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La nature urbaine, plus riche qu'il n'y paraît

Des toitures végétalisées aux forêts verticales en passant par les parcs, les zones boisées et les cimetières arborisés, les villes regorgent de verdure. Elles recèlent bien davantage de nature que l'on ne l'imagine. Ces espaces ont de multiples avantages: dépollution de l'air, lutte contre les inondations, rafraîchissement. Mais cette biodiversité est aussi menacée, notamment par le changement climatique.

Une série de Futur antérieur réalisée par Jean De Preux.

Episode 1

Une biodiversité en danger

Les zones urbaines représentent plus de 10% de la superficie mondiale des terres émergées. Pourtant, elle recèlent bien davantage de nature que ce que l'on pourrait imaginer. La nature se niche dans les interstices, les zones qu'on n'observe pas forcément de prime abord et dans lesquelles il y a pourtant une biodiversité très riche. Contre les murs, sur les toits, dans les potagers, aux bords des routes. Rien qu’en ville de Lausanne, on a répertorié pas moins de 1300 espèces de plantes. C’est souvent bien davantage qu’à la campagne en raison de la grande variété des habitats et des ressources alimentaires disponibles.

Une biodiversité en danger

Mais cette biodiversité se réduit comme peau de chagrin. Pour Françoise Hoffer, botaniste, cette régression est très inquiétante, car la biodiversité est tout simplement essentielle au maintien de la vie. Les interactions entre les êtres vivants sont d’un équilibre extrêmement complexe. Il suffit de la disparition d’un seul élément pour que tout l’édifice s’effondre.

La nature en ville, plus riche qu'il n'y paraît. [Jean de Preux - RTS]Jean de Preux - RTS
Futur antérieur - La nature en ville, plus riche qu'il n'y paraît / La Matinale 5h - 6h30 / 3 min. / le 16 avril 2018

Episode 2

Les forêts verticales, la nature en hauteur

On s’élève à respectivement 80 et 110 mètres de haut, dans les forêts verticales construites par l'architecte Stefano Boeri en plein coeur de Milan: le Bosco Verticale, deux immeubles d'habitation dont les profonds balcons abritent pas moins de 20'000 plantes et arbres, soit l'équivalent de deux hectares de forêts. Une manière audacieuse de ramener de la biodiversité en ville.

Ces forêts urbaines d'un nouveau type sont susceptibles, à terme, de dépolluer les villes, estime Claude Daetwyler, urbaniste de la commune de Chavannes-près-Renens, qui devrait prochainement abriter la première forêt verticale de Suisse. Mais pour les rendre possibles, il faut une structure porteuse particulièrement solide, ceci afin d’accueillir les profonds bacs en acier qui retiennent le développement des racines des arbres mais aussi le poids de la terre dans laquelle ils sont plantés.

Un soin tout particulier

Le substrat qui accueille toute cette végétation a été spécialement étudié par des botanistes. Les arbres sont tous haubanés afin d’éviter quils ne s'envolent en cas de forte tempête. Il est en outre exclu d'imaginer que l'entretien de toute cette végétation soit effectué par les habitants de la future forêt. Celui-ci est effectué par des jardiniers d’un nouveau type, des jardiniers volants qui se laissent descendre le long des facades, sécateur à la main. Aucun détail n'est laissé au hasard. Pas étonnant donc que le concept milanais soit en voie d'exportation aux quatre coins de la planète, Chine comprise.

Les forêts verticales construites par l'architecte Stefano Boeri en plein coeur de Milan. [Manuela Salvi - RTS]Manuela Salvi - RTS
Futur antérieur - La nature en hauteur avec les forêts verticales / La Matinale 5h - 6h30 / 3 min. / le 17 avril 2018

Episode 3

Le cimetière, haut-lieu de la nature en ville

Les cimetières sont des lieux urbains trop souvent oubliés, et pourtant ils débordent de biodiversité. Et pour l'illustrer, cap sur Lausanne, riche de 350 hectares de parcs et jardins. Dans ce petit océan de verdure en ville, paradoxalement, c'est un cimetière qui occupe une place de choix, celui du Bois-de-Vaux. Il s'étend sur plus de 18 hectares.

Son concepteur, le célèbre architecte Alphonse Laverrière, l'a d'emblée imaginé comme un parc naturel. Une ville en négatif, dont les bâtiments sont remplacés par la nature. Il a donc poussé très loin le soin du détail apporté à la végétalisation de l'espace. Des tilleuls pour les grandes avenues, des buis et des ifs taillés au cordeau, chaque type d'arbre signifiant clairement un endroit précis du parc. Une partie de la végétation reste verte toute l’année et le reste évolue au gré des saisons.

Un cimetière rendu à la nature

On attend évidemment d'un cimetière qu'il soit entretenu à la perfection, que la nature y soit très domestiquée. Le cimetière du Bois-de-Vaux ne déroge pas à la règle. Les haies - on en compte 40 kilomètres - sont taillées régulièrement et les massifs floraux constamment entretenus.

Mais depuis 2010, une étape essentielle a été franchie. Les jardiniers ont définitivement abandonné toute utilisation de produits chimiques, ce qui a changé la nature du cimetière. Et au-delà de l'abandon des pesticides et autres fongicides, de grandes portions du cimetière sont régulièrement transformées en prairies fleuries.

Les cimetières débordent de diversité. [Jean de Preux - RTS]Jean de Preux - RTS
Futur antérieur - Le cimetière, haut-lieu de la nature en ville / La Matinale 5h - 6h30 / 4 min. / le 18 avril 2018

Episode 4

La nature en ville face aux changements climatiques

La végétalisation offre des atouts majeurs aux citadins, en atténuant notamment les pressions du changement climatique. Car ce dérèglement touche de plein fouet les villes. Un réchauffement tout spécialement marqué en ville de Sion, où la température moyenne a augmenté d'un degré par décennie depuis 1990.

Pour tenter d'en réduire l'impact, le chef-lieu valaisan s'est lancé dans un ambitieux projet baptisé Acclimatasion qui met notamment l'accent sur la végétalisation de son territoire. Cette dernière apporte un réel rafraîchissement en ville, grâce à l’évapotranspiration, l’ombre portée et la perméabilité des sols. Une végétation qui atténue en outre les risques d’inondation.

Il est vrai qu'avec en moyenne 550 millimètres de précipitations par an, le Valais central est plutôt à placer dans les régions sèches, loin des 2900 millimètres du Säntis par exemple. Mais Sion n'est pas épargné par les très fortes variations pour autant. La régulation de l'eau y est donc capitale.

300 arbres plantés par année

Afin de renforcer la dimension préventive de la végétation, la ville de Sion plante pas moins de 300 nouveaux arbres chaque année. Des essences qui, sous la pression des changements climatiques, ont, elles aussi profondément évolué. Finis les pins trop sensibles aux maladies au profit du tilleul tourmenteux. Au-delà de la végétalisation, la ville agit aussi sur l’urbanisation. Elle lutte notamment contre le gris en optant pour des revêtements plus clairs afin d’atténuer la chaleur et la lumière du soleil.

Les autorités sédunoises veulent "plus de vert et moins de gris" pour leur ville. [Gaëtan Bally - Keystone]Gaëtan Bally - Keystone
Futur antérieur - La nature en ville face aux changements climatiques / La Matinale 5h - 6h30 / 3 min. / le 19 avril 2018

Episode 5

La nature urbaine sur les toits

On les imagine plutôt terres hostiles, les toits. Brûlés par le soleil, battus par les vents, inondés par la pluie. Mais végétalisées, les toitures constituent un milieu naturel de substitution particulièrement bienvenu en zone urbaine. Diane Henny, présidente de l'association genevoise "Terrasses sans frontières" qui se bat pour l'extension des toitures végétalisées, en est convaincue.

Les toits végétalisés peuvent notamment faire office de filtres à particules en milieu urbain. A cette fonction à laquelle on ne pense pas de prime abord s'ajoute une dimension tout aussi essentielle, celle du maintien de la biodiversité.

Les toits en pente aussi

Jusqu'à une pente de 15% même les toits en pente peuvent faire l'affaire. L'élément essentiel, c'est le substrat, un mélange de gravier, de sable et de cailloux, auquel on ajoute un peu de matière organique. Une couche qui doit faire au moins 8 cm d'épaisseur. Le reste est une question de choix.

Il faut savoir que de plus en plus de villes apportent leur soutien à la végétalisation des toitures. Son coût varie bien évidemment en fonction du type de toit qu'on aménage et de l'aide qu'on peut obtenir. Mais en Suisse romande, plus chère que la Suisse alémanique où la végétalisation est plus fréquente, il faut compter avec un surcoût oscillant entre 50 et 70 francs le m2. Mais la biodiversité n'a pas vraiment de prix.

Toiture végétalisée sur le bâtiment des TL au Flon à Lausanne. [Laurent Gilliéron - Keystone]Laurent Gilliéron - Keystone
Futur antérieur - La nature urbaine sur les toits / La Matinale 5h - 6h30 / 4 min. / le 20 avril 2018

L'invité

Interview de la géographe Joelle Salomon Cavin

La ville est-elle devenue un écosystème dont il faut garantir la biodiversité pour y maintenir une certaine qualité de vie? Alors que Genève marque dimanche le lancement de sa plateforme internet "1001 sites Nature en ville", Joelle Salomon Cavin, géographe à l'Université de Lausanne, analyse la place de la nature en ville:

>> L'interview de la géographe Joelle Salomon Cavin

Le sentiment d'insécurité affiche un recul significatif à Genève. [Salvatore Di Nolfi - Keystone]Salvatore Di Nolfi - Keystone
Futur antérieur: La géographe Joelle Salomon Cavin analyse la place de la nature en ville / Le 12h30 / 15 min. / le 22 avril 2018