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Les victimes de violences conjugales: 70% de femmes et 30% d'hommes

A voir ci-dessus jusqu'au 20 décembre "Violenté par ma petite amie", une immersion dans le cycle de la violence conjugale [RTS]
A voir ci-dessus jusqu'au 20 décembre "Violenté par ma petite amie", une immersion dans le cycle de la violence conjugale [RTS]
Un homme battu, des femmes en résilience et une jeune Indienne victime d'un viol collectif: la RTS propose trois documentaires sur la maltraitance. L'occasion de faire le point sur les violences conjugales, alors que la lutte contre ce fléau n'a jamais semblé autant vive. Juste cette semaine, la France a été tancée deux fois.

Parmi les personnes qui subissent des violences conjugales, 70% seraient des femmes et 30% des hommes, selon une comparaison de plusieurs études. Mais certaines enquêtes relèvent un écart encore plus important. En France, selon le ministère de l'Intérieur, 88% des victimes de violences commises par un partenaire ou ex-partenaire sont des femmes. Ce déséquilibre s'expliquerait principalement par le patriarcat.

Sortir du silence reste très difficile pour les victimes, pour diverses raisons. Les données ci-dessous sont donc probablement inférieures à la réalité.

Les homicides conjugaux existent dans tous les pays, de manière toutefois variable.

Les femmes sont clairement plus touchées que les hommes au niveau des homicides par un partenaire ancien ou actuel. Selon l'OMS, 38% des meurtres de femmes ont été réalisés par leur conjoint. En Suisse, en 2018, 15 femmes et un homme ont été tués par leur conjoint.

La récurrence des féminicides génère une profonde amertume auprès de la population féminine. Les mobilisations se font encore plus fréquentes depuis le mouvement MeToo. Des manifestations auront lieu samedi dans plusieurs villes d'Europe, à deux jours de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes (voir encadrés).

30% des femmes adultes ont été violentées au moins une fois par un partenaire

La plupart des violences conjugales fonctionne sur une relation dominant-dominé, alimentée par un va-et-vient cyclique entre la lune de miel et la crise, en passant par une phase de justification et de culpabilisation.

J'aurais pu me dire que j'étais une marionnette, mais j'étais tellement pris au piège que je n'en savais rien

Alex, homme victime de violences conjugales (témoin dans le film "Violenté par ma petite amie" ci-dessus)

Les hommes et les femmes peuvent tomber dans ce schéma, comme victime ou comme bourreau. Mais les femmes sont nettement plus souvent les victimes. Une femme sur trois a été un jour exposée à de la violence physique ou sexuelle. Et celle-ci est le plus souvent occasionnée par le partenaire intime, selon l'OMS. En raison de ce déséquilibre, on parle désormais de "violences de genre". La majorité des études se concentre sur les victimes féminines.

Le problème est mondial, comme le démontrent ces chiffres de l'OMS*:

La Banque Mondiale** a réalisé une étude avec des taux plus élevés en Asie du Sud (43%), en Afrique sub-saharienne et au Moyen-Orient (40%), en Amérique du Sud (33%) et en Asie orientale-Pacifique (30%). La violence conjugale se calque plus ou moins sur la violence envers les femmes en dehors de la sphère domestique.

>> Se replonger dans la violence contre les femmes en Inde avec le documentaire "L'histoire de Jyoti Singh" (2015), victime d'un viol collectif:

Une Européenne sur cinq violentée par un conjoint

En Europe, la situation est un peu meilleure pour les femmes. Selon l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA)***, 22% des Européennes interrogées disent avoir subi de la violence physique ou sexuelle par un partenaire au cours de leur vie. Les formes de violence les plus courantes sont la bousculade (5% des sondées), la gifle (4%), le jet d'objet et les cheveux tirés (2%), puis les coups de poing-pied-objet et les tentatives d'étranglement (1%). Parmi les personnes victimes de rapports sans consentement avec leur conjoint actuel, 31% font état d'au moins six viols.

Les violences conjugales d'ordre psychologique touchent 43% des sondées. Par ailleurs, 9% des femmes sont ou ont été victimes de traque de la part d'un ex-partenaire. A noter que seulement dans 14% des cas, les victimes ont informé la police de leur plus grave incident de violence domestique subi.

>> Lire: Manifestations contre les violences faites aux femmes en Espagne, Un collectif dénonce "le 100e féminicide de l'année" en France et Le Portugal fait face à une recrudescence inquiétante des féminicides

Et en Suisse?

En 2018 en Suisse, plus de 18'500 infractions de violence domestique (cercle familial au sens large) ont été enregistrées par la police, un nombre en hausse de près de 9% en un an, selon la statistique policière de la criminalité.

La majorité de ces infractions étaient des voies de fait (près du tiers), des menaces (plus de 20%), des injures (environ 18%) et des lésions corporelles simples (11%). Ont également été recensés plus de 400 cas de viol ou de contrainte sexuelle, près d'une trentaine d'homicides (dont 16 cas conjugaux comme dit plus haut) et une cinquantaine de tentatives d'homicide.

En Suisse, il existe de nombreuses associations pour soutenir les victimes, féminines et/ou masculines.

>> Voir le documentaire tourné auprès de Solidarité femmes "Violence conjugale: paroles de femmes" (2015):

Caroline Briner

* étude de l'OMS parue en 2013 sur la base de chiffres récoltés en 2010
** étude de la Banque mondiale parue en 2014
*** étude de la FRA (Agency for Fundamental Rights) publiée en 2014
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La France plusieurs fois tancée cette semaine

Le premier rapport sur l'application par la France de la Convention d'Istanbul (voir ci-dessous) a été publié mardi. Il est très critique: pas assez d'hébergements dédiés aux femmes victimes de violences, une définition du viol problématique, une réponse pénale "insuffisante" et des enfants témoins trop peu soutenus.

Dimanche déjà, le ministre de la Justice française avait tapé du poing sur la table: "Dans 65% des cas d'homicide et de violences conjugales, la justice ou la police avaient été saisies". Les mains courantes et les procès-verbaux de renseignements judiciaires ne débouchent sur des investigations que dans 18% des cas.

Des milliers de personnes sont attendues samedi à Paris pour dénoncer les violences faites aux femmes.

La Convention d'Istanbul, un tournant

Conclue en 2011, la Convention d'Istanbul s'affiche comme une volonté de prendre le problème de la violence domestique à bras-le-corps. Etabli par le Conseil de l'Europe et signé par 28 Etats, ce texte demande aux gouvernements signataires de s'engager à:

- mener des campagnes de sensibilisations, combattre les stéréotypes et promouvoir le respect
- intégrer l'égalité des genres et la communication non-violente dans les supports pédagogiques
- former des professionnels pour accompagner les victimes et créer des centres de crise
- donner les moyens à la police de garantir la sécurité des victimes
- mettre sur pied des programmes thérapeutiques adéquats pour les auteurs de violence

Une manifestation contre les violences faites aux femmes

Une manifestation dénonçant les violences envers les femmes est prévue samedi à Lausanne. Les initiatives se multiplient dans la rue et sur les réseaux sociaux pour sensibiliser aux féminicides. Les explications de Juliane Roncoroni.