Modifié le 30 mai 2019 à 09:16

Les plateformes de streaming devront investir dans le cinéma suisse

Le marché du streaming représente un pactole. Les fournisseurs de films en ligne pourraient passer à la caisse.
Le marché du streaming représente un pactole. Les fournisseurs de films en ligne pourraient passer à la caisse. 19h30 / 2 min. / le 29 mai 2019
Les plateformes de streaming telles que Netflix devront investir au moins 4% de leurs recettes brutes dans le cinéma helvétique. C'est ce que demande mardi le Conseil fédéral, qui a fixé le budget culturel suisse 2021-2024 à plus de 940 millions de francs.

Le Conseil fédéral a présenté mardi à Berne les grands axes de sa politique culturelle pour la période 2021-2024. Le conseiller fédéral Alain Berset a insisté sur le défi de la numérisation, dans lequel s'inscrit notamment le cinéma.

Il veut surtout se pencher sur les plateformes en ligne, Netflix en tête, et remédier à des "inégalités de traitement" entre diffuseurs. Dans sa loi sur le cinéma, il entend ainsi étendre aux fournisseurs en ligne l'obligation d’investir au moins 4% de leurs recettes brutes dans le cinéma suisse ou de s’acquitter d'une taxe correspondante. Cette loi concerne depuis 2006 les diffuseurs de programmes télévisés nationaux ou destinés aux régions.

Ces plateformes devront aussi proposer dans leur catalogue 30% de productions européennes diffusées sur le plan national, comme le demande aussi une directive de l'Union européenne.

Netflix "pas étonné"

Le géant américain est-il un acteur particulier? "Il s'agit d'abord pour nous d'introduire cette mesure dans la loi pour pouvoir examiner sa mise en oeuvre (...). Mais lors des premiers contacts, Netflix ne s'est pas montré étonné de devoir contribuer à l'effort de diffusion de la cinématographie nationale, car c'est une mesure que commencent aussi à connaître d'autres Etats", répond Isabelle Chassot, directrice de l'Office fédéral de la culture, mercredi dans Forum. 

Elle insiste toutefois sur le fait "qu'il y aussi d'autres plateformes de streaming qui jouent un rôle important, ou que nous savons en préparation, comme Google TV ou d'autres, et qui modifient de manière relativement importante le paysage de la production audiovisuelle".

"Egalité de traitement"

Isabelle Chassot refuse de parler d'une certaine "grogne" des milieux du cinéma, qui serait à l'origine de cette loi. Elle pointe toutefois une "forme d'illusion" sur ce qu'elle pourrait rapporter aux productions cinématographiques. "Ce qui était important pour nous, c'était de créer une égalité de traitement entre les télévisions et les plateformes", souligne-t-elle.

Cette loi propose aussi une mesure qui concerne l'accès au patrimoine: si la Confédération finance généreusement la production d'un film, celui-ci devrait être mis à disposition de la population, une fois son exploitation commerciale terminée.

jvia/ani

Publié le 29 mai 2019 à 19:07 - Modifié le 30 mai 2019 à 09:16

Une mesure "contreproductive", selon Philippe Nantermod

Pour le conseiller national PLR valaisan Philippe Nantermod, les arguments de l'Office fédéral de la culture "ne tiennent absolument pas". "Actuellement, la taxe de 4% figure dans la Loi sur la radio-télévision, donc uniquement à charge des télévisions qui bénéficient d'une concession et d'une part de la redevance (...). Netflix, comme les autres plateformes, ne bénéficie pas d'un seul franc de subvention. Et en gros, on nous dit qu'il faut traiter de manière égale des acteurs qui ne sont pas du tout égaux", regrette-t-il.

Et d'ajouter: "l'OFC parle du défi du numérique, et la seule réponse qu'ils apportent c'est de punir les acteurs qui ont proposé des alternatives au piratage".

>> Son interview complète dans Forum:

Le Conseil fédéral reconduit son plan culturel

Les trois axes d'action définis pour 2016-2020, soit participation culturelle, cohésion sociale, création et innovation, sont maintenus pour la période 2021-2024, indique le Conseil fédéral mercredi. Son message culturel est mis en consultation jusqu'au 20 septembre.

L'axe social mise sur l'intensification des échanges scolaires entre communautés linguistiques.

Côté création et innovation, les modèles de coopération entre la culture et l’économie seront reconduits. Les expériences de collaboration entre l’industrie et les développeurs de jeux vidéo ainsi que les designers ont été fructueuses. Ce modèle de soutien au design et aux médias interactifs sera développé par Pro Helvetia. Les moyens du Musée national suisse seront également augmentés.

La collaboration avec les cantons, les villes et les communes sera en outre poursuivie au sein du Dialogue culturel national. La Confédération entend aussi s’engager pour l’égalité entre femmes et hommes dans le domaine culturel et pour une rémunération convenable des acteurs culturels.

>> Ecouter les précisions du conseiller fédéral Alain Berset sur la politique culturelle 2021-2024 de la Suisse: