Modifié le 17 octobre 2016

Le Musée des Beaux-Arts de Lausanne part à la chasse aux oeuvres spoliées

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Suisse a acquis des œuvres d’art de manière douteuse
Durant la Seconde Guerre mondiale, la Suisse a acquis des œuvres d’art de manière douteuse 19h30 / 4 min. / le 16 octobre 2016
La Confédération a engagé deux millions de francs pour rechercher la présence éventuelle d'oeuvres d'art spoliées par les nazis dans les musées suisses. A Lausanne, un registre des années 1935-1950 fait justement défaut, a appris la RTS.

Le registre qui consigne les acquisitions des oeuvres entre 1935 et 1950 du Musée des Beaux-Arts de Lausanne manque. Le "livre 4" est le seul document de ce type qui est absent depuis la création du musée en 1841.

Son absence ravive des interrogations par rapport à une période trouble de l'histoire suisse. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Confédération a abrité, acheté ou échangé des oeuvres d'art dans ses galeries et ses musées dont la provenance était parfois douteuse.

Deux millions pour enquêter

L'Office fédéral de la culture vient de débloquer des subventions de l'ordre de deux millions de francs pour aider une dizaine de musées suisses à faire des recherches sur la provenance de leurs collections. L'encombrant héritage de la collection Cornelius Gurlitt, léguée à sa mort en 2014 au Kunstmuseum de Berne, a notamment poussé à investiguer dans d'autres musées. Sous le Troisième Reich, ce sont des dizaines de milliers d'oeuvres qui ont été volées et confisquées par les nazis.

A Lausanne, une historienne a été engagée à plein temps dès novembre pour tenter de reconstituer ce fameux registre perdu. Dans les sous-sols du musée, on trouve de nombreux tableaux de maîtres de différentes époques, achetés ou légués par de généreux collectionneurs, mais sur lesquels plane le soupçon d'oeuvres spoliées.

Un millier d'oeuvres sans origine

Cette oeuvre, c'est un tableau de 1810, de l'époque anglaise, réalisé avec maestria. Mais on ne sait absolument pas qui, quand ou comment ce tableau a été acheté.

Catherine Lepdor, conservatrice en chef du Musée des Beaux-Arts de Lausanne

Ce tableau est certainement de la main d'un grand maître, mais il n'est pas encore authentifié et on ne connaît pas sa provenance.
Ce tableau est certainement de la main d'un grand maître, mais il n'est pas encore authentifié et on ne connaît pas sa provenance. [RTS]
 

 

Il y aurait près d'un millier de tableaux arrivés au musée lausannois pendant la Seconde Guerre mondiale dont on ignore tout et dont il n'y a plus aucune trace dans les archives.

C'est entre 1935 et 1950, sous la direction du conservateur de l'époque, Jean Descoullayes (1903-1961), que les entrées et sorties des oeuvres ne sont plus du tout consignées. Ambitieux, l'homme est connu pour ses frasques, dont l'échange d'une inestimable peinture de Degas contre le tableau d'un artiste régional beaucoup moins coté. Après cette affaire, il a été entendu par la police et congédié.

Pour s'assurer que le Musée des Beaux-Arts de Lausanne ne détient pas d'oeuvres acquises illégalement, les historiens vont donc s'atteler à reconstituer le registre manquant. Ils doivent travailler vite, car les requêtes des familles de personnes spoliées, vieillissantes, deviennent de plus en plus rares.

Anabelle Durand/sbad

Publié le 16 octobre 2016 - Modifié le 17 octobre 2016

Le musée Rieteberg à Zurich concerné

L'historienne Esther Tisa a elle aussi travaillé sur la provenance d'oeuvres potentiellement spoliées mais au musée Rieteberg à Zurich. Elle a découvert que certaines pièces du musée avaient été achetées dans une vente aux enchères forcées en 1935 à Berlin. Mais à ce jour, seuls deux oeuvres ont fait l'objet d'une indemnisation.