Modifié le 27 mars 2018

La Poste confirme son contrat avec le géant de l'e-commerce Amazon

Dossier: Amazon débarque en Suisse
Dossier: Amazon débarque en Suisse TTC / 10 min. / le 26 mars 2018
La Poste a confirmé lundi avoir signé un contrat avec Amazon, "sans traitement préférentiel". Les vendeurs suisses, eux, élaborent des stratégies pour survivre à l’arrivée du plus grand site d'e-commerce au monde.

L'explosion des commandes en ligne ces dernières années a dopé les affaires de La Poste. Au centre de tri des colis de Daillens (VD), une centaine d'employés trient 150'000 colis par jour en moyenne. Et la cadence va s'accélérer sous peu, car La Poste vient de signer un contrat avec Amazon.

Ce contrat "devrait entrer en fonction au premier semestre de cette année", précise le responsable du centre de tri des colis de Daillens, Jean-Gabriel Meylan. "Actuellement nous faisons certains tests pour vérifier la qualité au niveau des transferts des données, des processus chez nous pour offrir à nos clients finaux la meilleure qualité possible", ajoute-t-il.

"Pas de traitement préférentiel"

La Poste a raflé un client particulièrement convoité en signant avec le géant mondial du commerce en ligne Amazon. Elle affirme toutefois ne pas lui avoir accordé de traitement préférentiel, contrairement à des rumeurs remontées récemment jusqu'à Berne.

"Le contrat avec Amazon implique le dédouanement, plus l'utilisation du processus jusqu'au dernier kilomètre. Avec des prestations et des processus, comme tous les autres clients", explique Jean-Gabriel Meylan. Ces conditions s'appliquent par exemple à Zalando.

Et désormais La Poste ne facturera plus les frais de dédouanements - difficiles à anticiper - aux clients. C’est Amazon qui les réglera.

Le contrat de La Poste avec Amazon implique le dédouanement, plus l'utilisation du processus jusqu'au dernier kilomètre.

Jean-Gabriel Meylan, responsable du centre de tri des colis de La Poste à Daillens (VD)

"De la place pour deux", selon Digitec-Galaxus

Digitec-Galaxus, la version helvétique d'Amazon, qui appartient au groupe Migros, croit en ses propres armes pour affronter l'arrivée de son concurrent américain.

"Le gens savent exactement qui nous sommes, je pense que c’est un grand avantage par rapport à nos concurrents. Nos clients sont attirés par notre choix, notre assortiment, notre proximité, mais pas forcément grâce aux prix, c’est clair", détaille son chef des opérations, Johannes Cramer.

Le groupe basé à Wohlen (ZH) traite entre 10'000 et 20'000 commandes par jour, et ce nombre ne cesse d'augmenter. L'an passé, le chiffre d'affaires a atteint 861 millions de francs, en croissance de 19%, et 300 collaborateurs ont été engagés. A ce rythme, Digitec-Galaxus pense doubler de taille d'ici quatre ans.

"C’est sûr qu'Amazon va renforcer sa présence en Suisse, mais je ne pense pas qu'ils vont y construire leur propre entrepôt. Nous ne devons pas être inquiets, parce que notre fonctionnement est différent. Le marché croît tellement, nous avons tous les deux notre raison d’être", poursuit Johannes Cramer.

Reste que Digitec-Galaxus possède un catalogue d'un million d’articles contre plus 300 millions sur Amazon, et que les prix des produits sont peu comparables.

Concurrent des libraires et des magasins de sport

Le patron des librairies Payot, Pascal Vandenberghe, explique composer avec la concurrence d'Amazon depuis vingt ans. "Mais pour un certain nombre de clients à qui ça parle, nous sommes une entreprise propre (...). Acheter dans un commerce suisse qui n'a rien à cacher, qui forme des jeunes, qui a une convention collective... ça rassure", assure-t-il.

François Cruchon, patron de François Sport à Morges, juge lui "qu'il y a déjà assez de sites agressifs et qui ont du choix. Un de plus... ils vont se manger entre eux. Dans notre domaine, ce ne sont pas les gros qui mangent les petits, ce sont les rapides qui mangent les lents. Et nous, en étant petits, on a tous les arguments pour être rapides".

En 2017, Amazon a réalisé 600 millions de chiffre d’affaires en Suisse. On estime qu'avec le contrat signé avec La Poste, le géant américain pourrait multiplier ses recettes par quatre en trois ans. Et cela aura des conséquences logistiques pour La Poste, qui devra construire trois nouveaux centres régionaux pour un coût global de 150 millions de francs.

Valérie Demierre/jvia

Publié le 26 mars 2018 - Modifié le 27 mars 2018