Modifié le 17 octobre 2018 à 08:48

Les punaises diaboliques d'Asie envahissent les habitations suisses

La punaise diabolique d'Asie a débarqué à Zurich et Bâle, puis à Genève et au Tessin. Les spécialistes suivent leur progression
La punaise diabolique d'Asie a débarqué à Zurich et Bâle, puis à Genève et au Tessin. Les spécialistes suivent leur progression 19h30 / 2 min. / le 16 octobre 2018
Originaire du sud de l'Asie, la punaise marbrée, appelée aussi punaise diabolique (ou Halyomorpha halys pour son nom scientifique), s'invite chez l'habitant en automne pour y passer l'hiver au chaud, y compris en zone urbaine.

C'est dans le canton de Zurich que la punaise marbrée a été observée pour la première fois sur le continent européen, en mai 2004. En près de quinze ans, la diabolique a colonisé quasiment toute la Suisse et l'Europe (lire en encadré).

A Genève, Sophie Rochefort, professeur à la Haute école de paysage, d'ingénierie et d'architecture (Hepia), observe une recrudescence de ces insectes invasifs surtout dans l'îlot de chaleur qu'est la ville: "Depuis cinq ans, les populations ont augmenté, je reçois beaucoup d'appels et de messages. Nos captures ont démontré qu'on a des 'hotspots' de punaises marbrées," affirme-t-elle ,mardi à la RTS.

Aucun danger pour l'homme

Si leur nombre et leur aspect peuvent effrayer les entomophobes, ces insectes ne sont pas dangereux pour l'homme. Même lorsqu'elles élisent domicile par dizaines (voire parfois par centaines) à l'intérieur des maisons, ces punaises ne représenteraient aucun danger de piqûre, ni d'allergie.

En revanche, l'impact pour les cultures est majeur et devrait se voir rapidement dans les vergers de pommiers, poiriers, pêchers, ainsi que dans les cultures maraîchères, comme le maïs, la vigne ou le soja. Au total, près de 150 espèces de plantes et d'arbres hôtes sont menacés en Suisse.

Jusqu'à 60% des récoltes ravagées

Les ravages causés par la punaise marbrée en 2012 et 2013 aux Etats-Unis sont encore dans les mémoires. Introduite dans les années 80-90 via des ports maritimes, elle se développe au début des années 2000 en Pennsylvanie, au nord-est du pays. Alors que les spécialistes se contentaient d'observer le phénomène, d'une année à l'autre, les punaises ont envahi les cultures. Jusqu'à 60% de pertes dans certaines cultures fruitières de la côte est des Etats-Unis ont été enregistrées.

Plusieurs tentatives d'éradication ont été menées, sans succès. Les divers pesticides existants seraient totalement inefficaces.

Les attirer dans un piège

L'une des raisons de la détection tardive de cette espèce en Suisse tient à sa ressemblance avec plusieurs espèces natives de punaises. Pour l'instant l'heure n'est pas encore à la panique, mais l'inquiétude est palpable. A Genève, les premières punaises ont été observées à la campagne. "Dans d'autres régions de Suisse, il y a déjà des dégâts. Je suis inquiète pour le milieu agricole", confie Sophie Rochefort.

Les spécialistes observent son évolution et développent des méthodes pour en limiter le nombre. Depuis un an, des pièges à phéromones sont testés un peu partout en Suisse. "Ce piège fonctionne bien, car les insectes sont très attirés par ces phéromones. Mais le problème est qu'au passage, ils font des dégâts dans les champs", explique Cristina Marazzi, du service phytosanitaire du Tessin.

Le canton était l'un des plus touchés ces dernières années. Mais cette été, aucune trace de Halyomorpha halys. Jusqu'au mois dernier. "Elles sont arrivées d'un coup. Il y en a beaucoup dans les maisons", explique la Tessinoise.

"Il faut les attraper et les éliminer"

Ces punaises arrivent par les parois externes des maisons et tentent de s'introduire à l'intérieur. "Il faut vraiment les attraper, puis les jeter soit dans les toilettes, soit dans un bocal d'eau savonneuse", explique Sophie Rochefort à Genève.

Cristina Marazzi invite également à remplir des seaux d'eau avec du savon et de les déposer en bas de la paroi externe de la maison. "Les punaises ont tendance à se suivre. Donc si l'une saute dedans, les autres vont suivre. Mais nous conseillons d'appeler un dératiseur, afin de nous aider à baisser leur population".

Si cet insecte prolifère en Europe, c'est parce qu'il n'a pas ses prédateurs et ses parasites naturels. Il ne faut donc pas les relâcher dans l'environnement. "Nous sommes les seuls ennemis de cette bête. Nous conseillons donc de les éliminer, pour réguler leurs populations", recommande Cristina Marazzi.

Feriel Mestiri et Delphine Gianora

Publié le 16 octobre 2018 à 19:35 - Modifié le 17 octobre 2018 à 08:48

Augmentation exponentielle en Suisse et en Europe

La punaise diabolique a été photographiée pour la première fois en 2004, dans le canton de Zurich. En 2007, la punaise s'établissait sur une zone de 40 km2 autour du district de Hottingen (ZH), puis au sud du Liechtenstein. Entre 2007 et 2010, leur population à Zurich a augmenté de manière exponentielle.

A la fin de l'année 2013, la punaise marbrée était présente dans 11 cantons, avec une grande population observée dans les villes de Zurich, Bâle, Berne et Lugano.

Entre 2011 et 2012, ces punaises font leur apparition dans les pays voisins, en Allemagne et en France, puis en Italie, en Hongrie, ou en Grèce, notamment.