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Alexandre Prêtre: "Même l'étranger nous a envié les prêts Covid-19"

Bilan des prêts Covid, un an après leur lancement (vidéo) [RTS]
Bilan des prêts Covid, un an après leur lancement (vidéo) / L'éclairage d'actualité / 4 min. / le 30 mars 2021
Il y a une année, la Confédération mettait en oeuvre le système des "prêts Covid", ces crédits sans intérêts garantis par le gouvernement. Près d'un quart des entreprises suisses y ont recouru pour un total de 17 milliards de francs.

Simple, rapide et non bureaucratique: la mise en place de ces aides s'est faite très vite. "C'est un tour de force que même l'étranger nous a envié", relève Alexandre Prêtre, responsable de la clientèle entreprise chez UBS Genève. Il détaille: "En quelques jours, on a réussi à mettre sur pied ce programme pour notamment assurer le paiement des salaires de fin mars 2020. On a pu mesurer l'importance d'avoir une place financière efficace."

Pourtant, au départ, certains étaient dubitatifs. C'est le cas de Jörg Gasser, directeur de l'Association suisse des banquiers: "Le conseiller fédéral Ueli Maurer nous a dit qu'il fallait produire ces crédits en 30 minutes. On a dit qu'on le ferait, mais j'avais des doutes que cela soit possible. Cela m'a surpris que ces prêts aient été accordés très facilement. Ils ont permis aux PME de survivre durant cette période extrêmement difficile."

Refaire circuler l'argent rapidement

Face à la pandémie, beaucoup de chefs d'entreprises ont craint pour la survie de leurs activités. Le primeur David Lizzola est l'un d'eux. A la tête du groupe Léguriviera, il emploie 250 employés, dont une centaine est actuellement au chômage technique.

Si le patron a pu obtenir un crédit Covid, c'est surtout grâce à l'argent que ses clients ont emprunté: "A titre personnel, le prêt m'a amené de la sérénité. Plus globalement, il a servi à nos clients et a permis que l'argent circule et qu'ils puissent régler leurs factures et ce qu'ils nous devaient." Sans ces aides, son entreprise aurait été mise en danger: "Cela nous aurait bien affaiblis, c'est sûr."

La remise en circulation rapide de l'argent était en effet un des objectifs des aides fédérales. A la fin de 2020, la moitié de ces 17 milliards de francs de crédits a été dépensée, soit environ 8,5 milliards.

900 dénonciations pénales pour abus

Ces mesures ont toutefois donné lieu à des abus, dont l'ampleur totale reste à déterminer. Alors que le conseiller fédéral Ueli Maurer tablait sur moins de 1%, les données officielles montrent qu'elles représentent déjà 3% des cas de prêts Covid-19.

Pour l'heure, une quarantaine de condamnations ont été enregistrées, dont certaines à la prison ferme. Au total, 900 dénonciations pénales ont été déposées. Un risque assumé, selon Serge Gaillard, en charge de l'Administration fédérale des finances lorsque les aides ont été décidées.

"Comme il fallait aller vite, on ne pouvait pas effectuer trop de contrôles. Par contre, on s'est créé les bases légales pour pouvoir faire des contrôles après coup. Et c'est ce qui se passe aujourd'hui. Sans cela, les entreprises auraient dû attendre des semaines, voire des mois, pour toucher leur argent." Il ajoute: "On ne peut pas laisser attendre 180'000 entreprises juste parce qu'il y en a une douzaine qui trichent."

Malgré la pandémie, l'année 2020 a été marquée par une diminution des faillites et une forte augmentation de créations d'entreprises. Une tendance due notamment aux aides financières, selon le directeur de l'Association suisse des banques Jörg Gasser: "Il y a certainement des PME qui ont survécu grâce à ce crédit-là." Il est toutefois moins optimiste pour l'avenir: "J'imagine que les faillites vont augmenter une fois que la situation normale aura été rétablie."

De son côté, Serge Gaillard table plutôt sur une reprise rapide: "On n'a jamais vécu une période avec autant de soutien étatique à l'économie. Une fois que les restrictions envers la population pourront être levées, l'économie devrait reprendre rapidement."

Une relance qui permettrait de rembourser ces prêts Covid-19. Actuellement, environ un prêt sur dix a déjà été remboursé, selon trois grandes banques suisses.

Muriel Ballaman

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