Modifié le 08 mai 2016 à 22:17

La Suisse est la championne en Europe du taux de crémations

Partir en fumée
Partir en fumée Mise au Point / 14 min. / le 08 mai 2016
Avec près de 90% aujourd'hui contre 30% en 1983, le nombre de crémations a triplé en Suisse en 30 ans, révèle dimanche l'émission Mise au Point. Un changement de pratique qui peut s'expliquer par la répugnance actuelle pour le corps mort.

Selon les derniers chiffres disponibles datant de 2013, un total de 89% des Suisses choisissent d'être incinérés après leur mort. C'est le taux le plus élevé d'Europe.

Ce chiffre est aussi nettement supérieur dans les villes qu'à la campagne, avec par exemple 95% à Lausanne et 97% à Neuchâtel. L'augmentation est similaire dans les cantons catholiques, pourtant plus longtemps résistants à la pratique avec, selon des estimations des services funéraires, 87% à Fribourg et 85% en Valais.

On ne veut plus voir le corps

Alix Noble-Burnand

A Sion, où se déroulent les crémations en Valais, ce sont huit personnes en moyenne qui sont incinérées chaque jour, soit un peu plus de 2000 par année. Mais des habitudes différentes subsistent entre des villages parfois proches. Par exemple, Evolène (VS) dénombre 90% d'inhumations, alors que la commune voisine d'Hérémence annonce au contraire 90% de crémations, des chiffres qui sont difficiles à expliquer.

Pour Alix Noble-Burnand, une thanatologue (spécialiste de la mort et du deuil) interrogée dans Mise au Point, le succès de la crémation s'explique avant tout par une évolution sociale, qui place l’individu en valeur suprême. "L'idée que le corps disparaisse, se défasse, devienne un cadavre, une charogne fait tellement peur qu'on ne veut plus voir le corps mort." Ainsi, "la crémation est très efficace, car le corps n'a pas le temps de se défaire qu'il est défait par le feu", ajoute-t-elle.

Les tombes cinéraires en vogue

Ce changement de pratique ne fait pas les affaires de tout le monde, à l'image des marbriers, qui voient leurs carnets de commandes diminuer d'année en année. Jean-Claude Grand, un marbrier de Bulle (FR), confie avoir dû se restructurer pour survivre: "Alors que notre chiffre d'affaires était presque à 100% constitué par les pierres tombales, il y a 30 ans, ce chiffre est tombé à 15% aujourd'hui", explique ce professionnel qui a réorienté son entreprise dans les cuisines et les salles de bains.

La physionomie des cimetières s'en trouve également modifiée. Alors qu'il fallait presque lutter pour obtenir une place il y a quelques années et que les tombes des personnes décédées étaient enlevées après peu d'années, ce n'est plus le cas actuellement. Des espaces verts voient même le jour pour combler le manque de tombes.

Mais une autre pratique se répand aussi, réconciliant incinération et inhumation: les tombes cinéraires, à savoir des endroits dans les cimetières où l'on enterre les urnes et où on les surplombe d'une petite pierre tombale.

>> Plus de développement dans Mise au Point à 20h10

François Roulet/boi

Publié le 08 mai 2016 à 17:57 - Modifié le 08 mai 2016 à 22:17