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La Chine défend sa vision des droits de l’homme au Conseil de sécurité de l’ONU

Le ministre chinois des affaires étrangères Wang Yi. [UNTV - Keystone/AP]
Sous le feu des critiques pour son traitement des minorités musulmanes du Xinjiang, la Chine défend sa vision / La Matinale / 1 min. / le 23 février 2021
Sous le feu des critiques pour son traitement des minorités musulmanes du Xinjiang, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a contre-attaqué en justifiant l'action de son gouvernement par la manière dont la Chine conçoit la notion de droits humains.

Premier membre du gouvernement chinois à s’exprimer devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, Wang Yi a consacré une part importante de son discours à légitimer l'action de Pékin au Xinjiang en expliquant la manière dont la Chine perçoit les libertés fondamentales de ses citoyens.

Centrée sur la prospérité et la sécurité, le concept étayé par le ministre chinois des Affaires étrangères met l’emphase sur le bien-être économique, reléguant au second plan les notions d’égalité, de liberté de religion, d'expression, d’opinion. "La Chine considère le droit à la subsistance et au développement comme des droits humains fondamentaux et primaires", a notamment déclaré le représentant de Pékin.

Droits économiques plutôt que droits politiques

La Chine juge donc les "droits économiques" comme ayant préséance sur les "droits politiques". Signe de cette réalité, les autorités associent systématiquement leur performance économique à la défense de leur bilan en matière de droits de l’homme.

Leçon de chinois dans un centre d'éducation à Kashgar, Xinjiang. [Ben Blanchard - Reuters]Leçon de chinois dans un centre d'éducation à Kashgar, Xinjiang. [Ben Blanchard - Reuters]

"Au cours des 60 dernières années, le PIB par habitant du Xinjiang a été multiplié par 40 et l'espérance de vie dans la région est passée de 30 à 72 ans", a récemment déclaré un porte-parole du gouvernement en réponse à une question de la presse étrangère. Le message en filigrane est clair: peu importe la méthode, Pékin améliore rapidement le niveau de vie de ses habitants et contribue au bien-être du plus grand nombre.

Pékin prône un relativisme des valeurs

Loin d’être anodine, cette manière de promouvoir les "droits humains à la chinoise" vise à concurrencer directement les valeurs démocratiques libérales. "Les droits de l’homme ne sont pas le monopole d'un petit nombre de pays et ne doivent pas être utilisés comme levier pour faire pression sur d’autres pays en se mêlant de leurs affaires internes", a asséné Wang Yi. La Chine prône en somme un relativisme des valeurs, en porte-à-faux avec le caractère universel de la déclaration des droits de l’homme.

Si cette stratégie laisse de marbre, voire scandalise en Occident, la vision de Pékin résonne dans plusieurs pays – particulièrement auprès des nombreux gouvernements à tendance autoritaire. Le message chinois fait aussi son chemin au sein des institutions onusiennes, où le géant asiatique pèse désormais de tout son poids. En juillet 2019, alors que 22 pays s'opposaient à la politique chinoise au Xinjiang, 37 Etats ont ainsi volé au secours de Pékin, adressant une lette à l’ONU pour apporter leur soutien à la Chine.

>> Lire aussi: La Chine réprime violemment ses minorités musulmanes, au grand dam de la communauté internationale

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères affirmait en outre récemment que "la réélection répétée de la Chine au Conseil des droits de l’homme témoigne de la reconnaissance par la communauté internationale de la cause des droits de l’homme en Chine".  

Michael Peuker/vic

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Un million de personnes placées dans des camps au Xinjiang

Internement, rééducation, stérilisation, travail forcé: les accusations pleuvent à l'encontre de Pékin. Par la voix de son chef de la diplomatie, le Royaume-Uni a durement dénoncé lundi la politique chinoise au Xinjiang, évoquant une violation des droits de l’homme à une "échelle industrielle". Le ministre allemand des Affaires étrangères a quant à lui rappelé l'attachement de son pays à la déclaration universelle des droits de l’homme, qui "ne laisse aucune place aux détentions arbitraires et à la discrimination de minorités ethniques".

"Centres de formation"

Sous couvert de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme religieux, le Parti communiste chinois a enfermé plus d’un million de musulmans dans des camps, selon de nombreux experts et ONG. Mis en place en 2017, la Chine a longtemps nié ces incarcérations de masse avant de reconnaître, fin 2018, l’existence de "centres de formation professionnelle". Une fois libérés, les "diplômés" sont placés dans des entreprises ou des exploitations agricoles.

De récents rapports pointent un vaste programme institutionnalisé donnant lieu à du travail forcé, mais Pékin dément tout esclavagisme moderne et précise que ces affectations s'inscrivent dans un effort national de lutte contre la pauvreté et de développement économique, notion centrale des droits humains aux caractéristiques chinoises.

>> Ecouter l'émission Tout un monde revenir sur le sort des Ouïghours au Xinjiang:

Femmes de la communauté ouïghoure à Hotan, dans la province chinoise du Xinjiang. [Elizabeth Dalziel - AP/Keystone]Elizabeth Dalziel - AP/Keystone
Le sort des Ouïghours préoccupe davantage l’Occident / Tout un monde / 7 min. / le 20 juillet 2020