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Gennecy, la cité des champs où rap et football contrent l'ennui

En pleine campagne genevoise dans la commune d’Avully (GE), se trouve Gennecy, un ensemble d’habitations construit dans les années 1960. Cité dortoir à 45 minutes de transport en commun du centre-ville de Genève, entourée de champs et avec peu de structures pour les jeunes, elle est le lieu de naissance de la Street Youth League, un championnat inter-quartiers de street football. Reportage.

Mauro, Matthieu, Soraya, Zaède ont en commun d'avoir grandi dans le quartier populaire de Gennecy. Ils ne sont pas tous de la même génération mais portent un regard tendre sur leur cité, ce qui ne les empêche pas de critiquer le manque de structures pour accompagner les jeunes.

Avully, avec ses bâtiment historiques plein de charme, ses vignes, ses champs et sa cité dortoir, est une commune genevois à la fois rurale et bourgeoise. Le quartier populaire de Gennecy fait partie d'un plan localisé de quartier de 1964, comportant 12 bâtiments de trois étages et plus de 400 logements.

La grande majorité des habitants et habitantes de la commune vivent dans la cité, et beaucoup se sentent abandonnés.

C'est dans la cour du centre commercial au centre du quartier que l'on retrouve une vingtaine de jeunes qui écoutent de la musique et enchaînent les cigarettes. Ils n'ont l'air de déranger personne, la majorité des arcades du centre commercial étant occupée par des ateliers ou des stocks.

La cour communique avec un long tunnel de garage où chaque porte sans exception arbore son graffiti.

Être jeune à Gennecy

Ici, les codes du rap et des quartiers populaires sont omniprésents: la chaise pliable d'un grand magasin de sport français, les sneakers, les survêtements et l'enceinte portative qui crache du rap français contemporain mais aussi des années 2000, symbole du mélange de générations parmi notre comité d'accueil.

Soraya n'a pas encore vingt ans et se présente sur un gros scooter, maillot du Maroc sur les épaules. Elle habite ici avec sa famille et se réjouit d'être enfin motorisée, ce qui lui a permis d'acquérir une certaine indépendance. Elle est la seule fille du groupe de jeunes et nous assure qu'ici il n'y a pas de différences, filles, garçons, ils sont tous amis et partagent leur quotidien.

Soraya est la seule fille du groupe. [RTSinfo - Léo Bachiri Wadimoff]

Merlin et Zaède sont frères. Zaède fait de la musique épaulé par son frère dans un registre plus pop, mais dont l'écriture tire assurément ses racines dans la sincérité et l'âpreté du rap français. Pour eux, Gennecy est une histoire de paradoxe, entre la cité et la campagne, ni tout à fait l'un ni tout à fait l'autre, mais pourtant les deux à la fois. Zaède est persuadé que pour envisager une carrière, il devra parler d'aure chose que de son quartier dans sa musique.

La Street Youth League

Pour réduire l'isolement spatial et animer la vie du quartier, Mauro et Matthieu (aussi appelé Thysma), la trentaine passée, ont fondé l'association Gennecy Bricks. L'activité la plus marquante de l'association est l'organisation de la Street Youth League, un championnat de foot itinérant qui se déroule chaque week-end dans un quartier différent.

Un match de la Street Youth League. [RTSinfo - Léo Bachiri Wadimoff]

Pour Mauro, la Street Youth League est la révolution du foot alternatif en Suisse. Il y voit un lieu de rencontre mais aussi de développement personnel et collectif. Matthieu de son côté explique qu'ils ont tiré leur motivation du manque de structures et d'activités proposées pour les jeunes. Aujourd'hui, les jeunes collaborent avec plusieurs maisons de quartier genevoises pour proposer ce championnat. La manifestation attire des centaines de jeunes chaque week-end et des milliers pour la finale.

Pour les jeunes de Gennecy, c'est l'occasion d'arborer fièrement le nom de leur quartier sur leurs maillots face au reste du canton.

>> Lire aussi : Qui sera le "champion des quartiers" à Genève? Reportage à la Street Youth League

Léo Bachiri Wadimoff

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