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La carte des arrêts de transports publics toujours pas adaptés aux fauteuils roulants

La moitié des arrêts de transports publics de Suisse ne respectent pas les règles d'accès pour les personnes à mobilité réduite. Pourtant, les autorités compétentes ont eu 20 ans pour faire les ajustements nécessaires.

Au total, 385 communes du pays sont inaccessibles via les transports publics traditionnels pour les personnes en situation de handicap. La Suisse romande fait particulièrement mauvaise figure: 100 localités vaudoises ne proposent aucun quai d'embarquement totalement adapté aux besoins spécifiques des usagers entravés dans leur déplacement. Idem pour 26 municipalités jurassiennes, 20 valaisannes et 15 fribourgeoises.

Pourtant, la loi sur l'égalité pour les personnes handicapées (Lhand), censée régler cette question, date de 2002. Elle laissait un délai jusqu'à fin 2023 pour entreprendre les travaux nécessaires. Des communes de plusieurs milliers d'habitants se trouvent dans cette situation. C'est le cas par exemple de Fully (VS), Courrendlin (JU) ou Savigny (VD).

Comment en est-on arrivé là? L'émission On en parle de la RTS a contacté ces trois communes. Elles contestent en partie les données, affirmant qu'au moins un arrêt est accessible. La base de données n'a pourtant pas été mise à jour dans le délai imparti.

>> L'analyse de l'émission On en parle :

En Suisse, la moitié des arrêts de transports public ne sont pas accessibles pour les personnes en chaise roulante. [Depositphotos - ZakharovEvgeny]Depositphotos - ZakharovEvgeny
Transports publics : un arrêt sur deux nʹest toujours pas adapté aux fauteuils roulants / On en parle / 12 min. / le 9 février 2024

Les cantons romands à la traîne

La problématique dépasse ces cas spécifiques. D'après la base de données des CFF analysée par la RTS, seule la moitié des 52'635 quais d'embarquement de Suisse sont en conformité avec la loi. Les détails par canton s'avèrent peu flatteurs pour la Suisse romande. Le Jura et le Valais font particulièrement mauvaise figure.

Face à ce tableau, l'Office fédéral des transports (OFT) se montre critique. Il évoque un manque "d'anticipation et de savoir-faire de certaines entreprises" ainsi qu'un déficit "d'attention et de priorité des directions de certaines entreprises pour la Lhand".

Interpelées, les autorités valaisannes fournissent des explications assez détaillées. Le service de la mobilité explique que "les adaptations, pour respecter les contraintes normatives, appellent bien souvent des modifications d'emplacements, des expropriations ou encore des corrections routières". Ces opérations peuvent s'avérer compliquées et engendrent des dépenses conséquentes, soit "un coût moyen par quai routier de 130'000 francs".

Le montant total des investissements à consentir pour l’application de cette loi, d’un ordre de grandeur de 300 millions de francs pour la seule partie routière, est très conséquent.

Service de la mobilité du canton du Valais

Sur ce point, l'OFT se montre compréhensif. "L'adaptation à la Lhand doit également répondre au principe de proportionnalité. Cela signifie que certaines gares ou arrêts de bus ne seront pas adaptés, car cela implique des mesures démesurées. (…) Dans ce cas-là aussi, des alternatives doivent être proposées aux usagers à mobilité réduite."

Pour l'ensemble du Valais, la facture routière atteindrait "un ordre de grandeur de 300 millions de francs". Le canton a donc réparti les arrêts selon trois degrés de priorité. Les travaux de mises en conformité prendront encore plusieurs années.

Dernier recours, la navette

En attendant, certaines compagnies de transports s'avèrent particulièrement mal servies. L'institution nationale CarPostal présente un taux d'accessibilité de 16%, sur près de 20'000 arrêts. Contactée par la RTS, l'entreprise précise que la quasi-totalité de ses quais se trouvent sur des terrains ne lui appartenant pas. Les travaux nécessaires ne relèvent donc pas de sa responsabilité.

