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Un ex-policier témoigne du "délit de faciès" au quotidien aussi en Suisse

En Suisse aussi, il peut y avoir des dérapages policiers (photo d'illustration à Lausanne). [Jean-Christophe Bott - Keystone]
En Suisse aussi, il peut y avoir des dérapages policiers (photo d'illustration à Lausanne). [Jean-Christophe Bott - Keystone]
Le débat sur le profilage racial et les violences policières est relancé après le décès de George Floyd aux Etats-Unis. En Suisse aussi, les polices ne sont pas sans reproches, comme l'illustre un témoignage recueilli par la RTS.

Le profilage racial, ou "délit de faciès", est le reproche récurrent adressé aux forces de police, aux Etats-Unis ou en France notamment, comme on l'a encore vu ces derniers jours dans le sillage de l'affaire George Floyd, du nom de cet Afro-Américain mort asphyxié le 25 mai à Minneapolis.

>> Lire: La mort de George Floyd requalifiée en meurtre, quatre policiers inculpés

Mais on a aussi régulièrement entendu ce genre de reproche et ce sentiment d'injustice en Suisse, même si le contexte reste assez différent. Dans ce cadre-là, le témoignage d'un ancien policier lausannois recueilli par la RTS apporte un certain éclairage.

Ancien agent de la police lausannoise rattaché à Police-secours, Andreas Janin a choisi de démissionner il y a quelques années et de témoigner publiquement. Il dit avoir été choqué face à l'atmosphère de certaines interventions de police dans les rues lausannoises (lire encadré sur des policiers racistes, fascistes et suprémacistes blancs en France).

"Ce que je garde des interventions sur les personnes africaines, c'est des moyens de contrainte très élevés sur des personnes pacifiques, qui ne représentent la plupart du temps aucun danger", raconte-t-il dans l'émission Forum.

>> Le témoignage d'Andreas Janin et le débat entre Jacques Antenen, commandant de la police vaudoise, Simon N'Tah, avocat de la famille d'un Nigérian décédé à Lausanne, et David Pichonnaz, sociologue à la HES-SO Valais-Vallis, dans Forum:

Le débat - Profilage racial: en Suisse aussi? [RTS]
Le débat - Profilage racial: en Suisse aussi? / Forum (vidéo) / 20 min. / le 5 juin 2020

"Ça partait toujours mal dès le départ"

"Sur une intervention, ça partait toujours mal dès le départ. Quand on rencontrait un groupe d'Africains, c'était tout de suite un peu de la moquerie, des mots comme 'singe', 'bonobo' (…) Souvent, on contrôlait ces gens et ça partait sur des mots comme ça, alors qu'eux ne répondaient quasiment rien parce qu'ils ne parlaient pas français la plupart du temps".

L'ancien membre des forces de l'ordre lausannoises évoque ensuite les fouilles "pas du tout effectuées dans les règles, pas selon ce qu'on nous a appris à Savatan à l'école de police". Ce sont des fouilles qui "mettent très mal à l'aise la personne, intimes. C'est de l'intimidation", poursuit-il avant d'évoquer aussi des étranglements "pour voir s'il a avalé une boulette de cocaïne alors qu'il n'y a aucun soupçon à la base".

"Des mises au sol très musclées"

Andreas Janin cite encore les téléphones portables des suspects "balancés par terre à dix mètres" ou encore "des mises au sol assez musclées, même très musclées, à trois personnes sur un gaillard" alors qu'il n'y a pas eu de mise en danger. "Ce sont des interventions qui sont choquantes même pour moi, mais beaucoup plus pour la personne interpellée".

Réagissant lors du débat organisé par Forum autour de ce témoignage, le commandant de la Police cantonale vaudoise Jacques Anthenen n'exclut pas des comportements ou des actes à caractère raciste de la part de certains policiers. "Nous faisons tout pour les éviter, que ce soit au niveau du recrutement de nos personnels ou de la formation de base ou continue", assure-t-il.

"Ce type de dérives doit être sanctionné"

"Je ne sais pas si on peut faire des généralités à partir de ce témoignage", relève Jacques Anthenen. "Mais ce dont je suis sûr, c'est que la police lausannoise a mis en place une structure qui permet de faire remonter ces constats et ces doléances, qui permet aussi bien aux victimes de ces agissements qu'aux témoins policiers de le faire aussi.

Le chef de la police cantonale regrette à ce propos qu'Andreas Janin n'ait pas fait remonter ces situations à sa hiérarchie, "parce que c'est exactement le type de dérives qui doit être sanctionné voire puni. Et c'est des sanctions qui peuvent aller jusqu'à la révocation".

>> Voir aussi le sujet du 19h30 sur les méthodes d'immobilisation au sol:

Les méthodes d'immobilisation au sol exercées par la police font polémique. [RTS]
Les méthodes d'immobilisation au sol exercées par la police font polémique. / 19h30 / 2 min. / le 4 juin 2020

Propos recueillis par Renaud Malik/oang

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Des policiers français renvoyés en conseil de discipline pour des propos racistes

Des policiers de Rouen, mis en cause en décembre 2019 pour des propos racistes échangés en privé sur la messagerie Whatsapp, sont renvoyés en conseil de discipline à la suite d'une enquête disciplinaire de l'IGPN, a annoncé jeudi le patron de la police, Frédéric Veaux.

L'affaire a démarré avec le dépôt de plainte d'un policier noir, affecté à l'Unité d'assistance administrative et judiciaire, contre six de ses collègues de Rouen après avoir découvert qu'il était la cible de propos racistes de leur part.

Une enquête préliminaire avait été ouverte et l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) avait été saisie "du chef de diverses infractions, notamment diffamation non publique aggravée et provocation non publique à la discrimination", avait indiqué en janvier 2020 le procureur de la République Pascal Prache.

Jeudi, Arte Radio a diffusé les propos de ces policiers, redonnant de l'écho à cette affaire au moment où la police est accusée de violences et de racisme.

>> Ecouter "Gardiens de la paix", un documentaire d'Ilham Maad, sur Arte Radio:

Le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, a annoncé que "l'enquête disciplinaire qui avait été immédiatement engagée venait" de conclure au "renvoi de ces fonctionnaires devant le conseil de discipline".

Frédéric Veaux a affirmé qu'il "veillerait à ce que toutes les conséquences administratives soient tirées de ces actes qui n'ont évidemment pas leur place dans la police nationale et appellent les réponses les plus sévères".

Le DGPN a rappelé qu'une enquête préliminaire avait été ouverte mais qu'il ne lui "appartenait pas de la commenter".

"La police en France n'est pas raciste. Elle souffre de ces comportements qui ne correspondent en rien aux valeurs républicaines qu'elle défend", a-t-il ajouté.

afp/sjaq