Modifié le 09 mai 2018

Un élu français dénonce les pratiques d'embauche discriminatoire en Suisse

Les offres dénoncées comportent par exemple la mention "résidence en Suisse exigée".
Un élu français dénonce les pratiques d'embauche discriminatoire en Suisse La Matinale / 2 min. / le 09 mai 2018
Un élu de France voisine dénonce les offres d'emploi suisses qui écartent les candidatures des non-résidents. Les jugeant discriminatoires, il entend les relayer aux instances européennes, a appris la RTS.

"Je vais transmettre une cinquantaine d'offres d'emploi discriminatoires à l'ambassadeur de l'Union européenne à Berne", explique le maire de Saint-Julien-en-Genevois, Antoine Vielliard. "Il y a 450'000 Suisses qui bénéficient de la liberté d'installation dans les pays de l'Union et ça doit fonctionner dans les deux sens."

Si le phénomène est parti de Genève, il observe que les offres avec la mention "résidence en Suisse exigée" gagnent aujourd'hui les autres cantons. "Avant même l'entrée en vigueur de la préférence indigène, qui est totalement contraire au traité avec l'Union européenne, on s'aperçoit que les offres d'emploi discriminatoires se multiplient." 

Le maire de la commune de Haute-Savoie veut que les instances européennes se saisissent du sujet et traitent ce différend avec la Suisse, en allant le cas échéant jusqu'à actionner la clause guillotine qui entraînerait l'annulation des accords bilatéraux.

"Malvenue et disproportionnée"

Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes, juge cette démarche malvenue et disproportionnée. "Antoine Vielliard est toujours dans l'exagération. Il sait très bien qu'il y a des mécanismes qui permettent de régler les différends."

Sur le fond, Blaise Matthey n'encourage nullement cette pratique et rappelle la position de sa fédération: un employeur peut engager de part et d'autre de la frontière, mais il est préférable de regarder d'abord si le marché local peut fournir les compétences recherchées.

Du bon sens, selon Mauro Poggia

Accusé par l’élu de France voisine d’exercer une pression sur les entreprises privées pour qu'elles favorisent l’embauche indigène, Mauro Poggia dément. "Nous n’exerçons évidemment aucune pression, parce que nous n’avons pas de moyen de pression. Ce que nous avons fait, c'est marteler des principes de bons sens, selon lesquels on ne peut pas laisser des travailleurs qui vivent à Genève sur le bord de la route pour engager systématiquement de nouveaux travailleurs qui viennent en tant que travailleurs frontaliers. Ce message répété commence à porter ses fruits."

Concernant les annonces, le conseiller d'Etat chargé de l'emploi précise qu'"il ne s'agit pas d'encourager la mention de ce type d'exigence, mais d'encourager les entreprises à regarder d'abord sur le territoire genevois et suisse s'il y a des compétences. Il y a une certaine responsabilité sociale du secteur privé qui commence à se manifester."

>> Ecouter la réaction de Mauro Poggia:

Mauro Poggia, conseiller d'Etat genevois.
Martial Trezzini - Keystone
La Matinale - Publié le 09 mai 2018

Mathieu Cupelin/Guillaume Meyer/lgr

Publié le 09 mai 2018 - Modifié le 09 mai 2018

Quelles réactions possibles du côté des instances européennes?

La Commission européenne, saisie par Antoine Vielliard, répond présente en général s’agissant de dénoncer les "dysfonctionnements" de la voie bilatérale.

Dans le cas où la Commission européenne partagerait l’avis du maire de Saint-Julien, et qu’elle juge ces offres d’emplois discriminatoires, elle pourrait mettre le problème sur la table du comité mixte.

Contactée par la RTS, la Commission européenne n'était pas encore au courant de la démarche de l'élu, mais dans le contexte actuel, c’est peut-être de l’eau au moulin des négociateurs européens.

>> Ecouter les explications de Guillaume Meyer: