Modifié le 28 février 2018

Les chirurgiens de la main genevois en grève mettent fin à leur mouvement

Les spécialistes ont réussi à négocier d'autres forfaits (image prétexte).
Les chirurgiens genevois en grève mettent fin à leur mouvement La Matinale / 2 min. / le 28 février 2018
Les chirurgiens de la main genevois en grève depuis le début de l'année ont décidé de mettre fin à leur mouvement dès jeudi, a appris la RTS. Ils estiment avoir réussi à faire parler de leur problème de tarification.

La décision de ces spécialistes repose notamment sur des raisons économiques: ne pas opérer leur coûte cher. Mais elle se justifie aussi par l'avancement des négociations. Ils sont sur le point d'obtenir, au niveau national, des forfaits négociés avec les assureurs pour le remboursement de cinq opérations courantes. Cela leur permettra d'éviter la révision tarifaire imposée par le Conseil fédéral et qui est à l'origine de leur mouvement.

Dès le 1er mars, les chirurgiens vont ainsi reprendre leurs interventions - en particulier l'opération du tunnel carpien, qu'ils ont cessé de pratiquer depuis le 1er janvier. Avec les nouveaux tarifs, ils perdent en effet près de 40% sur le remboursement de cette intervention.

Les chirurgiens de la main estiment aujourd'hui avoir obtenu satisfaction sur plusieurs points. Ils ont pu rencontrer le conseiller d'Etat genevois en charge de la Santé Mauro Poggia et ils ont réussi à rendre public leur problème de tarification.

Forfaits négociés avec Santésuisse

Parallèlement, au niveau suisse, ils ont négocié avec les assureurs de la faîtière Santésuisse et ces négociations sont à bout touchant: elles vont déboucher sur des forfaits pour le remboursement des cinq opérations courantes pratiquées en ambulatoire, dont le tunnel carpien.

Contrairement au tarif Tarmed, qui additionne les points des différents gestes techniques et médicaux définis pour ces opérations, avec les forfaits un tarif en bloc sera appliqué. Il entraînera moins de coûts administratifs et de contrôle et permettra donc de mieux rémunérer les médecins sans augmenter la facture. Cette dernière pourrait même diminuer dans l'ensemble.

>> Ecouter les précisions de Sylvie Lambelet dans Le 12h30:

Les chirurgiens de la main genevois disent être sur le point d'aboutir un accord avec Santésuisse.
Gaetan Bally - Keystone
Le 12h30 - Publié le 28 février 2018

Conseiller fédéral contourné

Le conseiller fédéral Alain Berset, qui a imposé de nouveaux tarifs en janvier, ne peut pas s'opposer à cet arrangement: la loi sur l’assurance maladie (LaMal) permet en effet aux cantons d'approuver une proposition présentée par les partenaires tarifaires (médecins et assureurs). Mauro Poggia, consulté, s'est du reste engagé à permettre rapidement la mise en vigueur de cet accord avec Santésuisse.

Reste que les grévistes ne sont pas encore au bout du chemin: les cliniques privées viennent de soumettre leur propre forfait, plus bas que celui proposé par les chirurgiens de la main. Il y aura par conséquent probablement un nouveau round de négociations.

Le financement de l'ambulatoire encore à régler

Et pour ces spécialistes, la question de fond du financement reste entière: la médecine ambulatoire étant prise en charge entièrement par les assurances maladie, elle pèse davantage sur les primes que les traitements hospitaliers, subventionnés à 50% par les cantons.

Les chirurgiens de la main réclament donc un financement uniforme, soit une participation publique à la médecine ambulatoire - moins coûteuse que la médecine stationnaire.

Discuter entre partenaires "est une bonne chose"

Interrogé mercredi dans l'émission Forum, le ministre genevois de la Santé Mauro Poggia se dit favorable à l'accord trouvé. "Je pense que tout ce qui va dans le sens d'une maîtrise des coûts de la santé est à saluer", dit-il. "Le fait que l'on discute entre partenaires tarifaires sur des forfaits plutôt que des tarifs à l'acte dont on sait bien qu'ils ont pour conséquence plutôt d'augmenter les coûts, c'est une bonne chose."

Le conseiller d'Etat redit cependant son opposition à la manière utilisée par les médecins. "Autant on peut comprendre que l'on se batte pour une juste rémunération, autant dire à des patients qu'on ne les opère pas parce qu'on n'est pas suffisamment rémunéré (…) est une procédure que je ne peux pas accepter. (…) Je suis heureux que l'on puisse maintenant sortir de cette période de crise et qu'on parle des vrais problèmes c’est-à-dire comment maîtriser les coûts de la santé tout en donnant aux praticiens une juste rémunération de leur activité."

>> Ecouter l'interview de Mauro Poggia dans l'émission Forum:

Le conseiller d'Etat genevois Mauro Poggia.
Anthony Anex - Keystone
Forum - Publié le 28 février 2018

Sylvie Lambelet/oang

Publié le 28 février 2018 - Modifié le 28 février 2018