Modifié le 27 avril 2016 à 20:14

"Le droit ne traite pas les animaux comme ils devraient l'être"

Le rendez-vous société: la maltraitance animale interpelle de plus en plus
Le rendez-vous société: la maltraitance animale interpelle de plus en plus 12h45 / 8 min. / le 27 avril 2016
Des vidéos choc d'abattoirs français ou d'élevages de poulets suisses le confirment: le rapport à la souffrance animale évolue au point d'entraîner toute une réflexion juridique sur la place des animaux dans notre société.

"Il y a un écart radical entre la façon dont on traite les animaux dans le droit et la façon dont on devrait les traiter au regard de considérations sur l'éthique animale", reconnaît Régis Bismuth, interrogé mercredi dans le 12h45.

Professeur de droit à l'Université de Poitiers, il a signé en 2015 avec son collègue Fabien Marchadier "Sensibilité animale. Perspectives juridiques".

Droit à géométrie variable

En Suisse, le droit des animaux leur est plus favorable que dans d'autres pays comme la France, notamment en raison de l'article 80 inscrit à la Constitution qui abilite les autorités à légiférer sur la protection des animaux. Néanmoins, les règles restent à géométrie variable et ne protègent pas de la même façon animal domestique, d'élevage ou de laboratoire.

Les images ne mentent pas

Fabien Truffer, porte-parole de "Pour l'égalité animale"

C'est justement ce que dénoncent les mouvements anti-spécifistes à l'origine des nombreuses polémiques provoquées par les vidéos tournées en caméra cachée et révélant des abattoirs pleins de sang et des animaux maltraités.

Vidéosurveillance réclamée

"Les images ne mentent pas", affirme Fabien Truffer, porte-parole de l'association suisse "Pour l'égalité animale". Mais au-delà de la volonté de choquer, l'objectif est d'obtenir des changements concrets dans les élevages et les abattoirs et que des rapports soient publiés sur internet en toute transparence.

Les militants aimeraient également que des caméras de vidéosurveillance soient installée dans ces lieux à l'instar de ce qui se fait en Israël.

S'il se dit lui aussi touché par les images choc publiées par certaines associations, le professeur Régis Bismuth est nuancé sur l'impact qu'elles ont sur les autorités et pour le public. "Cela peut conduire une personne à ne plus vouloir manger de viande pendant deux ou trois jours, puis ces images seront oubliées", estime-t-il.

Pas de remise en question

Du côté de Proviande, ces vidéos ne suscitent pas vraiment de remise en question. Selon Marcel Portmann, responsable de la communication et du marketing, ces images ne reflètent pas la réalité en Suisse.

Même dans les abattoirs, on se demande comment rendre ce passage vers la mort plus humain

Marcel Portmann, représentant de Proviande

"Il y a 52'000 paysans dans notre pays, et des moutons noirs il y en a partout", reconnaît le porte-parole. "Mais même dans les abattoirs, les gens se demandent comment rendre ce passage plus humain", assure les représentants de l'association qui s'opposent à l'installation de vidéosurveillance dans les abattoirs. Et l'interprofession de rappeler que la consommation de viande en Suisse n'a pas diminué en Suisse depuis dix ans.

Juliette Galeazzi avec Fanny Moille et Martina Chyba

Publié le 27 avril 2016 à 14:34 - Modifié le 27 avril 2016 à 20:14