Modifié le 10 juillet 2017 à 15:07

Les guerres des taxis sont bien plus anciennes que l'arrivée d'Uber

Londres au temps des calèches.
Paléofutur: les vieilles guerres des taxis (1/8) Six heures - Neuf heures, le samedi / 10 min. / le 08 juillet 2017
Plusieurs guerres des taxis ont déjà eu lieu dans le passé, bien avant l'arrivée d'Uber sur le marché de la mobilité. A Londres au 17e siècle, les bateliers voient leur monopole contesté par les voitures de louages, tandis qu'à l'aube du 20 siècle, c'est l’apparition de voitures à moteur qui fâche les pilotes de calèches. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

Les bateliers se fâchent

A Londres, au 17e siècle, les voitures à traction animale se développent. On ne les appelle encore taxis mais "voitures de louage". Cette nouvelle concurrence est rapidement considérée comme déloyale par les bateliers qui détiennent un monopole royal sur le transport des passagers entre la City et Westminster.

Face aux protestations des nobles qui dirigent les réseaux de transport fluvial, le roi Charles Ier introduit de nouvelles règles pour contrôler, voire empêcher ces innovateurs de travailler. Il interdit aux voitures de louage d'effectuer des courses de moins de trois miles. Or, la distance entre la City et Westminster est de... 2,3 miles! De quoi rappeler la fameuse règle des 15 minutes que les autorités parisiennes ont essayé d'imposer à Uber, avant que cette mesure ne soit recalée et finalement jamais appliquée.

Autre époque, mêmes arguments

Les chauffeurs de taxi londoniens d'aujourd'hui passent trois ans à se former. Ils ont du mal à accepter que le chauffeur Uber n'en ait pas besoin, grâce à son GPS. Au 17e siècle, les bateliers anglais avaient pour la plupart consacré sept années de leur vie à apprendre à identifier tous les courants de la Tamise. Quand les ponts se construisent, quand les fiacres se multiplient, toutes ces connaissances deviennent obsolètes.

Rebelote au début du 20e siècle. Cette fois, c'est la voiture à moteur qui se développe. Comme les règlements en vigueur ne s'appliquent qu'aux cochers, les chauffeurs motorisés peuvent négocier le prix de leur course directement.

La régulation peine à suivre l'innovation et les nouveaux acteurs en profitent. Qu'il s’agisse des bateliers face aux voitures de louage, des voitures de louage face aux taxis motorisés, des taxis motorisés face à Uber, la cause est entendue: c’est injuste, c’est un péril, c’est illégal.

L'adversaire finit par s'installer

Selon la légende d'Uber, l'entreprise est née parce que les deux fondateurs Garrett Camp et Travis Kalanick ne trouvaient pas de taxis à Paris en 2008. La ville était connue pour son numerus clausus très strict sur le nombre de licences, afin d'assurer des revenus réguliers aux chauffeurs. En cherchant à limiter le nombre de voitures pour protéger leur business, les chauffeurs de taxi parisiens ou new yorkais ne se sont pas rendu compte qu'ils ont en fait aidé Uber à s'installer.

L'idée d'Uber, c'est que plus il y a de chauffeurs, plus les prix baissent, plus la demande augmente, plus la baisse des marges est compensée par le volume. Mais aujourd'hui, Londres est confrontée aux nouveaux services pour le transport des personnes, des courses, des repas. Les embouteillages, en hausse, ralentissent le trafic. Ils ont fait passer la vitesse moyenne de circulation à 15 km/h, soit à peu près la vitesse... d'un fiacre. Si bien que les bateliers pourraient redevenir plus efficaces!

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

Publié le 08 juillet 2017 à 10:11 - Modifié le 10 juillet 2017 à 15:07