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"Le WEF peut avoir un impact important sur les négociations à venir"

Stéphane Garelli.
L'invité de La Matinale - Stéphane Garelli, ancien directeur du WEF / La Matinale / 9 min. / le 21 janvier 2019
A un jour de l'ouverture du Forum économique mondial de Davos (WEF), l'économiste Stéphane Garelli décrit une manifestation "tournée vers les questions de société", susceptible de préparer le terrain de négociations à venir.

Comme chaque année désormais depuis 1971, les grands de ce monde mettent leurs sous-vêtements thermiques et leurs bottes de neige dans leur valise et convergent à Davos. Le thème du forum cette année est la mondialisation 4.0, ou comment façonner une architecture mondiale à l'ère de la 4e révolution industrielle.

"Il y a dix ans, on évoquait beaucoup la 'crise monétaire' ou les 'taux de conversion'", remarque Stéphane Garelli, professeur d'économie à l'IMD et premier directeur du WEF entre 1974 et 1987. "Aujourd'hui, on parle beaucoup de sujets de société: le climat, la protection des données, le collapsisme. Davos est devenu beaucoup plus inclusif qu'autrefois", estime-t-il lundi au micro de La Matinale de la RTS.

Grandes déclarations... sans suite?

Si les expressions "conscious capitalism" (capitalisme conscient), "change the world" (changer le monde) et "innovation" promettent d'égréner les déclarations, quels effets réels peuvent être mis au crédit du WEF? "Davos ne sera jamais un nouveau Bretton Woods (les accords économiques de Bretton Woods ont dessiné les grandes lignes du système financier international mis en place après 1944, ndlr.)", affirme Stéphane Garelli, revenant sur une récente déclaration du directeur du WEF Klaus Schwab dans la presse.

"En revanche, Davos peut contribuer aux discussions. L'avantage, c'est que ce ne sont pas des négociations, on peut y parler en toute liberté, sans la pression des conférences de presse et des déclarations officielles. En ce sens, le WEF peut avoir un impact considérable sur les négociations futures", argue-t-il.

>> Le président du WEF Klaus Schwab s'exprime sur les défis de la mondialisation:

Les defis de la mondialisation au coeur de Davos [RTS]
Les défis de la mondialisation au coeur du forum de Davos / L'actu en vidéo / 1 min. / le 21 janvier 2019

L'édition 2019 du WEF est d'ores et déjà marquée par ses grands absents: le président américain Donald Trump, mais aussi l'entier de la délégation américaine, ont annoncé qu'ils n'y participeraient pas. Les chefs d'Etat britannique Theresa May et français Emmanuel Macron ont eux aussi décliné l'invitation en raison de leur agenda politique respectif.

"Donald Trump aurait absorbé tout l'oxygène"

"C'est très dommage que la délégation américaine ne soit pas présente, cela aurait permis de faire avancer les discussions", estime l'économiste. "Mais tant mieux si Donald Trump lui-même ne vient pas: il aurait absorbé tout l'oxygène et détourné tout le programme à son profit", commente-t-il.

Car l'importance des politiques au WEF est toute relative, à en croire Stéphane Garelli. "Les vraies discussions se font au niveau des entreprises." Et pour les questions de société, comme l'écologie dont il sera immanquablement question, c'est le contact direct des chefs d'entreprise entre eux qui a les effets les plus avérés. "A force de voir d'autres chefs d'entreprise faire quelque chose pour le climat ou pour la protection des données, ils finissent par en prendre de la graine et agir à leur tour", conclut-il.

Propos recueillis par Chrystel Domenjoz

Adaptation web: Katharina Kubicek

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