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Le oui à l'initiative "entreprises responsables" toujours devant, mais l’écart se resserre

Sondage SSR votations du 29 novembre: les deux initiatives sont en perte de vitesse. Le suspens reste entier [RTS]
Sondage SSR votations du 29 novembre: les deux initiatives sont en perte de vitesse. Le suspens reste entier / 19h30 / 3 min. / le 18 novembre 2020
A dix jours de la votation, le sort de l’initiative “pour des entreprises responsables” est très incertain. L’opposition au texte grappille du terrain mais le oui reste majoritaire, selon le deuxième sondage SSR. L’initiative sur le financement des producteurs de matériel de guerre suit la même tendance.

La nette avance des partisans de l’initiative “pour des entreprises responsables” a partiellement fondu au cours de la campagne, montre le deuxième sondage SSR publié mercredi. Les Suisses sont 57% à penser glisser un oui dans l’urne, contre 63% quelques semaines plus tôt. Dans le même temps, l’opposition au texte soumis au vote le 29 novembre s’est renforcée, passant de 33% à 41%. Plus de trois sondés sur dix sont désormais vigoureusement opposés au texte.

L’initiative “pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre” suit la même pente. Elle récolte toujours une majorité d’avis favorables (50%), mais le soutien s’affiche en recul de quatre points. L’écart entre les deux camps est toutefois plus faible que pour le premier objet et le non pourrait finir par l’emporter. Quarante-cinq pour cent des personnes interrogées pensent en effet rejeter le texte, soit une augmentation de quatre points.

Entreprises responsables: clivage gauche-droite

A gauche, les intentions de vote sur l'initiative "pour des entreprises responsables" restent très stables. Les électeurs rose-vert continuent de soutenir massivement ce texte qui demande notamment que les sociétés basées en Suisse puissent être traduites devant les tribunaux helvétiques en cas d'atteinte aux droits humains ou à l'environnement. Chez les écologistes, le oui atteint 96% (+1 point), tandis qu’il pointe à 92% (-1) chez les socialistes. Trois quarts des sympathisants vert’libéraux (-3 points) appuient aussi cette proposition.

Les mouvements d’opinion sont nettement plus significatifs du côté du PDC, de la droite et des indépendants. Avec 54% de oui (-9 points), les sans-parti restent majoritairement favorables à cette initiative lancée par une vaste coalition d'organisations non gouvernementales, d'associations de défense des droits de l'homme et de l'environnement et de syndicats. Pourtant, dans le même temps, l’opposition au texte a presque doublé, passant de 21% à 41%.

Favorables à l’initiative lors du premier sondage, les proches du PDC sont désormais très indécis avec 47% de oui (-9 points) contre 49% de non (+10). La majorité va sans doute basculer définitivement dans le camp des opposants et rejoindre par conséquent l’électorat de droite, qui conforte sa position. Le texte ne convainc plus qu’un quart environ des sympathisants du PLR et de l’UDC, qui disent non à plus de 70%.

Bataille pour la majorité des cantons

Les trois régions linguistiques restent majoritairement favorables à l’initiative “pour des entreprises responsables”. Le camp du oui perd néanmoins du terrain partout, sauf au Tessin. Deux tiers des Suisses romands et près de 70% des italophones diraient oui. C’est en Suisse alémanique que l’opposition au texte est la plus vive, avec 44% d’opinions défavorables (+10 points) contre 53% d’avis favorables (-8 points).

Le sort de l’initiative pourrait se jouer à la majorité des cantons. La tendance vers le non particulièrement forte en Suisse alémanique pourrait en effet faire basculer nombre de cantons germanophones dans le camp du non. Durant cette fin de campagne, les deux camps mettent d’ailleurs les bouchées doubles - en toute discrétion - sur ces régions stratégiques, à l'instar des "swing states" lors des élections aux Etats-Unis.

Une initiative qui séduit les femmes

En termes de genre, les femmes forment le gros des troupes des partisans de l’initiative. Deux tiers d’entre elles y sont favorables, tandis que les hommes sont très partagés (49% de oui, 49% de non). Les jeunes (66% de oui) et les personnes âgées de 40 à 64 ans (56% de oui) sont davantage convaincus que les seniors (49% de oui). Enfin, en règle générale, l’opposition au texte croît à mesure que le revenu augmente. Le oui reste malgré tout majoritaire dans toutes les classes de revenu, sauf la plus élevée.

