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La nécessité d'une troisième dose, voire plus, de vaccin anti-Covid se précise

Face à la progression des variants et l'incertitude sur la durée d'immunité, la vaccination en trois doses et au-delà se précise [RTS]
Face à la progression des variants et l'incertitude sur la durée d'immunité, la vaccination en trois doses et au-delà se précise / 19h30 / 2 min. / le 25 avril 2021
Beaucoup de pays peinent à recevoir des doses suffisantes de vaccin anti-Covid, et déjà l'idée d'une troisième dose fait son chemin. Pour le virologue Didier Trono, il est prématuré d'en décider maintenant, mais il faut s'y préparer.

En Suisse, la vaccination est suspendue au goutte à goutte des livraisons de Pfizer et Moderna. A ce jour, 823'000 personnes ont déjà reçu la double dose, soit plus d'un dixième de la population. Mais la Confédération se veut optimiste et estime qu'à fin juillet, tous ceux qui le souhaitent auront reçu la deuxième dose de vaccin.

Difficile pour autant d'envisager bientôt le Covid-19 comme un mauvais souvenir une fois la deuxième dose reçue, à en croire les déclarations du patron de Pfizer, Albert Bourla, qui s'exprimait la semaine dernière sur la chaîne CNBC: "Une troisième dose sera probablement nécessaire, quelque part entre six mois et douze mois, et à partir de là, il y aura une vaccination à nouveau chaque année. Mais tout cela doit être confirmé". Selon lui, les variants joueront un rôle-clé.

Israël et Etats-Unis déjà prêts

Israël n'a pas attendu pour commander des doses supplémentaires: "Nous avons trouvé un accord avec Pfizer et Moderna pour la livraison de 16 millions de doses supplémentaires de vaccins pour la population d'Israël. Nous nous préparons maintenant à une nouvelle campagne de vaccination d'ici 6 mois environ, alors préparez vos bras", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu trois jours plus tard.

Le directeur de la cellule anti-Covid de l'administration Biden a lui aussi assuré que les Américains devaient s'attendre à recevoir un rappel du vaccin afin de les protéger contre les variants du coronavirus en circulation.

Revaccination en Suisse dès septembre?

En Suisse, les autorités semblent s'y préparer, à en croire le porte-parole de l'armée Stefan Hofer, qui a affirmé au Blick avoir préparé une troisième génération de kits de vaccination pour cinq millions de vaccinations supplémentaires, "par exemple si une troisième vaccination est nécessaire".

De son côté, Abdallah Chatila, le président de M3, groupe qui gère le centre de vaccination genevois de Palexpo, estime que, plus qu'une troisième dose, il faudra un deuxième, voire un troisième cycle de vaccination. Et celui-ci devrait commencer déjà cet automne: "Les doses qu'on nous donne sont sensées être valables durant 9 mois. Donc, normalement, les gens qui ont été vaccinés en janvier devraient être revaccinés en septembre. Mais tant qu'on ne sait pas ce qui va se passer avec ces variants et avec les nouveaux types de vaccins qui vont sortir, je pense que tout le monde est assez prudent avant d'aller de l'avant".

Cela dépendra des anticorps et de la mémoire

La nécessité de revacciner dépendra de la persistance des anticorps ainsi que de la mémoire du corps à reconnaître le virus, s'il revient, et à reproduire à nouveau ces anticorps. Or là-dessus, rien n'est sûr au-delà de 9 mois.

Pour l'être, il faudra observer deux choses, selon Didier Trono, chef du laboratoire virologie et génétique à l'EPFL: "Est-ce qu'on commence à voir des gens qui sont infectés alors qu'ils ont été vaccinés l'année d'avant? La deuxième chose est certainement une analyse à faire de manière prospective. Il s'agirait de suivre les paramètres immunologiques qu'on peut mesurer dans le corps pour voir s’il diminue avec le temps, et surtout s’il diminue en dessous d'un seuil au-delà duquel il existe un risque de réinfection".

Pour ce membre de la task force scientifique de la Confédération, cette analyse prospective doit être organisée au niveau national, afin de décider d'une stratégie de vaccination pour les années à venir, "en bonne connaissance de cause".

Il serait dès lors prématuré, selon le virologue, d'envisager une troisième dose sur la base des données actuelles. En revanche, "se préparer à l'éventualité de devoir le faire est intelligent."

Anticiper l'avenir

Troisième dose, deuxième ou troisième cycles, voire campagnes de vaccinations annuelles, difficile d'anticiper l'avenir. "Historiquement, les coronavirus n'entraînent pas une immunité extrêmement forte. Mais les coronavirus qui ont infecté l'humain jusqu'à présent, hormis le Sars et le Covid, n'induisaient pas beaucoup de symptômes. Il faut donc mettre ces deux éléments en parallèle", considère Didier Trono.

Selon le scénario le plus optimiste dépeint par le virologue, il serait même possible que notre système immunitaire garde une mémoire suffisamment vive pour que la réexposition au virus la stimule de manière à le contrôler avant qu'il ne provoque trop de symptômes. Dans ce cas, la vaccination ne serait pas justifiée.

Test sérologique plus fin

Pour savoir si l'on a besoin d'être vacciné ou revacciné, il faudrait pouvoir effectuer un test sérologique plus fin, qui mesure le taux d'anticorps neutralisants, une sous-catégorie d'anticorps qui protège contre une réinfection. "De tels tests existent en laboratoire, notamment au CHUV, qui le pratique dans le cadre d'études. Maintenant, il faudrait le faire à grande échelle".

Reste à convaincre l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) de la nécessité d'un tel programme au niveau national. En attendant, les autorités suisses comme étrangères vont étudier la durée de la réponse immunitaire, qui semble forte, et voir si elle saura répondre au défi que représente chaque nouveau variant.

Feriel Mestiri et Pascal Jeannerat

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