Modifié le 21 mai 2019 à 15:12

Pour Tinder, un homme éduqué est désirable, une femme non

L'application Tinder rassemble 40 à 60 millions d'utilisateurs.
Les dessous de l'algorithme de Tinder On en parle / 9 min. / le 17 mai 2019
Selon les travaux d'une doctorante de l'EPFL, l'algorithme de Tinder, patriarcal, accorde un bon score de désirabilité aux hommes âgés et aisés, tandis que les femmes au haut niveau de formation sont reléguées au bas de l'échelle, avec un profil moins visible.

Doctorante à l’EPFL et à l'UNIL en humanités digitales, Jessica Pidoux a obtenu l'accès aux brevets de l'application de rencontre Tinder et les a analysés. Intitulée "Toi et moi, une distance calculée. Les pratiques de quantification algorithmiques sur Tinder", son étude doit être publiée à la fin du mois de mai.

Son analyse montre que les utilisateurs sont notamment fichés avec un score de désirabilité, qui joue un rôle sur les profils présentés aux autres personnes inscrites sur cette application de rencontre. Pour établir ce score, l'application se base sur les photos, la région de domicile, le temps passé sur l'application et le niveau d'éducation des utilisateurs, en analysant les informations disponibles sur Tinder ou en pompant ces données sur Facebook. Plus le score est haut, plus l'utilisateur est placé "en haut de la pile", et donc très visible.

Modèle patriarcal délibérément favorisé

Autre paramètre mis en évidence par la chercheuse, le caractère patriarcal de l'algorithme qui décide quels profils sont présentés en priorité aux différents utilisateurs. Ainsi, un homme mature avec un bon revenu aura un bon score, ce qui favorisera sa rencontre avec des femmes plus jeunes et moins éduquées. Mais l'inverse n'est pas vrai: une femme éduquée qui gagne bien sa vie, elle, aura un score de désirabilité plus bas!

"Le modèle patriarcal est délibérément favorisé. C'est écrit noir sur blanc dans les brevets de Tinder", témoigne Jessica Pidoux dans l'émission On en parle de la RTS. "Ils donnent même un exemple fictif, où ils montrent qu'une femme plus jeune et avec un niveau d'éducation plus bas qu'un homme plus âgé et avec un meilleur niveau d'éducation vont être 'matchés', c'est-à-dire obtenir un score qui leur permettra d'être mis en contact", détaille encore la doctorante.

>> Ecouter aussi Jessica Pidoux dans l'émission Vertigo de la RTS:

Tinder: des "matchs" bien orientés.
DR
Vertigo - Publié le 01 avril 2019
 

Profilage généralisé

Si Tinder est sous le feu de la critique depuis quelques mois, ce n'est pas la seule application qui compile plusieurs données personnelles pour catégoriser ses utilisateurs. "Ce phénomène d'évaluation, de quantification, est bien plus large. On le voit aussi avec les applications sportives ou celles qui calculent les périodes de fertilité des femmes. On est en train de mesurer toutes nos activités, des micro-événements, des traces qu'on laisse sur des plateformes – temps passé à regarder une vidéo, nombre de 'like' donnés, nombre de visites sur un profil donné, quantité de photos postées...", récapitule Jessica Pidoux.

>> Lire à ce sujet: Le phénomène Tinder décrypté dans un roman

La chercheuse salue la nouvelle loi européenne sur la protection des données, mais ne la juge pas suffisante: "Il suffit qu'une plateforme nous demande un consentement, qu'on ne lit souvent pas, pour qu'elle puisse collecter toutes nos traces. C'est problématique, car on ne sait pas, ensuite, ce qu'elles font de ces données".

Sujet radio: Didier Bonvin

Adaptation web: Vincent Cherpillod

Publié le 17 mai 2019 à 17:33 - Modifié le 21 mai 2019 à 15:12

Tinder, une affaire qui marche

Avec 40 à 60 millions d’utilisateurs selon les estimations, Tinder est l'une des applications les plus rentables au monde, juste derrière Netflix, Line et Spotify.

Elle fonctionne en présentant à ses utilisateurs, de manière successive, le profil photo d'une autre personne inscrite. Il s'agit alors indiquer si le profil affiché est apprécié ou non, en balayant l'écran ("swipe") vers la droite ou vers la gauche. Lorsque l'attraction est réciproque, les deux utilisateurs sont mis en relation et peuvent échanger des messages.