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Andreas Schollin-Borg, fondateur de Batmaid: "Le travail au noir est la pire des précarisations"

L'invité de La Matinale - Andreas Schollin-Borg, directeur de Batgroup SA
L'invité de La Matinale - Andreas Schollin-Borg, directeur de Batgroup SA / La Matinale / 14 min. / jeudi à 07:00
Depuis 2015, la société lausannoise Batmaid est active dans le secteur du nettoyage à domicile: un domaine d'activités où le travail au noir est très présent. Invité jeudi de La Matinale, Andreas Schollin-Borg, directeur de Batgroup, la maison-mère de Batmaid, a estimé qu'il faudrait mettre en place des mesures pour lutter contre ce fléau.

"Chaque jour, 75'000 personnes travaillent au noir dans notre domaine d'activités (...) notre marché est gangréné. Il y a encore 65% du travail qui se fait au noir et on parle d'un milliard (de francs) de salaire par année qui est payé au noir aujourd'hui. C'est sur ça qu'il se faut se battre". Pour Andreas Schollin-Borg, le constat est clair. Il faut désormais trouver des solutions.

Depuis 2021, le business-modèle du groupe a été transformé. D'une plateforme qui mettait en lien du personnel de nettoyage avec des clients, qui devenaient de facto employeurs le temps du service, Batgroup a pris la décision d'engager les personnes qui travaillaient sur la plateforme.

"Avec le Covid, les RHT ont été refusés à nos clients pour leurs employés. A ce moment-là, on s'est dit qu'il fallait apporter plus de sécurité à l'ensemble des gens qui travaillaient sur la plateforme. Au 1er janvier 2021, on est donc devenu employeur de 2000 personnes", explique-t-il.

>> Revoir à ce propos le reportage du 12h45 :

Batmaid salariera une partie de ses 2'000 agents de nettoyage dès janvier 2021.
Batmaid salariera une partie de ses 2'000 agents de nettoyage dès janvier 2021. / 12h45 / 2 min. / le 24 août 2020

Augmentation de prix

Pour Batgroup, passer de 0 à 2000 employés s'est révélé être un vrai challenge. Mais ce changement de modèle a aussi eu des répercussions sur les clients.

"Pour notre client, ça a été une augmentation de prix, parce qu'on a plus de coûts en tant qu'employeur direct", précise Andreas Schollin-Borg. "Mais ça a été très bien perçu, parce qu'en fin de compte, je pense que pour nos clients, l'impact sociétal compte depuis le Covid", ajoute-t-il.

Mettre la pression sur les entreprises va juste faire repartir les clients du côté du travail au noir

Andreas Schollin-Borg, fondateur de Batmaid et directeur de Batgroup

Cette augmentation du prix pose toutefois la question de la concurrence, notamment celle en provenance du travail au noir. "Chez nous, un client va payer autour de 43,90 francs de l'heure", indique Andreas Schollin-Borg. Un prix relativement haut pour la Suisse romande, quand le travail au noir propose 25 francs de l'heure.

Des salaires qui restent bas

Questionné sur le salaire des employés, le fondateur de Batmaid explique que "le coût d'un employé" tourne autour des 33,50 francs et que le salaire diffère un peu selon les cantons. "Pour Genève, c'est autour de 25 francs", concède-t-il.

Un revenu qui reste donc très bas pour la Suisse, mais qu'il est impossible d'augmenter pour l'instant, d'après Andreas Schollin-Borg. "On aimerait pouvoir payer des salaires bien plus haut. Mais il faut juste être réaliste par rapport au marché et au travail qui se fait au noir et qui est la pire des précarisations", souligne-t-il.

Une déduction fiscale serait l'un des moyens qui aiderait le plus le secteur pour faire baisser le travail au noir

Andreas Schollin-Borg, fondateur de Batmaid et directeur de Batgroup

"Tant qu'on ne fait pas un effort pour résoudre ce problème-là, mettre la pression sur les entreprises va juste faire repartir les clients du côté du travail au noir (..) On ne peut pas augmenter les prix: 43,90 francs par rapport à 25 francs, c'est déjà cher", constate-t-il.

Une aide de l'Etat

Pour Andreas Schollin-Borg, il faudrait donc une incitation de l'Etat. "Une déduction fiscale serait l'un des moyens qui aiderait le plus le secteur pour faire baisser le travail au noir (...) Ça permettrait de réduire l'impact entre le prix du travail au noir et notre prix dans une entreprise classique", précise-t-il.

"C'est comme pour les voitures électriques. S'il y a un engouement tel, c'est parce qu'on se rend compte que tous les États ont mis en place des mesures incitatives pour que les gens passent d'un système à l'autre. Et aujourd'hui, on doit pouvoir aider les clients à changer de système pour que le travail soit déclaré", détaille-t-il encore.

Enfin, Andreas Schollin-Borg juge également qu'il y a une sensibilisation à faire à l'égard des clients. "Quand on veut faire des changements, il faut éduquer et expliquer pourquoi (...). Je pense que le Covid a changé beaucoup les mœurs et l'état d'esprit des citoyens suisses. C'est le bon moment de se dire qu'il faut faire un pas vers le social, parce que c'est ça l'avenir", conclut-il.

Propos recueillis par Pietro Bugnon

Adaptation web: ther

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