Modifié le 28 janvier 2019 à 08:51

Le bercement améliore le sommeil et la mémoire chez les adultes

Le bercement favorise le sommeil du bébé. C'est vrai aussi pour l'adulte.
Le bercement favorise le sommeil du bébé. C'est vrai aussi pour l'adulte. 19h30 / 2 min. / le 24 janvier 2019
Bercez un bébé et rapidement il s’endort. Des chercheurs genevois viennent de démontrer que les adultes aussi sont sensibles au bercement: leur sommeil est plus profond et il a un effet bénéfique sur la mémoire.

Au Centre de médecine du sommeil aux HUG, dix-huit jeunes gens ont testé un lit à balancier durant une nuit entière. L'activité de leur cerveau a été mesurée. "L'adulte bercé toute la nuit va s'endormir plus rapidement et avoir un sommeil plus profond, plus longtemps," rapporte Laurence Bayer, biologiste et auteure d’une des deux études publiées jeudi dans la revue Current Biology.

Meilleure mémorisation

"Il se trouve que ce sommeil profond est associé à la mémoire; l'individu mémorise mieux lorsqu'il est bercé toute la nuit," ajoute la chercheuse. Pour tester l'effet du balancement sur la mémoire, les sujets ont dû apprendre des paires de mots avant d'aller dormir et s'en souvenir au réveil. Leurs résultats étaient meilleurs après le bercement qu'après une nuit immobile.

Le bénéfice du bercement est visible au niveau de l'activité cérébrale du dormeur, mesurée grâce à un électroencéphalogramme (EEG). Pendant l'éveil et le sommeil, des ondes électriques émanent du cerveau. Celles observées lors du sommeil profond – le plus réparateur – sont plus lentes et amples que celles mesurées pendant l'éveil.

"Lorsqu'on est bercé, ce sont ces ondes lentes naturelles qui sont visibles en plus grande quantité, donc elles sont 'boostées'," explique Laurence Bayer. "C'est ce qui permet de mieux dormir". Ces ondes lentes sont aussi associées aux propriétés mnésiques du sommeil, ce qui explique que la mémoire des sujets ait été renforcée lorsqu'ils ont été bercés.

Le sommeil de la souris

Une souris endormie. Une souris endormie. [iStock photo] Pour comprendre le mécanisme sous-jacent, la chercheuse genevoise a collaboré avec l'équipe du professeur Paul Franken à l'Université de Lausanne, spécialisée dans l’étude du sommeil chez la souris.

Ce modèle animal a un cycle de sommeil un peu différent de l’humain; il est éveillé la nuit et dort par intermittence durant la journée. Mais les phases de sommeil sont les mêmes. Le cerveau des petits rongeurs produit des ondes lentes pendant le sommeil profond.

Les chercheurs lausannois ont observé que les souris aussi dormaient plus vite et mieux lorsqu'elles étaient bercées. "Pour que les souris répondent au stimulus, nous avons dû appliquer une accélération qui était trois à quatre fois plus grande que chez l'humain. Donc il existe des différences entre les espèces," précise Paul Franken, qui a supervisé la deuxième étude publiée dans Current Biology.

Le système vestibulaire

Les chercheurs ont pu préciser la partie du corps qui était responsable de cet effet chez la souris: le système vestibulaire. Cet organe sensoriel est situé dans l’oreille interne et nous donne le sens de l'équilibre. Dépourvues de cet organe, des souris mutées ne ressentent plus les effets bénéfiques du bercement.

Ces résultats ouvrent la porte vers des applications thérapeutiques chez les personnes qui souffrent d'insomnies voire même chez les personnes âgées dont le sommeil est de plus mauvaise qualité que les jeunes. "Au vu de nos résultats, cette population est une cible directe," affirme Laurence Bayer. "Est-ce que les bercer pourrait améliorer leur sommeil? Et en même temps est-ce que le fait de les bercer pourrait aussi améliorer leur mémoire puisqu'on sait qu'en vieillissant, on a des troubles cognitifs qui apparaissent".

Pour l'instant, seule une entreprise commercialise des lits qui se balancent à une fréquence proche de celle de l’étude genevoise. Mais le coût est encore élevé, plusieurs milliers de francs. Moins chère, une sieste dans un hamac qui se balance au gré du vent... un sommeil sans doute aussi très bénéfique.

Aurélie Coulon/sjaq

Publié le 24 janvier 2019 à 21:04 - Modifié le 28 janvier 2019 à 08:51