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Enrico Letta: "L'Europe n'a pas encore été faite"

Enrico Letta, à Rome le 21 octobre 2013. [Tony Gentile - REUTERS]
Europe, dernière chance / Geopolitis / 16 min. / le 15 octobre 2017
Après le choc du Brexit, les velléités d'indépendance régionales et l’élection de Trump, l'ex-Premier ministre italien Enrico Letta plaide pour une Union européenne forte et unie. Il mise sur les valeurs démocratiques du Vieux Continent.

"A la naissance de ma génération, les Européens représentaient un sixième de la population mondiale. (...) Quand ma génération aura quitté cette Terre, cette part sera réduite à moins d'un vingtième", constate dans son livre l'invité de Géopolitis. Selon Enrico Letta, "l'Union européenne devient de plus en plus petite face aux grandes puissances démographiques", comme les Etats-Unis et la Chine.

L'ancien dirigeant italien de 51 ans déplore "une Europe qui se détricote", face aux grands défis globaux comme la crise migratoire ou le climat. Il évoque le Brexit bien sûr, mais aussi l'élection de Donald Trump, qui représente la "fin du multilatéralisme". Le moment est venu de "faire l'Europe dans un monde de brutes" pour reprendre le titre de son dernier livre.

L'espoir d'un réveil européen

Minée par ses divisions internes, contestée par une vague d’opinions populistes, l'Union européenne se trouve à un moment charnière de son histoire. Le Brexit a mis en lumière cette évidence que la construction européenne entamée il y a plus de 60 ans pouvait s’écrouler. Mais Enrico Letta mise sur le réveil de l'Europe et insiste sur la nécessité de faire valoir à l'unisson les valeurs démocratiques européennes "au risque d'être marginalisés".

Il faut montrer que l'Europe peut être efficace avec un maximum de démocratie.

Enrico Letta, ex-Premier ministre italien

Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président russe Vladimir Poutine "sont très attrayants" pour les opinions publiques, dit-il. "Il faut montrer que l'Europe peut être efficace avec un maximum de démocratie. Le débat, la liberté de la presse ne sont pas antithétiques à l'efficacité".

La locomotive française?

Enrico Letta estime que la France a un vrai rôle à jouer dans cette arène. "J'aime bien Emmanuel Macron, parce que premièrement, il a battu Marine Le Pen. Et avec l'Europe sur la table", souligne-t-il. A la table européenne, il espère que la France parviendra notamment à "rééquilibrer le rôle prédominant de l'Allemagne". Et d'ajouter: "Maintenant, Emmanuel Macron doit être conséquent avec son programme pro-européen."

"L'Europe n'a pas encore été faite", conclut Enrico Letta. Pour rassembler véritablement l'Union européenne autour d'une identité commune, il avance plusieurs pistes: une fiscalité unique dans la zone euro, mais aussi un Erasmus proposé dès 16 ans et payé par l'Europe. "Erasmus ne doit pas être pour les élites seulement, mais pour tous", argue-t-il.

L'Italien propose enfin que les 73 sièges du Parlement européen laissés vacants par les Britanniques soient repourvus au suffrage universel européen. "Montrer que si on vit à Pise, à Stuttgart ou à Amiens, c'est la même chose. C'est ça l'Europe."

Mélanie Ohayon

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