Le soutien au matériel de guerre en recul

Quant à l'initiative sur le financement des producteurs de matériel de guerre, elle perd du terrain dans ce deuxième sondage. Pour rappel, le texte veut interdire tout financement de la Banque nationale suisse (BNS) ou des fondations et institutions de prévoyance dans des entreprises réalisant plus de 5% de leur chiffre d’affaires annuel dans ce type d'industrie.

De 54% en octobre, le taux de personnes soutenant la proposition a baissé à 50%. Le camp des opposants s’est lui renforcé et atteint désormais 45%.

Un clivage gauche-droite qui se confirme

Sans surprise, le clivage gauche-droite se maintient et, selon les partis, a même tendance à se renforcer légèrement. Les sympathisants des Verts sont les plus convaincus par le texte (93%), suivis de la base du PS (86%).

Dans le camp bourgeois, seuls les électeurs des Vert’libéraux se positionnent pour le oui (62%). Chez le PLR et l’UDC, le refus est très largement majoritaire et dépasse les 70%. Au centre, le non s’est lui aussi renforcé : les votants PDC sont en effet 65% à rejeter l’initiative.

L’évolution la plus spectaculaire s’observe chez les indépendants. Alors que deux tiers d’entre eux soutenaient le texte en octobre, ils sont une majorité à s’y opposer dans ce deuxième sondage. Il faut toutefois relever la grande part d’indécis (16%) qui pourrait faire pencher la balance dans un sens comme dans l’autre.

Différences régionales et générationnelles

Si l’initiative remporte la faveur de toutes les régions linguistiques, le soutien demeure plus net en Suisse romande et au Tessin, avec un taux de oui dépassant les 50%.

Par ailleurs, les différences intergénérationnelles sont, elles, plus marquées. Alors que la tranche 18-39 ans lui accorde facilement sa confiance, le texte remporte tout juste 50% d’avis favorables chez les 40-64 ans. Il a cependant peu d’espoir chez les retraités, puisque ceux-ci le rejettent à 53%.

Les femmes font pencher la balance

Comme lors du premier sondage, les femmes font pencher la balance vers le oui. Elles sont près de 60% à accepter le texte alors que celui-ci est rejeté par une majorité des sondés masculins (56%).

Une différence entre les sexes qualifiée d’ailleurs de « rare » par les auteurs. Ceux-ci n’excluent pas un écart similaire dans les urnes.

Didier Kottelat et Mathieu Henderson

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Les principaux arguments

Les thèses des partisans de l'initiative "pour des entreprises responsables" sont en général davantage soutenues par les sondés que celles des opposants. Les quatre arguments pro-initiative testés recueillent tous plus de deux tiers d'avis favorables. A l'inverse, seuls deux des quatre arguments contre le texte convainquent la majorité des personnes interrogées.

Il en va toutefois un peu autrement lorsqu'on prend en compte les arguments qui comptent vraiment dans le choix des votants. La thèse qui porte le plus dans l'électorat est favorable à l'initiative. Il s'agit de l'assertion selon laquelle les mesures volontaires ne suffisent pas et il faut que les actions irresponsables des entreprises aient des conséquences.

Les deux arguments suivants, en revanche, sont opposés à l'initiative. Le premier affirme que des règles plus strictes pour les entreprises helvétiques nuisent à la Suisse en tant que lieu d'affaires. Cette thèse est particulièrement efficace auprès des électeurs du PDC et du PLR.

Le deuxième argument anti-initiative relève qu'il est inacceptable de prendre des risques supplémentaires en raison de la crise du coronavirus et de la hausse du chômage. Ce raisonnement porte notamment auprès des sympathisants de gauche et de l'UDC.

Méthode

Le sondage a été réalisé par l'Institut de recherche gfs.bern sur mandat de la SSR. Il a été effectué par téléphone et sur internet, entre le 2 et le 11 novembre auprès de 10'069 personnes. La marge d'erreur est de +/-2,7 points de pourcentage.