Sur les traces de l'art spolié

Un feuilleton en cinq épisodes de Simon Corthay sur les traces de l'art spolié.

Détectives du clair-obscur

La série met en scène trois historiennes de l’art enquêtant sur des oeuvres d'art spoliées ou vendues de force sous le régime nazi.

Esther Tisa Francini est employée du Musée Rietberg à Zurich. Brigitte Monti est une collaboratrice scientifique du Musée d'art et d'histoire de Genève. Enfin, Palmyre Manivet travaille à Londres pour une société qui a notamment restitué un Matisse de la collection Gurlitt aux héritiers du collectionneur, forcé de s'en séparer.

Depuis plusieurs années, les recherches de provenance se multiplient pour restituer les oeuvres d'art spoliées sous le régime nazi aux héritiers des propriétaires légitimes. Ces enquêtes permettent également de s'assurer qu'il n'y a pas d'oeuvre d'origine douteuse dans les collections des musées.

En Suisse, l'héritage de la collection Gurlitt par le Musée d'art de Berne, fait office d'aiguillon. Afin d'enquêter dans ses propres collections, le musée bernois souhaite d'ailleurs créer un centre de recherche.

La "Femme assise" d'Henri Matisse (vers 1924) faisait partie de la controversée Collection Gurlitt. [Wolf Heider-Sawall - Keystone/Art Recovery Group]La "Femme assise" d'Henri Matisse (vers 1924) faisait partie de la controversée Collection Gurlitt. [Wolf Heider-Sawall - Keystone/Art Recovery Group]

Esther Tisa Francini, employée du musée Rietberg

A Zurich, le musée Rietberg, dédié à l'art extra-européen, accueille depuis les années cinquante la collection du banquier et baron allemand Eduard von der Heydt.

Depuis 2008, l'historienne de l'art Esther Tisa Francini effectue des recherches sur les circonstances dans lesquelles ce collectionneur à la biographie complexe a acquis certaines pièces.

Le musée Rietberg à Zurich est consacré à l'art extra-européen. [Gaëtan Bally - Keystone]Gaëtan Bally - Keystone
Tout un monde - Publié le 18 juillet 2016

Une "affaire délicate"

Peu après son engagement pour étudier les archives du musée, Esther Tisa Francini découvre au détour d'un catalogue qu'Eduard von der Heydt est devenu l'acquéreur de cinq œuvres chinoises, lors d'une vente aux enchères à Berlin en 1935, organisée par la famille Oppenheimer.

Une longue et difficile recherche d'informations prouve qu'il s'agissait en réalité d'une vente forcée.

Esther Tisa-Francini. [Simon Corthay - RTS]Simon Corthay - RTS
Tout un monde - Publié le 19 juillet 2016

Chaque musée doit faire ses recherches. […] Aujourd'hui, aucun musée ne peut se permettre de dire que "cela ne nous intéresse pas".

Esther Tisa Francini, employée du musée Rietberg

Brigitte Monti, collaboratrice scientifique du Musée d'art et d'histoire de Genève

A Genève, Brigitte Monti est à la recherche des propriétaires de tableaux oubliés dans les collections du Musée d'art et d'histoire et appartenant à l'école gothique espagnole.

Pour débuter son enquête, elle ne dispose que d'un petit papier datant des années 60 au dos d'une des oeuvres, avec un nom, Ludwig Losbichler, une case postale et une ville, Barcelone.

Brigitte Monti: il y a quatre ans, son travail au musée a soudain changé d’orientation. [Simon Corthay - RTS]Simon Corthay - RTS
Tout un monde - Publié le 20 juillet 2016

Une histoire à reconstituer

À partir des informations découvertes au dos d'un tableau, Brigitte Monti entreprend d'innombrables heures de recherche et des démarches qui souvent n'aboutissent pas.

Elle finit par découvrir que Ludwig Losbichler était un marchand de textile autrichien, qu'il a quitté son pays pour s'installer à Tanger, puis à Barcelone. Mais surtout, qu'il était en contact avec des agents nazis.

Une partie du trésor archéologique de Gaza exposée en 2007 au Musée d'art et d'histoire de Genève n'a pas pu être restituée. [Martial Trezzini - Keystone]Martial Trezzini - Keystone
Tout un monde - Publié le 21 juillet 2016

Comment ces tableaux se sont-ils retrouvés entre les mains de Losbichler? Après trois ans d'enquête, cela reste un mystère.

Palmyre Manivet, enquêtrice pour la société Art Recovery

A Londres, Palmyre Manivet rappelle que le gouvernement polonais a contacté sa société Art Recovery en juin 2015 pour lui signaler la mise sur le marché à Vienne d’un buste de Diane signé Jean-Antoine Houdon. La description de cette sculpture de marbre correspond exactement à celle du buste d’un palais de Varsovie emporté par les nazis pendant la guerre de 39-45.

Palmyre Manivet, enquêtrice à Art Recovery. [Simon Corthay - RTS]Simon Corthay - RTS
Tout un monde - Publié le 22 juillet 2016

Le buste de Diane restitué à la Pologne. [DR]Le buste de Diane restitué à la Pologne. [DR]

La mission des détectives n’est pas tant de prouver qu'il s’agit de la même oeuvre - une expertise l'atteste - mais de jouer les médiateurs pour que le vendeur accepte de restituer l’oeuvre achetée par son grand-père. Ce sera finalement par la voie diplomatique que le buste retrouvera son socle d'origine, en décembre 2015.

>> La cérémonie de restitution du buste de Diane à Varsovie (en polonais):

Une série proposée par Simon Corthay, diffusée du 18 au 22 juillet 2016 dans l'émission "Tout Un Monde" sur La 1ère.

Réalisation web: Sylvie Ravussin