Quand l'arrêt n'est pas adapté, les personnes à mobilité réduite doivent recourir à un service de navette. Celui-ci a été prévu pour permettre l'accès en toute circonstance. Sur appel, un véhicule doit assurer le transport jusqu'au prochain arrêt réputé accessible (voire encadré).

Des véhicules diversement adaptés

Mais ce service de navette n'est pas toujours nécessaire. De nombreux arrêts qualifiés d'inaccessibles s'avèrent praticables par la majorité des voyageurs en fauteuil roulant. Les normes sur les trottoirs sont très rigoureuses. Elles ne tiennent pas compte du fait que les véhicules sont souvent équipés pour franchir certains obstacles, via des rampes déployables ou un plancher qui s'abaisse.

On trouve, par exemple, de tels dispositifs dans les cars postaux ou les véhicules des transports publics genevois, qui n'affichent en théorie que 51% d'accessibilité. Idem dans le canton de Vaud et du Jura. Du côté du service de la mobilité, on s'interroge. "Ne donne-t-on pas un mauvais signal aux personnes avec handicap, alors que des arrêts sont accessibles dans la réalité et dans la majorité des cas?" Le canton affirme que CarPostal a revu plusieurs fois l'accessibilité de ses quais, en appliquant de plus en plus strictement les critères.

A l'inverse, certains embarquements ressemblent à une épreuve. La RTS a analysé l'ensemble des convois sur les grandes lignes CFF. Il en ressort que les usagers à mobilité réduite ne sont pas traités de la même manière selon leur destination. Certains tracés proposent beaucoup de wagons avec des planchers bas. D'autres impliquent de franchir plusieurs marches pour accéder au train. Ainsi, si vous êtes en fauteuil et que votre itinéraire passe par Yverdon-les-Bains ou Neuchâtel, il faudra surmonter un escalier.

Les CFF expliquent la situation par des contraintes techniques. "Certaines exceptions justifiées sont autorisées, cela concerne par exemple les lignes qui doivent être empruntées par des trains pendulaires pour des raisons d'horaire. La ligne du pied du Jura en fait partie."

Dans tous les cas, des solutions sont mises en place: "Le personnel ferroviaire aide les personnes qui en ont besoin à accéder aux trains dès lors qu’elles se sont annoncées à l’avance, par exemple avec un mobilift ou une rampe pliable." Le service de navette fait office d'ultime recours.

Difficultés d'information

À l'arrivée, la combinaison arrêt/véhicule rend parfois difficile de savoir à quelle condition un véhicule est accessible à un point déterminé. Ainsi, si l'horaire CFF indique par une icône qu'un quai n'est pas adapté, il n'est pas exclu qu'un embarquement soit possible. Mais il est impossible de le savoir sans s'être rendu sur place. Il se peut même que la base de données soit mal renseignée, comme l'ont affirmé certaines communes à la RTS. Certaines entreprises de transport n'ont fourni pratiquement aucune informations sur les arrêts qu'elles desservent.

Ce flou constitue un obstacle aux déplacements. Côté information, comme en ce qui concerne l'aménagement des voies, il reste donc du chemin à parcourir.

Tybalt Félix, Bastien Von Wyss

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Mon arrêt est-il accessible ou non? Mode d'emploi

Depuis le 1er janvier 2024, la Lhand impose aux transporteurs d'être accessibles aux personnes à mobilité réduite. Pour savoir si un arrêt est accessible, rendez-vous sur le site des CFF. Vous devez d'abord activer l'option "Relation accessible" dans les paramètres.

Après avoir renseigné votre itinéraire, l'horaire vous montrera, étape par étape, les éventuels problèmes d'accessibilité (voire les pictogrammes entourés en rouge dans l'image ci-dessous).

A noter que cet horaire comprend aussi les liaisons locales, par exemple entre deux arrêts de bus dans votre localité. Certains arrêts peuvent toutefois être utilisables malgré l'indication de l'horaire, si le véhicule est spécifiquement équipé.

Si une correspondance s'avère inaccessible, adressez-vous au:

Contact Center Handicap (tous les jours de 5h à 24h)
Téléphone: +41 800 007 102 (gratuit depuis la Suisse / payant depuis l'étranger).
Plus d'informations sur cff.ch/handicap