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"Les taux autorisés de pesticides dans l'eau sont sans rapport avec les effets toxicologiques"

Des polluants présents dans les eaux minérales en Suisse: interview de Nathalie Chèvre
Des polluants présents dans les eaux minérales en Suisse: interview de Nathalie Chèvre / La Matinale / 5 min. / jeudi à 07:00
"L'eau, c'est peut-être la moindre des choses auxquelles nous sommes exposés." Invitée de La Matinale de la RTS jeudi, Nathalie Chèvre, écotoxicologue à l'Université de Lausanne, revient sur l'enquête de la RTS qui a démontré la présence de polluants dans certaines eaux minérales. Selon la chercheuse, il n'y a pas de quoi s'inquiéter.

Les eaux minérales Henniez, Valser, Swiss Alpina ou encore San Pellegrino contiennent des substances pourtant interdites. C'est le cas notamment de résidus de chlorothalonil, un produit qui fait débat. Ce fongicide, utilisé notamment dans la culture des céréales, des pommes de terre ou de la vigne, a en effet été classé "cancérigène probable" par l'Union européenne en 2019, qui l'a par la suite interdit. La Suisse a fait de même en 2020, avant d'être bloquée par des recours de Syngenta, producteur de la substance (lire encadré).

Les résidus de chlorothalonil ne sont pas connus pour être des cancérigènes

Nathalie Chèvre, écotoxicologue à l'Université de Lausanne

Pour autant, la présence de résidus de ce produit ne doit pas nous inquiéter, selon Nathalie Chèvre, écotoxicologue à l'Université de Lausanne. Elle précise tout d'abord que la substance qui a été retrouvée dans les eaux minérales concernées n'est pas du chlorothalonil pur – classé "cancérigène probable" – mais des résidus de la molécule, "qui eux ne sont pas connus pour le moment pour être cancérigènes", assure-t-elle.

>> Voir l'enquête d'A Bon Entendeur :

Les eaux minérales vendues en Suisse ne sont pas toujours pures
Les eaux minérales vendues en Suisse ne sont pas toujours pures / A bon entendeur / 8 min. / mardi à 20:10

"Norme sans rapport avec les effets toxicologiques"

Conformément à l'ordonnance sur la protection des eaux, les eaux du sous-sol utilisées comme eau potable ne doivent pas dépasser la limite de 0,1 microgramme de pesticides par litre.

Mais pour la chercheuse, cette norme n'est plus du tout d'actualité: " Les normes que l'on a pour l'eau potable en Suisse ont été réfléchies dans les années quatre-vingt et nonante, lorsque les outils analytiques étaient beaucoup moins puissants qu'aujourd'hui. Ce qui a été décidé, c'est que nous ne voulions rien trouver dans l'eau. Cette norme de 0,1 microgramme par litre n'a rien à voir avec des effets toxicologiques".

"Mélanges de substances pas pris en compte"

Selon la chercheuse, ces normes sont également caduques car "une eau peut être au-dessus de cette norme sans qu'il y ait un problème pour la santé".

Par ailleurs, "les normes sont fixées substances par substance, et ne tiennent pas compte des mélanges. Elles doivent donc évoluer". Face à ce constat, la scientifique admet cependant ne pas savoir comment remplacer ce système.

 Il est très important de faire quelque chose maintenant si nous voulons avoir une ressource en eau de qualité sur le long terme

Nathalie Chèvre, écotoxicologue à l'Université de Lausanne

"Une pollution héritée"

Ces normes posent aussi problème aux producteurs d'eau minérale eux-mêmes. En effet, bien qu'ils doivent s'y soumettre, ils ne sont pas autorisés à filtrer leur eau pour enlever les résidus qui s'y trouvent.

Pour l'écotoxicologue, "la pollution que nous avons actuellement est une pollution héritée. Il est donc très important de faire quelque chose maintenant si nous voulons avoir une ressource en eau de qualité sur le long terme".

La scientifique rappelle toutefois qu'il n'est pas dangereux de boire de l'eau en bouteille, ou au robinet en Suisse, et "qu'avant de s'intéresser à l'eau, il faudrait se pencher sur ce qui se trouve dans la nourriture ou les cosmétiques".

Propos recueillis par Valérie Hauert

Adaptation web: Juliette May

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Chlorothalonil: la justice donne tort à Syngenta

Syngenta vient de perdre une manche dans le bras de fer qui l'oppose à la Confédération depuis quatre ans. Comme l'a appris la RTS, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a en effet rejeté en mars dernier un recours du fabricant de chlorothalonil. Le géant de l'agrochimie avait saisi la justice en 2020, à la suite de la décision de Berne d'interdire l'utilisation du chlorothalonil et d'imposer des valeurs limites restrictives sur les résidus de la substance dans l'eau potable.

Le TAF avait alors prononcé des mesures provisionnelles à l'encontre des autorités, leur interdisant de présenter le chlorothalonil comme une substance "probablement cancérigène" et de qualifier ses résidus (métabolites) de potentiellement dangereux. Les offices fédéraux concernés avaient ainsi été réduits au silence sur le dossier.

Le bras de fer juridique entre Syngenta et la Confédération se poursuit sur la question fondamentale de l'interdiction de l'utilisation du chlorothalonil en Suisse. Syngenta a en effet également recouru contre cette interdiction et le verdict du TAF n'est pas encore tombé.