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Le bio est plus rentable, mais les intermédiaires se taillent la part du lion

Les marges des produits bio profitent surtout aux grands distributeurs selon une enquête de la Fédération romande des consommateurs [RTS]
Les marges des produits bio profitent surtout aux grands distributeurs selon une enquête de la Fédération romande des consommateurs / 19h30 / 2 min. / le 5 octobre 2022
La Fédération romande des consommateurs (FRC) a publié ce mercredi une étude qui dénonce les marges excessives des distributeurs sur les produits bio, mais aussi l'omerta qui règne dans la production de fruits et légumes en Suisse.

Les coûts de production d'une exploitation bio sont plus élevés que ceux d'une culture conventionnelle. Pas surprenant, dès lors, qu'un légume bio coûte plus cher en magasin. Mais selon une enquête publiée ce mercredi par la Fédération romande des consommateurs (FRC), le prix de vente en magasin ne reflète pas du tout cette différence.

Prenant la carotte comme exemple, les enquêteurs évoquent des coûts de production de 57 ct/kg en conventionnel et de 80 ct/kg en bio, soit une différence de 40%. En magasin, la hausse du prix s'envole, de 48 à 116%, selon les mois.

Pire pour les tomates grappes, où la différence de coûts de production s'élève à 34%, tandis que les prix de vente en grande distribution vont jusqu'à 138% de plus.

"Il y a une part qui s’explique par des coûts de production plus élevés, il y a une part qui s’explique par des emballages, du tri, et il y a toute une partie qui disparaît dans cette boîte noire de la grande distribution", affirme Sandra Imsand, responsable des enquêtes à la FRC.

"Il faut un observatoire des marges"

Invitée dans le 19h30, Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la FRC, dénonce l’opacité du système: "On devrait avoir un observatoire des marges, pour permettre davantage de transparence."

"Cela rééquilibrerait le rapport de force, qui aujourd'hui est totalement déséquilibré au détriment des producteurs. Ça permettrait aussi au consommateur de savoir si son argent va au producteur ou dans la grande distribution."

>> L'interview de Sophie Michaud Gigon dans le 19h30:

Prix des légumes bio: Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs, dénonce l’opacité du système [RTS]
Prix des légumes bio: Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs, dénonce l’opacité du système / 19h30 / 2 min. / le 5 octobre 2022

Un tiers de marge

La FRC a calculé la marge que prennent la Coop et la Migros sur plusieurs produits, sur la base de témoignages anonymes d'agriculteurs. Chez Coop, on peut prendre l'exemple de la salade batavia, vendue 1,80 franc. Une fois enlevés les coûts de production, les coûts intermédiaires et la marge nette du producteur, la part de Coop serait de 36%. La marge nette du producteur: 4,6%.

Même constat avec le concombre de la Migros, vendu également 1,80 franc. Ses coûts de production sont élevés (96 ct). Mais la marge brute que la FRC a calculée pour la Migros (0,54 ct) détonne avec celle, nette, du producteur (0,02 ct).

Pour la FRC, le constat est clair: "Les distributeurs profitent du fait que les consommateurs veulent soutenir des produits issus d’une agriculture durable pour gonfler les prix de manière artificielle, les réservant ainsi potentiellement à une population plus aisée", peut-on lire dans le rapport.

Ainsi, au lieu de financer la transition vers une agriculture plus durable, les consommateurs de fruits et légumes bio rempliraient donc surtout les poches des distributeurs.

Contactés, ni la Coop, ni la Migros n'ont souhaité commenter ces chiffres.

L'omerta au bénéfice des intermédiaires

Selon Jean Busché, responsable économie à la FRC, "il y a ce qu’on pourrait qualifier d’une omerta dans le maraîchage. Personne ne veut parler". Dans le milieu, chaque acteur connaîtrait le cas d'un producteur dont les commandes auraient subitement chuté après avoir osé se plaindre publiquement du système, relève la FRC.

"Nous ne travaillons pas avec les distributeurs, mais pour eux", confirme à la FRC un agriculteur, qui a accepté de témoigner anonymement, pour éviter de perdre ses gros clients.

Une situation de dépendance dont le consommateur est acteur, malgré lui. Aux extrémités de cette chaîne de production, l'agriculteur et le consommateur sont ceux qui tirent le moins souvent leur épingle du jeu.

Théo Jeannet, fme

>> A lire aussi: l'enquête d'On en Parle avec une infographie sur les prix et les marges du bio.

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