Modifié le 26 mars 2019 à 07:27

Pourquoi les sacs oxodégradables devraient être interdits en Suisse

Isabelle Chevalley.
Sacs oxodégradables: faut-il les interdire? On en parle / 13 min. / le 25 mars 2019
Les plastiques oxodégradables proposés dans le commerce ne sont nullement biodégradables, malgré ce que les fabricants laissent entendre. La Vert'libérale Isabelle Chevalley a fait de leur interdiction un combat.

Les sacs oxodégradables (QQC) sont des contenants en plastique normal, fabriqués à partir d’hydrocarbures (pétrole) auxquels l’industrie a ajouté un produit chimique (oxydant) qui va le dégrader grâce à la lumière et à la chaleur au bout de quelques années.

Mais le public les confond souvent avec les sacs biodégradables. Or si les premiers sont jetés au compost, ils le polluent. La France les a du reste interdits en 2015, tout comme la ville de Montréal au Canada depuis 2018, et un rapport de la Commission européenne datant de janvier 2018 conclut à la nécessité de restreindre leur utilisation. Ils devraient même être bannis au sein de l'UE d'ici 2021.

En Suisse, la conseillère nationale vert'libérale Isabelle Chevalley - qui est aussi docteure en chimie - a posté l'an dernier sur YouTube une vidéo dénonçant ces sacs qui n'ont rien d'écologique.

"Aujourd'hui, la confusion est totale", souligne Isabelle Chevalley lundi dans l'émission On en parle. "Ces sacs n'ont rien, mais alors rien du tout d'écologique. Ils coûtent plus cher qu'un sac plastique et ils ne sont même pas écologiques. Donc il faut vraiment les interdire."

Attentisme du Conseil fédéral

La conseillère nationale vaudoise a posé la question d’une telle interdiction au Conseil fédéral, qui lui a répondu lundi dernier. Le gouvernement souligne dans sa réponse que l'EPFZ étudie actuellement - sur mandat de l'Office fédéral de l'environnement - la question de savoir dans quelle mesure des matières plastiques oxodégradables se trouvent dans des produits disponibles sur le marché suisse. Mais il n'estime pas judicieux d'édicter des prescriptions limitant la mise sur le marché ou l'utilisation de matières plastiques oxodégradables avant que les résultats de cette étude ne soient disponibles.

"Je ne suis pas satisfaite de cette réponse, parce que le principe de précaution voudrait qu'on les interdise dès maintenant", réagit Isabelle Chevalley. "On sait que ces produits sont dangereux. Dès qu'ils se mettent en milliers, en millions de petits morceaux, ils vont forcément finir dans l'environnement tôt ou tard. Et comme on est au bout de la chaîne alimentaire, aujourd'hui il ne faut plus se souhaiter bon appétit mais bonne chance."

Ces plastiques "tuent les projets de recyclage"

La Vert'libérale souligne que ces plastiques posent un autre problème, au-delà du fait qu'ils ne sont pas biodégradables: ils posent aussi de gros problèmes à la filière de recyclage du plastique, "parce qu'on y ajoute des éléments chimiques, des oxydants, qui sont faits pour dégrader la matière. Donc forcément, au moment où vous voulez le recycler, il va la dégrader (...) et cela tue tous les projets de recyclage."

La Vert'libérale Isabelle Chevalley.
L'actu en vidéo - Publié le 25 mars 2019

Isabelle Chevalley souligne encore "la tromperie" que représentent les affirmations que l'on trouve fréquemment sur ces sacs oxodégradables, notamment celle qui affirme qu'ils sont biodégradables.

Isabelle Fiaux/Philippe Girard/oang

Publié le 25 mars 2019 à 13:15 - Modifié le 26 mars 2019 à 07:27