Modifié le 06 mars 2017 à 16:35

Les câbles sous-marins d'internet, maillon faible de la cyberguerre

Les cyberattaques sont de plus en plus régulières et sophistiquées.
Cyberguerre sous les mers Geopolitis / 14 min. / le 05 mars 2017
Chaque jour, des experts en sécurité informatique tentent de déjouer, voire riposter à des attaques de plus en plus régulières et sophistiquées. Dans cette cyberguerre, un maillon faible: les câbles sous-marins de fibre optique, ossature matérielle d'internet.

Couper l'un de ces câbles sous-marins "isolerait un pays de l'internet": interrogée par l'émission de la RTS Géopolitis, l'experte en cybersécurité Solange Ghernaouti précise d'emblée l'enjeu de maîtrise de ces "tuyaux d'internet". "Cela s'inscrit dans la continuité de la conquête des mers et des territoires", poursuit-elle.

Les échanges en ligne sont souvent perçus comme une galaxie invisible. Pourtant, internet a une ossature bien matérielle, qui sillonne les mers et les océans. "Depuis le premier câble télégraphique transatlantique posé en 1858, la transmission de l'information téléphonie et internet, de continent à continent, passe pour l’essentiel par des câbles sous-marins", rappelle la professeure HEC à l'Université de Lausanne. C'est à travers ces fibres optiques, déployées sur près d'un million de kilomètres, que transitent 99% des télécommunications mondiales. Ces câbles sont moins coûteux que les satellites. La pose d'une seule structure d'un continent à l'autre représente tout de même un investissement de plusieurs centaines de millions de francs en moyenne.

Aujourd'hui, plus de 300 câbles tapissent les fonds marins. Le centre de recherche américain TeleGeography a recensé toutes ces autoroutes de l'information. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, plaques tournantes de ce réseau, et la Chine y exercent une position dominante.

La carte des câbles sous-marins d'internet.
La carte des câbles sous-marins d'internet. [RTS/DR]

>> Voir la version intertactive de cette carte

Un avantage stratégique de surveillance

"Concevoir, fabriquer, gérer ou posséder des infrastructures informationnelles favorise des activités d’écoute, de surveillance ou de renseignement", souligne Solange Ghernaouti. Les grands opérateurs de télécommunications, comme Orange, Vodafone ou le chinois Huawei, sont les propriétaires de ces câbles sous-marins. Mais les Etats entretiennent une "connivence" avec ces opérateurs "pour permettre des écoutes".

Les fabricants eux-même intègrent dans ces infrastructures des dispositifs techniques qui permettent d'en extraire les informations, pointe l'experte. Depuis les révélations de l'ex-agent de la NSA Edward Snowden, on sait que les Services de renseignement sont capables d'aspirer la totalité des données qui transitent par ces câbles.

Mélanie Ohayon

Publié le 06 mars 2017 à 07:02 - Modifié le 06 mars 2017 à 16:35

La vulnérabilité des câbles sous-marins

Dans le viseur des services de renseignement, les câbles sous-marins sont aussi à la merci des ancres de bateaux, des filets de pêche, des voleurs de cuivre ou mêmes des requins. Ces câbles peuvent être enfouis à plusieurs milliers de mètres de profondeur. Mais certaines portions restent exposées, donc vulnérables.

"Cela n'a rien de récent, ou de forcément criminel comme en témoigne le tremblement de terre du 18 novembre 1929 qui détruisit les câbles téléphoniques transatlantiques. (...) La vulnérabilité des câbles sous-marins est grande, une centaine de navires câbliers veillent sur cette infrastructure pour la maintenir opérationnelle", ajoute l'experte en cybersécurité Solange Ghernaouti.