’utiliser les réserves reste prépondérante. La preuve: ce n'est pas forcément dans les communes où l'indice de construction a été augmenté que les transformations sont les plus nombreuses.

La commune reste néanmoins le moteur de la stratégie initiée par Mariette Beyeler et soutenue financièrement par l'office fédéral du logement, stratégie baptisée Métamorphouse, à ne pas confondre avec Métamorphose, le projet de développement lausannois. Les communes sont invitées à impliquer les propriétaires privés dans une démarche participative et volontaire de densification dite douce.

Appliquée à titre d'essai dans les cantons du Jura, de Fribourg et de Berne, la méthode va d'ailleurs, dans les semaines qui suivent, être élargie à quatre communes vaudoises.

Les quartiers de villas entament eux-aussi leur mue vers la densification. [DR]DR
Futur antérieur - Redonner sens au périurbain en le densifiant / Futur antérieur / 4 min. / le 30 mai 2018

Episode 4

Densification douce et choisie à Villars-sur-Glâne

Villars-sur-Glâne, 12'000 habitants, fait partie intégrante de l'agglomération du Grand Fribourg. Sur ses 568 hectares, plus de la moitié sont occupés par des infrastructures, surtout de l'habitat, villas en tête. Une zone périurbaine par excellence où la soif de maison individuelle reste grande.

Mais comme la loi d'aménagement du territoire ne permet pas de nouvelles extensions des zones de maisons individuelles, et que le rêve de la villa demeure, Villars-sur-Glâne a légèrement augmenté ses indices de construction. En parallèle, ses autorités se sont lancées dans un programme de promotion de la densité. Elles ont sensibilisé les propriétaires des maisons individuelles au potentiel de transformation et d'agrandissement de leurs biens.

Cette démarche incitative s'est faite en plusieurs étapes avec pour point de départ deux conférences publiques, tandis que les tables rondes restreintes imaginées dans la foulée ont dû être écartées, car les propriétaires les ont trouvées trop personnelles pour les partager avec des voisins. Au final, 15 propriétaires ont participé aux ateliers individuels. Dix mois après leur participation, sept personnes ont des projets concrets.

Pas question de pousser à la roue

Pour les autorités communales, il n'y a cependant aucune volonté politique de faire du chiffre à tout prix. Pas de pression sur les propriétaires pour qu'ils fassent le choix de la densification tout de suite. La politique d'aménagement du territoire est un travail de longue haleine. Les décisions d'aujourd'hui n'auront qu'un véritable impact dans 10 ans.

Il n'empêche, à l'issue de ce processus, les perspectives de densification de Villars-sur-Glâne, la périurbaine, sont bien réelles. Si tout le monde utilisait le potentiel constructible sur sa parcelle, théoriquement cela permettrait d'accueillir près de 5000 habitants supplémentaires. Et ceci sans le moindre dézonage.

Epaississement de ces zones résidentielles à Villars-sur-Glâne. [RTS - Jean de Preux]RTS - Jean de Preux
Futur antérieur - Densification douce et choisie à Villars-sur-Glâne / Futur antérieur / 3 min. / le 31 mai 2018

Episode 5

Les quartiers périurbains confrontés à la transition énergétique

Mai 2017: le peuple helvétique accepte à près de 60% la stratégie énergétique 2050, et donc la transition qui lui est liée. Un an plus tard, la Suisse semble avoir de la peine à concrétiser un développement significatif des énergies renouvelables, solaire et éolien en tête. Comme si la votation passée, la page était déjà tournée. Une transition énergétique tout particulièrement délicate à développer dans les espaces périurbains qui doivent faire face à trois défis majeurs: la mobilité, la consommation propre des bâtiments et l'énergie grise nécessaire à la construction des bâtiments.

Caractérisés par une forte dépendance à la voiture induite par d'importantes distances entre le domicile et le travail et un accès limité aux réseaux de transports publics, les espaces périurbains ont une pente particulièrement raide à remonter en matière de mobilité. Seules les zones les mieux placées y parviendront.

Le périurbain condamné à devenir un jour friches industrielles ?

Renforcer les transports publics reste certes possible, mais il y a peut-être plus prometteur: une réduction de la pendularité. On pense notamment à accroître d'une manière substantielle le télétravail... mais un télétravail réinventé pour en gommer l'isolement qu'il génère.

En regard des défis posés, faudra-t-il se résoudre à voir les zones périurbaines devenir à terme des friches résidentielles, à l'image des friches industrielles. Le chef du service de l'urbanisme de Nyon Bernard Woeffray ose cette projection.

Les espaces périurbains ont une pente particulièrement raide à remonter en matière de mobilité. [DR]DR
Futur antérieur - Les quartiers périurbains confrontés à la transition énergétique / Futur antérieur / 4 min. / le 1 juin 2018

L'invité

Interview de Pascal Amphoux, géographe et architecte

Les urbanistes souhaitent densifier les zones résidentielles, alors qu'elles ne font plus forcément rêver. Est-ce suffisant pour revitaliser ces espaces?

>> Interview de Pascal Amphoux, géographe et architecte :

Epaississement de ces zones résidentielles à Villars-sur-Glâne. [RTS - Jean de Preux]RTS - Jean de Preux
Futur antérieur - Comment dynamiser les zones résidentielles? Interview de Pascal Amphoux / Futur antérieur / 15 min. / le 3 juin 2018