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Dans un "contexte tendu", un rassemblement d'extrême droite a été autorisé à Paris

Dans un "contexte tendu", un rassemblement d'extrême-droite a été autorisé à Paris. [Keystone - Christophe Petit Tesson]
Dans un "contexte tendu", un rassemblement d'extrême-droite a été autorisé à Paris / Le Journal horaire / 17 sec. / le 13 mai 2023
Un colloque organisé samedi à Paris par un mouvement royaliste a finalement eu lieu, la justice ayant suspendu l'interdiction prononcée vendredi par la préfecture de police après une instruction du ministère de l'Intérieur français visant plusieurs manifestations d'extrême droite ou d'ultradroite.

"L'exécution de l'arrêté du préfet de police du 12 mai 2023 est suspendue", a indiqué le tribunal administratif de Paris dans une ordonnance, quelques heures avant la tenue du colloque, sans donner ses motivations. La préfecture de police a indiqué "prendre acte" de cette décision.

Elle avait publié cet arrêté vendredi, après une circulaire du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin visant à interdire tout rassemblement "de l'ultradroite ou de l'extrême droite", après les critiques suscitées par la manifestation qui s'est tenue le 6 mai dans la capitale française.

Près de 350 personnes présentes

Environ 350 personnes, dont quelques individus masqués et habillés en noir, étaient présents pour le colloque d'Action française, intitulé "La France en danger", qui a débuté samedi dans l'après-midi à Paris.

Deux personnes ont été interpellées en marge du rassemblement pour "port de cagoule et gants coqués", a indiqué la préfecture de police. L'organisation avait saisi la justice administrative d'un référé-liberté, une procédure d'urgence lorsque le requérant estime être en présence d'une "atteinte grave et manifestement illégale" à une liberté fondamentale de la part d'un service de l'Etat.

>> Ecouter aussi l'interview dans Forum de Christophe-Cécil Garnier, journaliste du site d’investigation Streetpress et spécialiste de l’extrême droite :

Documentaire: Infiltré dans la droite extrême. [RTS]RTS
Christophe-Cécil Garnier s’exprime sur les mouvements d’ultra-droite / Forum / 5 min. / le 13 mai 2023

Six rassemblements interdits

La préfecture de police avait interdit au total six rassemblements prévus ce week-end à Paris, dont cinq à l'appel de mouvements de droite radicaux, faisant notamment valoir un risque de troubles à l'ordre public.

Une deuxième manifestation de l'Action française prévue dimanche matin en hommage à Jeanne d'Arc a d'abord été interdite, avant que le tribunal administratif de Paris suspende samedi soir l'arrêté de la préfecture de police.

L'instance judiciaire a par contre rejeté le recours du groupuscule classé à l'extrême droite, "Les Nationalistes", qui contestait aussi l'interdiction d'un rassemblement au même moment dimanche.

"Contexte particulièrement tendu"

Dans les arrêtés pris vendredi, le préfet de police Laurent Nuñez justifie l'interdiction notamment par le fait que les rassemblements s'inscrivent dans un "contexte particulièrement tendu" après "la polémique suscitée par la manifestation organisée par le Comité du 9-Mai" samedi dernier à Paris.

Le responsable de la sécurité pointe aussi le "risque de troubles à l'ordre public", alors que plusieurs de ces manifestations ont suscité des appels à des contre-rassemblements par des organisations "proches de la gauche radicale" et qu'une mobilisation de la "mouvance antifasciste" qui pourrait "tenter de s'en prendre physiquement" aux militants d'ultradroite est possible.

Le préfet fait également mention, dans certains arrêtés, des "risques de heurts" entre les militants d'extrême droite eux-mêmes, rappelant que certains s'étaient déjà battus lors de la précédente édition de cet hommage à Jeanne d'Arc.

"Deux poids deux mesures"

Le 6 mai, quelque 600 individus issus de groupes d'extrême droite et d'ultradroite, souvent masqués, ont exhibé des drapeaux noirs marqués de la croix celtique. Ils manifestaient pour commémorer le 29e anniversaire de la mort d'un militant décédé accidentellement en 1994.

Manifestation d'individus d'extrême droite et d'ultradroite à Paris le 6 mai 2023. [AFP - Emmanuel Dunand]

Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue mardi, la Première ministre française Elisabeth Borne s'était dite "choquée" par les images de cette manifestation. Elle a cependant rappelé qu'il n'y avait "pas de motif" d'interdiction, reprenant les arguments de la préfecture de police de la capitale, qui avait également mentionné le droit à manifester.

La gauche, de son côté, a violemment dénoncé ce rassemblement, reprochant au gouvernement un "deux poids deux mesures", alors que depuis l'adoption de la loi controversée sur les retraites, les interdictions de manifester se multiplient en France pour éviter des "casserolades" contre le président Emmanuel Macron et ses ministres.

>> Lire aussi : Elisabeth Borne livre une feuille de route détaillée pour les "cent jours d'apaisement"

Décision juridique fragile?

Sous pression, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait jugé en début de semaine la manifestation de samedi dernier "inacceptable". Il avait finalement indiqué avoir demandé aux préfets d'interdire à l'avenir toutes les manifestations de l'ultradroite, tout en précisant que ce serait aux tribunaux de déterminer si la jurisprudence permettait de tenir ces rassemblements.

Cette décision a également entraîné une polémique, beaucoup la jugeant juridiquement fragile. Selon un professeur de droit public interrogé par l'AFP, une telle mesure ne pouvait être prise "de manière générale et absolue". Des "éléments objectifs, pour étayer le risque de trouble à l'ordre public" doivent être produits au "cas par cas", avait expliqué Serge Slama.

Mérande Gutfreund avec AFP

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