Modifié le 09 mars 2017 à 12:55

Géomédecine, quand l'environnement explique certaines maladies

Idris Guessous, médecin adjoint responsable de L’Unité d’épidémiologie populationnelle aux Hôpitaux universitaires de Genève.
InterCités - Les apports de la géomédecine pour les soins primaires InterCités / 10 min. / le 09 mars 2017
La géomédecine permet de comprendre l'effet de l'environnement d'une personne sur sa santé. L'émission Intercités de la RTS fait le point avec deux spécialistes dans ce domaine qui connaît un essor considérable.

Idris Guessous, responsable de l’unité d'épidémiologie populationnelle des HUG, et Stéphane Joost, spécialiste à l'EPFL des systèmes d’informations géographiques, ont créé en 2013 un groupe (GIRAPH) de travail chargé d'observer l'état de santé des personnes en fonction de leur environnement de vie.

"Nous utilisons la localisation des personnes dont on connaît les données médicales (...) Ces données permettent de déterminer sur le territoire si des facteurs explicatifs vont pouvoir permettre par la suite de cibler des prévalences de certaines maladies et d'intervenir pour prévenir", explique Idris Guessous.

Concrètement, la recherche consiste à repérer par exemple des territoires qui concentrent des enfants souffrant de surpoids et à établir un lien entre ce phénomène et les infrastructures du quartier: "Nous regardons si les gens ont les moyens d'effectuer ce que leur médecin leur recommande", précise le chercheur, qui cite également l'exemple du diabète. "Nous regardons par exemple s'il y a une répartition spatiale du risque de diabète dans nos populations", explique-t-il.

Stigmatisation?

Les deux chercheurs sont catégoriques, il n'y a pas de risque de stigmatisation liées aux données récoltées: "Pendant longtemps, elles n'ont pas pu être exploitées pour des raisons légales (...) Le filtre s'est toutefois assoupli et on a pu montrer qu'il est tout à fait possible d'exploiter des informations précises du lieu de résidence, tout en protégeant la sphère privée. On peut en effet agréger (ces données) de manière à ce que les personnes ne soient pas reconnaissables", explique Stéphane Joost.

Le médecin ne peut plus se passer du géographe actuellement

Idris Guessous

Ces données sont d'ailleurs en train de s'affiner: "On a énormément de capteurs de moins en moins chers et de plus en plus puissants qui sont à disposition. Ceux-ci nous permettent de faire des comparaisons entre certaines concentrations de maladies avec des facteurs explicatifs telle que la pollution atmosphérique", fait savoir Stéphane Joost.

Et Idris Guessous de conclure: "Le médecin ne peut plus se passer du géographe actuellement. Au sein du GIRAPH, il y a d'ailleurs également un architecte, ainsi qu'un juriste".

Propos recueillis par Simon Matthey-Doret/YT/hend

Publié le 09 mars 2017 à 11:58 - Modifié le 09 mars 2017 à 12:55

Une science née en 1853

On prête au médecin britannique John Snow l'invention en 1853 de la géomédecine. En analysant le taux de mortalité des différents territoires de Londres, ce praticien a en effet découvert que le choléra se transmettait par une eau impure pompée à proximité des égouts de Soho, un quartier du West End londonien.

Si les rapports entre la géographie et la santé sont anciens, le développement de cette science appelée aussi écologie des maladies humaines est un phénomène récent.