Modifié le 08 novembre 2018

Le procès des "7 de Briançon", un enjeu par-delà les frontières

La frontière entre l'Italie et la France cristallise les tensions entre les deux pays (photo d'illustration).
Le procès des "7 de Briançon", un enjeu par-delà les frontières La Matinale / 1 min. / le 08 novembre 2018
Sept militants - dont deux Suisses - sont jugés jeudi devant le tribunal correctionnel de Gap, en France, pour avoir aidé des migrants à entrer illégalement sur le territoire français. Ce qu'il faut savoir sur ce procès suivi dans toute l'Europe.

Qui est sur le banc des accusés?

Les "7 de Briançon", c'est d'abord deux Suisses, les Genevois Théo (24 ans) et Bastien (26 ans), et une Italienne, Eleonora. Tous trois avaient été arrêtés en marge d'une manifestation pro-migrants le 22 avril près de Briançon, dans les Hautes-Alpes. Quatre autre participants ont ensuite été interpellés dans l'été.

Tous militants, ils sont soupçonnés d'"aide à l'entrée irrégulière" d'étrangers "en bande organisée". Pour cela, ils encourent une peine maximale allant jusqu'à dix ans de prison, 750'000 euros d'amendes et, pour les deux Suisses, d'une interdiction du territoire français.

Grâce à la mobilisation, on ne se sent pas tout seuls face à ce procès.

Bastian, Genevois mis en examen dans le procès de Gap

À la veille de leur procès, les deux Suisses se sont confiés à la RTS. Théo revient sur le contexte de la marche qui a mené à leur arrestation.

Le Genevois assure que l'évènement n'était pas prévu: "C'est un argument fallacieux que de parler d'une préméditation ou d'une volonté d'aller ouvertement créer le trouble dans les pays voisins."

>> Ecouter les propos de Théo sur la manifestation du 22 avril:

Les accusés avaient été arrêtés en marge d'une manifestation pro-migrants le 22 avril 2018 près de Briançon.
Alessandro Di Marco - Keystone
Le 12h30 - Publié le 07 novembre 2018

Bastien, lui, se dit relativement confiant: "Grâce à la mobilisation, on ne se sent pas seuls. Il y a beaucoup de comités de soutien, il y aura du monde sur place et dans la rue."

Pour le Genevois, ce procès doit avant tout servir à "mettre en avant la situation à la frontière entre Briançon et Clavière", qui ne concerne pas que les habitants locaux.

>> Ecouter les attentes de Bastien sur le procès:

Banderole sur le Refuge solidaire de Briançon, en France, qui accueille les migrants ayant traversé la frontière franco-italienne.
Marie Magnin / Hans Lucas - AFP
Le 12h30 - Publié le 07 novembre 2018

Peut-on parler de "délit de solidarité"?

Le procès de Théo, Bastien et Eleonora avait été renvoyé le 31 mai pour une question de constitutionnalité sur le "délit de solidarité", la formule utilisée par les défenseurs des migrants pour qualifier les faits reprochés à ceux qui les aident.

Le 6 juillet, le Conseil constitutionnel français a tranché, répondant à une demande de Cédric Herrou, un agriculteur devenu le symbole de l'aide aux migrants à la frontière franco-italienne. Il a censuré le principe du "délit de solidarité", décrétant qu'une aide désintéressée au "séjour irrégulier" ne saurait être passible de poursuites au nom du "principe de fraternité". Il donne ainsi raison aux associations qui dénonçaient une législation migratoire confondant aide humanitaire et passeurs.

Le procès des "7 de Briançon" sera le premier après cette décision du Conseil constitutionnel, a rappelé à l'AFP Jean-Claude Mas, le secrétaire général de la Cimade, une association d'aide aux migrants dont deux militants sont jugés à Gap. Cela "va pouvoir montrer les usages et l'interprétation qui est faite des principes", a-t-il expliqué.

Pourquoi une telle mobilisation?

Un tag de soutien aux "3+4 de Briançon" à Athènes. Un tag de soutien aux "3+4 de Briançon" à Athènes. [Louisa Gouliamaki - AFP] Pour les militants, nombreux à être allés à Gap, l'enjeu dépasse largement le verdict du procès, qui sera rendu ultérieurement. Dans un contexte européen crispé sur la question migratoire, ils entendent dénoncer une Europe de plus en plus xénophobe qui se barricade et où les drames humains se multiplient, dénoncent-ils.

Sur internet, des ONG ont lancé une pétition demandant "liberté et relaxe pour les '7 de Briançon'". Elle avait recueilli près de 40'000 signatures lundi. En Grèce, des anarchistes ont inscrit sur les murs extérieurs de l'Institut français d'Athènes des slogans réclamant la liberté pour eux, tels que "Burn all borders" ("Brûlez toutes les frontières") ou "Free the Briançon".

Après la Méditerranée, les Hautes-Alpes cristallisent les tensions entre autorités italiennes et françaises. Matteo Salvini multiplie les attaques sur la gestion française des migrants à la frontière de son pays. Paris se défend, sans ouvrir ses frontières pour autant. Pendant ce temps-là, certains continuent à risquer leur vie sur les sommets à nouveau enneigés pour quitter l'Italie et aller chercher plus loin l'hypothétique salut qu'ils étaient venus chercher en Europe.

Juliette Galeazzi/Mouna Hussain

Propos recueillis par Nicolas Vultier

Publié le 07 novembre 2018 - Modifié le 08 novembre 2018

Un film retrace le combat de Cédric Herrou

Agriculteur du Sud-est de la France, Cédric Herrou est devenu une icône de la lutte pour le droit des migrants. Ce militant est sans doute celui qui incarne le mieux, aujourd'hui, ce qu'on appelle le "délit de solidarité".

Il était de passage mercredi en Suisse pour la sortie du film ""Libre", qui retrace son combat. "On n'aide pas des migrants, on aide des gens et on essaie de résoudre une problématique qu'on nous a imposé", explique-t-il dans l'émission Forum.

>> Ecouter l'interview de Cédric Herrou dans Forum: