Modifié

Plus de 1000 Népalais sont morts sur les chantiers du Qatar, pour des raisons qui restent floues

Le Qatar dit non aux ONG qui exigeaient qu'un fonds d'indemnisation soit créé pour les ouvriers blessés ou tués. [Hassan Ammar]
Rencontre avec des familles d’ouvriers népalais morts sur les chantiers du football au Qatar / Tout un monde / 5 min. / le 8 novembre 2022
Depuis dix ans, plus de 1000 ouvriers népalais ont perdu la vie sur les chantiers du Qatar, pour construire les stades de la Coupe du Monde de football et d’autres infrastructures du pays. La cause officielle invoquée est l'accident cardiovasculaire, mais les conditions de travail sont pointées du doigt.

Maçons, tailleurs de marbre ou charpentiers, les ouvriers népalais représentent le deuxième contingent de migrants au Qatar, derrière les Indiens. Beaucoup se déplacent au Qatar pour subvenir aux besoins de leurs familles. Souvent peu qualifiés et payés environ 300 francs par mois, ces travailleurs népalais exercent des métiers qui les exposent à une chaleur extrême, dangereuse pour leur santé.

En travaillant pendant une douzaine d'heure par jour sous le soleil qatari, ces Népalais risquent une déshydratation extrême et des insuffisances rénales, pouvant entraîner des crises cardiaques, estime le docteur Bhishwa Raj Dawadi, membre de l’association des médecins du Népal, mardi dans l'émission Tout un monde. Cependant, il est difficile d'affirmer que ce soit la cause unique de ces décès, car les Qataris ne réalisent pas d’autopsie, précise le docteur.

>> Sur le même sujet : Le mondial au Qatar, un voyage en enfer pour les travailleurs exilés

Récurrence des cas

Ram Kushun Sahani, ouvrier sur le chantier de construction de Doha, est décédé à seulement 32 ans. Pourtant en bonne santé, il est mort dans son sommeil après ne pas s'être senti bien. Sa famille ne s'explique toujours pas sa disparition, bien que les autorités le déclare décédé d'un arrêt cardiaque. Autrement dit d'une mort naturelle.

Ganga Sahani, ouvrier népalais engagé dans la construction de bâtiments en marge du Mondial, est mort à 47 ans. La cause officielle est une crise cardiaque. Son fils, Rampukar, n'a reçu que 9000 rials d'indemnisation, soit environ 250 francs. Le dernier salaire mensuel dû à son père. Sans les revenus réguliers qu’il envoyait du Qatar, la vie est devenue précaire pour la famille Sahani.

Des causes floues

Selon Bhishwa Raj Dawadi, ces cas sont suspects: "Un homme dynamique de 40 ans ne meurt pas soudainement d’une crise cardiaque!" Selon les autorités qataries, les deux tiers de ces décès auraient des causes naturelles. Mais cette proportion semble bien trop élevée pour une population aussi jeune, estime le docteur.

Une étude scientifique publiée en 2019 démontre que les accidents cardiovasculaires chez ces travailleurs népalais étaient jusqu’à 4 fois plus élevés que la normale, à cause de leur exposition inconsidérée au soleil. Et que près d’un tiers de ces décès au Qatar auraient pu être évités en offrant de meilleures protections à ces ouvriers. Selon le gouvernement népalais, 1095 Népalais sont morts de causes naturelles ou crises cardiaques au Qatar entre 2009 et 2019.

Nombre de décès de travailleurs migrants népalais en fonction des causes recensées. [Heat stress impacts on cardiac mortality in Nepali migrant workers in Qatar (2019)]

Dans le tableau ci-dessus, on remarque que l'ensemble des décès liés aux accidents cardiovasculaires entre 2009 et 2017 représente 45% des décès totaux, soit la majorité. Par ailleurs, la catégorie "cause naturelle/autre", donnée par le registre officiel du gouvernement quatari, est floue et imprécise, mais représente la seconde cause la plus importante de décès.

Vers une amélioration des conditions de travail

Du fait de la pression internationale, les conditions de travail se sont cependant améliorées au Qatar, particulièrement sur les chantiers du Mondial: mesures de sécurité renforcées, accès à l’eau et à la climatisation accrus. Peu de décès sont ainsi rapportés sur les chantiers homologués.

Même s'il s'agit d'une conséquence probable de ces progrès, d'autres raisons plus obscures restent à considérer. Janak Raj Sapkota, journaliste pour le quotidien népalais Kantipur, raconte que la famille d'un migrant décédé durant la construction d'un stade refusait de parler. Une connaissance de la famille a confié au journaliste que la société de construction aurait versé à cette dernière une indemnité d'environ 6000 francs pour qu'elle ne parle pas aux médias.

Sujet radio: Sébastien Farcis

Adaptation web: Raphaël Dubois

Publié Modifié