Modifié le 23 mai 2018 à 12:53

Une "rivière céleste" pour arroser artificiellement la Chine

Brouillard artificiel au-dessus des gratte-ciels de Qingdao, à l'est de la Chine.
Les Chinois lancent une expérience pour contrôler la météo Tout un monde / 14 min. / le 23 mai 2018
La Chine se lance dans un projet à grande échelle pour faire tomber la pluie à la demande, sur une région aussi vaste que l’Europe de l’Ouest. Elle met sur pied la plus grande infrastructure au monde de ce genre.

Connu sous le nom de code "rivière céleste", ce projet expérimental pharaonique consiste à cultiver des nuages. Il s'agit de "semer" des microparticules très fines dans l'atmosphère.

Ces particules - de l'iodure d'argent - agissent comme un aimant, en attirant la condensation ou la vapeur d'eau, un peu comme un noyau qui rattacherait à lui des particules d'eau. Des milliards de particules d'eau sont ainsi accumulées dans l'atmosphère et forment des nuages et donc de la pluie.

La Société chinoise de science et de technologie - l'organisme d'Etat en charge du projet - recouvre le plateau tibétain d'un vaste réseau de fourneaux destiné à brûler un combustible spécial dégageant ces microparticules. Actuellement, 10'000 cheminées sont installées à 5000 mètres d'altitude.

Plus de 10 milliards de mètres cube d'eau

Les autorités espèrent générer ainsi 10 milliards de mètres cube de pluie supplémentaire par an sur le haut plateau tibétain, le château d'eau de la Chine. L'initiative pourrait produire l'équivalent de 7% de la consommation annuelle de la Chine.

Pour Jean-Pierre Chalon, ancien directeur de l’Ecole nationale de météorologie en France, interrogé dans l'émission de la RTS Tout un monde, ce sont des opérations "qui datent", puisque la méthode a été mise au point il y a 70 ans. "L'expérience chinoise est sans précédent si on considère les moyens utilisés." Ce genre de méthode a été utilisée dans plusieurs centaines d'opérations, en particulier pendant une trentaine d'années en Israël, rappelle Jean-Pierre Chalon, mais pourtant, "à ce jour, on n'a jamais été en mesure de mettre en évidence une efficacité de la méthode".

Interrogé sur le risque environnemental qu'une telle méthode pourrait faire courir, Jean-Pierre Chalon indique qu'aucune expérience n'a été menée à une telle échelle et qu'il est difficile de connaître précisément les conséquences d'une large diffusion d'iodure d'argent dans l'atmosphère.

Des fleuves en danger

Les principaux fleuves du pays prennent source sur le haut plateau tibétain: le Yangtze, le fleuve Jaune, plusieurs affluents de la rivière des Perles. Tous ces cours d'eau sont très importants, car la Chine a désespérément soif.

Dans le nord du pays, les prélèvements pour l'agriculture et l'industrie ont asséché nombre de rivières. Le débit du fleuve Jaune s'élève aujourd'hui à un dixième de ce qu'il était en 1940. Or, des millions de personnes dépendent de ce seul fleuve, le système hydrologique étant moins dense dans le nord du pays qu'au sud.

Ce manque d'eau menace des projets de développement économiques, comme la grande mégapole de Xiongan, ville rêvée de Xi Jinping. Trois fois la taille de New York, elle devrait sortir de terre dans les années à venir à l'ouest de Pékin, afin de désengorger la capitale et doper l'économie du pays. Mais sans or bleu, le projet est condamné. Le gouvernement doit trouver des solutions, faute de quoi ses ambitions sont vouées à l'échec.

Michael Peuker/ebz

Publié le 23 mai 2018 à 11:55 - Modifié le 23 mai 2018 à 12:53