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Des fraudes massives dans la composition des huiles d'olive extra-vierges révélées par une enquête

Le trafic d'huile d'olive existe aussi en Suisse. [VikaKhalabuzar - Depositphotos]
Trafic dʹhuile dʹolive: ce que vous devez savoir avant dʹacheter une bouteille dʹhuile extra vierge / On en parle / 13 min. / le 3 février 2022
Les bouteilles d’huile d’olive extra-vierge que vous achetez le sont-elles réellement? Deux bouteilles sur dix ont été déclassées lors du test réalisé par l’émission tessinoise de consommation Patti Chiari et l'enquête menée avec la chaîne Arte révèle même des fraudes massives.

Un élément essentiel pour comprendre l’ampleur des fraudes concernant l'huile d'olive extra-vierge a trait à la façon dont l’huile obtient cette mention de prestige: celle-ci repose sur un test olfactif réalisé par des panels d’experts dans le monde entier, expliquent Eleonora Terzi et Valerio Scheggia dans leur enquête diffusée par la Radiotélévision suisse italienne (RSI).

En Suisse, ces experts se réunissent à la Haute école zurichoise des sciences appliquées de Wädenswil. Pour être extra-vierge, l’huile doit avoir un parfum frais, de l’amertume, du piquant et une sensation herbacée.

Tullia Gallina Toschi, commissaire scientifique du conseil oléicole international et professeure en technologie agroalimentaire à l’Université de Bologne, a expliqué la procédure sur le plateau de Patti Chiari: "Pour l’instant, il n’existe pas d’analyse chimique instrumentale qui permette de détecter ces substances volatiles". Ce type de tests est en cours d’élaboration, mais actuellement tout repose sur le test olfactif humain du panel d’experts.

L’enquête "oro giallo" révèle une fraude de grande ampleur

Dans ces conditions, il est donc très facile de manipuler le produit pour se faire de l’argent. C’est d’ailleurs précisément le prix de certaines bouteilles d’huile d’olive à 3,50 euros le litre qui a mis la puce à l’oreille de Ludovico Vaccaro, procureur principal de la province de Foggia, dans les Pouilles. Celui qui a pour habitude de traquer les organisations mafieuses a décidé il y a deux ans d’ouvrir une enquête sur l’huile d’olive appelée "oro giallo", or jaune.

Écoutes téléphoniques et vidéosurveillance lui ont permis d’établir que de l’huile de colza de basse qualité en provenance de Turquie arrivait au port d’Ancône, en Italie. Cette huile de colza était ensuite transformée pour ressembler à de l’huile d’olive.

Les bouteilles estampillées made in Italie étaient ensuite vendues à des restaurateurs en Italie, en Allemagne et aussi en Suisse. Le prix de revient de ce produit transformé est de 1 euro la bouteille. De quoi permettre aux trafiquants d’encaisser 7 millions d’euros en deux ans. Un mode de production bien rodé et orchestré par 34 personnes qui composaient cette organisation criminelle.

Trois façons de trafiquer une bouteille d’huile d’olive

Il existe trois façons de trafiquer l’huile. Le premier procédé découvert lors de l’enquête "oro giallo" est exactement celui qui avait été dénoncé en 2021 sur les réseaux sociaux par Antonio Bianco, producteur d’huile d’olive en Calabre.

En ajoutant de la chlorophylle pour la couleur et du bêta-carotène pour aromatiser l’huile, on obtient en effet une huile qui ressemble à s’y méprendre à de l’huile d’olive.

Le deuxième procédé consiste à faire passer de l’huile d’olive de qualité médiocre venue du bassin méditerranéen pour de l’huile extra-vierge. Comme il y a très peu de contrôles au passage de la douane, la fraude est facile à réaliser.

Le troisième procédé est la fraude "moitié-moitié". Les trafiquants remplissent la moitié de la bouteille d’huile d’olive et complètent l’autre moitié d’huile de colza. Le consommateur n’y voit que du feu. Dans le test réalisé auprès de passants à Bellinzone par Patti Chiari, cette huile moitié-moitié obtient d’ailleurs la préférence des consommatrices et consommateurs.

Le test de Patti Chari: deux huiles non conformes

Sur dix huiles d’olive achetées en supermarché par Patti Chiari, deux sont non conformes et ne sont donc pas extra-vierges. Il s’agit de l’huile d’olive Don Pablo de Migros (9,60.- le litre) et de l’huile Qualité&Prix de Coop (7,40.- le litre).

Les trois huiles d’olive qui remportent le test sont la Rincon de la subbetica de Coop (39,20.- le litre), la Monini de Migros (13,60 le litre) et la Sabo de Manor (15.90.- le litre).

Les résultats de l'enquête de Patti Chiari sur l'huile d'olive. [Patti Chiari/RSI]Les résultats de l'enquête de Patti Chiari sur l'huile d'olive. [Patti Chiari/RSI]

Frédérique Volery

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