Modifié

"En aidant la France, la Suisse a fait plus que sa part" estime l'ambassadeur français

Frédéric Journès, l’ambassadeur de France en Suisse (vidéo) [RTS]
Frédéric Journès, l’ambassadeur de France en Suisse (vidéo) / La Matinale / 10 min. / le 3 avril 2020
Si la Suisse ne fait pas partie de l’Union européenne, elle ne s’en est pas pour autant trouvée isolée durant la crise en cours. Malgré quelques couacs de départ, la collaboration a été excellente avec ses voisins, relève l’ambassadeur de France en Suisse Frédéric Journès.

"On a appris à mieux travailler ensemble", relève le diplomate aguerri, qui a notamment travaillé à New York, Athènes ou Kaboul. Il concède des débuts difficiles: "on gérait des urgences où tout le monde était très nerveux et avait des réflexes nationaux".

Mais dès que l’on pose les enjeux et que le dialogue s’engage, le choses s’arrangent, explique-t-il. Et de prendre pour exemple un "problème sur des affaires de points de frontières" il y a quinze jours. "Dès qu’on a engagé le dialogue avec le directeur des douanes suisses, on s’est retrouvés entre collègues de confiance, et on est arrivé à quelque chose de vraiment très bien."

Le personnel frontalier ne sera pas réquisitionné

Autre exemple, au départ de la crise début mars, la France avait bloqué des masques de protection destinés à la Suisse. Les autorités helvétiques avaient alors adressé un premier avertissement pour débloquer la situation, désormais résolue.

>> Lire également: Vers la fin des blocages du matériel médical aux frontières

"Cela fait partie des couacs de départs, avant de se rendre compte que les intérêts sont partagés", reconnaît Frédéric Journès.

L’ambassadeur français a également tenu à rassurer les Suisses sur la situation des travailleuses et travailleurs frontaliers dans le domaine de la santé. La menace qu’ils soient réquisitionnés par les hôpitaux français "est totalement levée depuis le 18 mars", suite à une circulaire du Premier ministre français qui a été transmise aux autorités suisses. "Ça a contribué à créer de la confiance", explique-t-il.

"La Suisse a pris beaucoup plus que sa part"

Les quelque 150’000 ressortissants français qui vivent en Suisse auraient également été concernés, car le système français n’était pas prévu pour les accueillir.

À ce propos, sur l’accueil d’urgence de patients français, le diplomate a réitéré ses remerciements à la Suisse, qui a "fait quelque chose de bien". En venant en aide à la France comme elle l’a fait, "la Suisse a pris beaucoup plus que sa part".

>> Lire également: En France, le transfert de patients s'accélère au rythme de l'épidémie

Au total, plus de 170 personnes de la région Grand-Est ont été accueillies en Suisse, en Allemagne et au Luxembourg. Il y avait déjà des accords de coopération préalables entre les hôpitaux de la région du Dreiländereck, précise-t-il, "ça a aidé".

"J’espère que nous ferons comme après 39-45"

Malgré le mea culpa de la présidente de la Commission européenne jeudi, Frédéric Journès refuse de jeter la pierre à l’Union européenne, qui a selon lui agi rapidement pour sécuriser la situation, sans faire de "diplomatie spectacle".

>> Lire également: Sur fond de crise, Ursula von der Leyen présente ses excuses à l'Italie

Mais l’Europe devra faire des choix et tirer les enseignements de cette crise, dit-il. L’UE aura le choix de continuer comme avant, ou de se faire davantage confiance : "Est-ce qu’on va faire comme après 14-18, ou comme après 39-45 ? J’espère que ça sera comme après 39-45, une envie de travailler ensemble".

Propos recueillis par David Berger

Texte web: Pierrik Jordan

Publié Modifié