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Comment Genève s’est transformée en "station balnéaire"

En février, la Ville de Genève avait décidé de supprimer l'article qui imposait des "tenues correctes" dans les piscines. [Keystone - Martial Trezzini]
Bains des Pâquis - [Keystone - Martial Trezzini]
Depuis plusieurs années, les zones de baignade genevoises se développent et le moindre mètre carré au bord de l’eau est pris d’assaut. De la rive gauche à la rive droite en passant par le Rhône, ce n’est pas du tout la même atmosphère. Reportage.

L'été, à Genève, quand le thermomètre s'affole, tout le monde se jette à l'eau. Aujourd'hui, alors que le canton compte près de 30 plages au bord du Léman, l'équipe de Nouvo s'est demandé comment Genève s'est transformée en véritable ville estivale. Petit tour d'horizon des lieux les plus prisés de l'été.

"On a de la chance d'avoir des points d'eau aussi faciles d'accès", explique une jeune femme installée sur son linge à la pointe de la Jonction. "Genève, c'est mort toute l'année, sauf l'été", constate malicieusement un trentenaire à la buvette des Bains des Pâquis. "Personnellement, je ne pars pas en vacances dans d'autres pays, donc on va profiter au maximum ici", ajoute un jeune qui joue au foot avec ses amis sur la plateforme circulaire du Quai de Cologny.

A Genève, même si le lac divise la ville en deux, il rassemble symboliquement les 500'000 habitants et habitantes du canton. Aujourd'hui, la logique est d'offrir à cette population urbaine la possibilité de profiter du lac. Nombreux, les aménagements récents sont le fruit d'une politique urbaine de valorisation des bords du lac.

La familiale plage des Eaux-Vives

Plus familiale, plus conviviale et surtout beaucoup plus spacieuse que les aménagements existants, les 400 mètres au bord du lac de la plage des Eaux-Vives peuvent accueillir jusqu'à 8000 personnes.

Habitant du quartier, Mattias est venu profiter de cette fin de journée ensoleillée pour fêter son anniversaire. Installé avec son roman, il trouve qu'ici "c'est plus calme que les Bains des Pâquis". À côté de lui, deux jeunes femmes viennent de sortir du travail. Elles sont en train de gonfler leurs paddles. Bientôt, elles pagayeront tout en profitant de la vue sur le Jura.

La plage des Eaux-Vives à Genève, un air de Méditerranée. [Keystone - Salvatore Di Nolfi]

Considérée comme un ouvrage historique pour la ville, cette plage est l'aboutissement d'un grand projet politique d'accessibilité aux rives du lac. Coût total des aménagements: 60 millions de francs.

Le Quai de Cologny, lieu privilégié des jeunes de la rive gauche

Popularisée par les réseaux sociaux, la plateforme circulaire de 40 mètres de diamètre du Quai de Cologny est surtout fréquentée par les jeunes. Elle existe depuis 2020. Construite en chêne 100% suisse, elle a coûté 4 millions de francs. L’idée était de faciliter l’accès à l’eau et de le rendre plus confortable que depuis les enrochements existants.

La plateforme circulaire en bois du Quai de Cologny. [Keystone - EPA/Salvatore Di Nolfi]

Genève et ses bains thermaux

Pour comprendre les récents aménagements, il faut faire un petit saut dans le passé. Quand on pense à la Suisse, on imagine la montagne, la neige, le ski… Pourtant, historiquement, le pays a d'abord favorisé le tourisme estival: on vient passer ses vacances au bord des lacs ou dans les bains thermaux qui y sont légion.

C’est également le cas à Genève, avec les Bains de Champel, de la Coulouvrenière, du Rhône ou encore sur l’Arve… au 19e siècle, avec le développement de l’industrie, les bains avaient une fonction hygiéniste. Puis, c’est la motivation sportive, avec la natation, qui s’impose.

Au début du 20e siècle, on commence à aménager le bord du lac et les quais. La rade devient un site emblématique de Genève. Son jet d’eau, son horloge fleurie, son jardin anglais… Un lieu dédié surtout aux touristes, et un peu boudé par les locaux.

À cette époque, le lac était réservé à des loisirs spécifiques: voile, bateau ou pêche. Au milieu du 20e siècle, la qualité de l’eau n’était pas spécialement au rendez-vous. À ce moment-là, il n’y avait plus en ville que trois sites de baignade: les Bains des Pâquis, pour les vieux habitués, Genève-Plage, pour les familles qui venaient profiter de la piscine en même temps, et le minuscule espace de Baby-Plage, pour les indécrottables baigneurs. Cette dernière est aujourd'hui intégrée à la grande plage des Eaux-Vives.

Quant au Rhône, seuls les plus intrépides s'y baignaient, le fleuve étant réputé, foi de générations de parents, infréquentable car rempli de dangereux tourbillons d'eau.

Les indémodables Bains des Pâquis

Lieu unique, social et historique, les Bains des Pâquis sont une institution à Genève. Ils existent depuis 1872. Aujourd'hui, "il y a vraiment un brassage de toute la population genevoise: autant les personnes âgées que les jeunes et les enfants", explique une jeune étudiante assise sur son rocher avec deux amis. "Un autre truc cool, c’est la cafet'. Les prix ne sont vraiment pas chers", ajoute-t-elle.

Ces prix souvent imbattables, on les doit à l’association des usagers des Bains des Pâquis. Dans les années 80, alors que la Ville voulait raser la structure pour construire une piscine chauffée, l’association s'y est opposée. La population, appelée aux urnes en 1988, a également refusé ce projet. Les bains sont donc laissés tels qu'ils sont mais seront rénovés.

Le bains des Pâquis en 2005. [KEYSTONE - Martial Trezzini]

Grâce à la reconquête récente de ses berges, Genève devient presque une véritable destination balnéaire. La ville, comme d'autres, s'attaque à rapatrier la logique de la plage dans un univers urbain. Que ce soit pour bronzer, faire la fête, pratiquer du sport ou profiter entre amis ou en famille, les habitants se sont accaparé ces zones de baignade et il y en a pour tous les goûts.

>> Regarder aussi le sujet du 19h30 sur l'aménagement des accès au lac en Suisse romande :

Avec le réchauffement climatique, les villes sont sous pression pour aménager des accès au lac. Reportage
Avec le réchauffement climatique, les villes sont sous pression pour aménager des accès au lac. Reportage / 19h30 / 2 min. / le 2 août 2023

Hélène Joaquim

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