Modifié le 21 octobre 2019 à 13:11

Une vague verte historique pour la presse suisse et internationale

Les Unes de la presse au lendemain des élections.
La presse 2 La Presse / 8 min. / le 21 octobre 2019
"Vague verte", "raz de marée écologiste", "score historique", "vent nouveau, vert et féminin": les titres et éditoriaux de la presse romande prenaient lundi, eux aussi, la vague déclenchée dimanche par les Verts, grands vainqueurs des élections fédérales.

Si les médias s'attendaient à cette progression des partis écologistes, la plupart admettent qu'ils ne l'imaginaient pas si "forte", "puissante", "impressionnante" et "décoiffante". Les attentes ont été dépassées, résument Le Temps et La Liberté. "Les Verts rient", écrit Le Journal du Jura.

Si peu de journaux vont jusqu'à utiliser le terme de tsunami, plusieurs n'hésitent pas en revanche à parler de séisme dans le landerneau politique. Les quatre partis principaux de l'establishment helvétique ont en effet été bien secoués, relèvent certains éditorialistes.

Un dessin résume bien ce dimanche électoral, signé Chappatte en Une du Temps: une éolienne verte qui souffle le drapeau suisse avec lequel jongle un UDC en habits traditionnels.

"Changement de régime"

"La mobilisation en faveur du climat de ces derniers mois secoue le Parlement fédéral et lui infuse une bonne dose d'écologie", écrit Le Temps. "Les écologistes, de gauche comme de droite, s'imposent comme jamais dans des institutions réputées pour leur stabilité. Ils font chuter l'adversaire ou prennent la place de l'allié, conquérant des bastions dont ils n'osaient à peine rêver".

Mais les Verts ne "pourront pas se contenter de surfer sur l'effet Greta Thunberg ou, pour les plus purs d'entre eux, sur l'apocalypse climatique prévue", note 24 heures. "Dans ce sens-là, la progression de leurs cousins libéraux est une bonne nouvelle. Pour un pays comme la Suisse, les solutions vers une transition énergétique doivent aussi être économiques".

"Attentes immenses"

La Tribune de Genève est aussi de l'avis que les Verts ont "une obligation de résultat". "Ils devront prouver à la population que l'écologie, au-delà des discours donnant bonne conscience à leurs auteurs entre deux vols easyJet, peut et va changer des choses concrètes dans la vie des gens. Le plus dur commence".

"Aux Verts [...] de prouver désormais qu'ils sont habiles stratèges au petit jeu des alliances et pour porter leurs dossiers. Afin de continuer à voir la vie en rose", écrit ArcInfo.

"Les attentes - notamment des jeunes - sont immenses. Les décevoir serait la porte ouverte à une désillusion politique qui se paierait comptant, à l'instar du naufrage du socialisme en France, voire en Allemagne", prévient Le Courrier.

Formule magique verdie?

Quant à la place des Verts au gouvernement, seuls deux journaux romands donnent leur avis. "Qu'on le veuille ou non, la formule magique - et mathématique - que nous connaissons est ébranlée par le verdict des urnes, si les vainqueurs en sont absents [...] Le Conseil fédéral devra être verdi d'une manière ou d'une autre, demain ou après-demain", estime Le Temps.

Plus tempérée, La Liberté pense que "les Verts ne sont pas encore tout à fait mûrs". "Bien qu'ils soient désormais le quatrième parti en termes de suffrages, le PDC les devance toujours en termes de sièges dans les deux Chambres", analyse le quotidien fribourgeois.

Le TagesAnzeiger estime en revanche que "les Verts sont mûrs" pour le Conseil fédéral. "En tant que quatrième force politique, les Verts ont droit à un siège selon la 'formule magique'. Le fait que la présidente Regula Rytz voit, après ce triomphe historique, son parti au Conseil fédéral n'est pas illogique. Celui qui gagne doit être prêt à assumer ses responsabilités".

ats/ebz

Publié le 21 octobre 2019 à 05:36 - Modifié le 21 octobre 2019 à 13:11

La presse alémanique évoque les partis sanctionnés

Si les Verts et les Vert'libéraux ont beaucoup progressé comme attendu grâce à la discussion sur le climat, la NZZ remarque que le PS a perdu "deux bons points de pour cent". "Le PLR s'en sort avec un oeil au beurre noir et l'UDC pousse un soupir de soulagement. Les pertes sont nettes, mais supportables. Le parti déplumé conserve près de 10 points d'avance sur la concurrence." Le PDC a, certes, bien résisté, mais "le camp bourgeois est globalement perdant", souligne le journal zurichois.

A l'instar de la NZZ, la Basler Zeitung constate que la progression des Verts s'est faite en partie au détriment des socialistes. "Une certaine indolence, tout comme les louvoiements de leur politique européenne, ont contribué à la piètre performance des camarades suisses". Quant à l'UDC, qui "s'est moquée de 'l'hystérie climatique'", et le PLR, qui s'est emparé de la thématique très tardivement, ils ont également été sanctionnés, note le journal bâlois.

Pour le Blick, "le vert est devenu un mode de vie. Le vert est à la mode". Mais, poursuit son commentateur, "le vert n'est pas comme le vert: Verts et Vert'libéraux ne sont unis que par le 'vert' dans leur nom. Mis à part cela, ils sont aussi éloignés l'un de l'autre que le PS et le PLR". Les électeurs des deux formations, ajoute-t-il, ont cependant une revendication commune: "Les politiciens doivent prendre le réchauffement climatique au sérieux et prendre des mesures".

La presse internationale commente la percée

Plusieurs médias internationaux ont relayé le succès des Verts dimanche aux élections fédérales. "A l'échelle de la Suisse – connue pour la stabilité de son paysage politique –, c'est un tremblement de terre", avance Le Monde.

Pour la BBC, le succès des Verts s'explique assez facilement. "Les Suisses n'ont qu'à lever les yeux pour voir les effets du changement climatique: les glaciers fondent et les éboulements menacent les populations dans les zones montagneuses".

Avec ce résultat, la Suisse rejoint "le courant politique principal" qui a déjà atteint d'autres pays européens comme l'Allemagne et l'Autriche, relève de son côté le Corriere della Sera.

La poussée verte, selon ce quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, ne signifie pas pour autant que le parti doit accéder au Conseil fédéral.